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Le boeuf de l’Est réussit le test
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de janvier 2003
Walter Ellenberger en est convaincu : « le boeuf de l’Est », comme il dit, est une production d’avenir à condition que l’on adapte méthodes et conduite.
par Lionel Levac, journaliste
Le bovin de boucherie est une production rentable, et la région de Lanaudière peut fort bien en faire un élément de développement de son agriculture présentant de nombreuses retombées. C’est ce que croit l’éleveur Walter Ellenberger, du rang de la Grande Chaloupe, à Saint-Thomas-de-Joliette. Ce dernier possède un élevage de 190 vaches avec sa femme, Simone English, une Gaspésienne d’origine. La production vaches-veaux en est donc une d’avenir pour Walter et sa famille, dont au moins deux des enfants se disent déjà prêts à prendre la relève. Pour l’instant, le producteur doit avant tout consolider l’élevage et l’entreprise.
Début difficile
Lorsqu’il arrive du canton de Vaud (Suisse) avec son père Oscar, sa mère Elisabeth, son frère et ses trois soeurs, Walter ne s’attend pas aux épreuves de vie qui les attendent. La ferme laitière acquise en 1976 dans le Centre-du-Québec fait faillite dans les années 1980.
La maladie a en effet décimé le troupeau, et ce malheur s’ajoute à la réduction des quotas de production et aux taux d’intérêt qui atteignent 24 %. Pendant un certain temps, les Ellenberger se trouvent du travail à la journée.
Deuxième départ
Walter travaille un peu chez un producteur laitier. Lui, son père et son beau-frère décident d’essayer la production bovine, d’abord à temps partiel. Il y a un peu plus de quatre ans, le beau-frère s’est retiré, préférant la production porcine. Quelques mois plus tard, c’est au tour d’Oscar de partir. Dans son cas, c’était pour un autre monde.
Walter et sa femme Simone conviennent alors de s’associer officiellement dans
l’entreprise, qu’ils mettent en place et qui continue de grossir. Au fil des années, ils achètent des animaux «commerciaux » et quelques bœufs de stations d’épreuve.
Le troupeau compte aujourd’hui 190 vaches, mais ce n’est encore qu’une étape. L’élevage pourrait atteindre les
300 reproductrices au cours de la prochaine année. L’achat de nouvelles taures dans les mois à venir sera l’occasion d’améliorer la génétique du troupeau. Déjà, à l’automne dernier, les Ellenberger ont acquis 25 taures croisées Simmental-Angus d’une ferme albertaine. Walter souhaite davantage de « sang anglais » dans le troupeau. « Les sujets Angus, rouge ou noir, ont des vêlages plus faciles, dit-il. Les vaches sont plus maternelles, et la finition des veaux est plus facile. Par contre, les Simmental donnent plus
de lait que les Angus. »
Pour la suite, les Ellenberger visent à non seulement commercialiser des veaux d’embouche mais aussi à produire des taures de reproduction, en plus des sujets de remplacement dont la ferme aura elle-même besoin.
Réduire les dépenses
Pour que la ferme prospère, non seulement en qualité des sujets mais également en efficacité et en rentabilité, Walter et Simone maintiennent une gestion serrée des opérations. « Le secret est dans
la réduction des coûts », affirment-ils tous deux.
À ce chapitre, ils ont acquis une
bonne expérience, et le Groupe-conseil Lanaudière leur apporte un soutien bien apprécié. L’endettement est gardé aussi faible que possible. On continue de recycler des bâtiments existants en étables froides à stabulation libre, plutôt que de faire de nouvelles constructions. Les silos sont horizontaux, parce que ce modèle est moins onéreux.
« Grandir par en dedans »
Les Ellenberger possèdent 65 hectares de terre et en louent une centaine, par ententes de cinq ans. De l’ensemble de 165 hectares, une cinquantaine est consacrée au pâturage. Le reste est partagé entre les petites céréales, le maïs-grain et le maïs-ensilage. Tout cela n’est pas suffisant, surtout quand on sait que le troupeau augmentera.
Pour l’alimentation des animaux, on cherche constamment, aux meilleurs coûts, des drèches de brasserie ou des légumes déclassés (carottes, choux, betteraves et même pommes de terre), qui servent à allonger le fourrage. « Actuellement, dit Walter, il est plus rentable d’acheter des aliments que d’acquérir des terres et d’y produire céréales, foin ou ensilage. » Sérieux et réaliste, l’éleveur s’amuse tout de même à dire que « la ferme grandit par en dedans ». Et c’est vrai, puisque toutes les ressources sont utilisées de façon optimale.
Boeuf et environnement
Au printemps, on pratique le semis direct. La fertilisation est essentiellement constituée de fumier et de purin. On réalise ainsi une économie importante d’engrais de synthèse, que l’on utilise tout de même, parcimonieusement, sur les sols les plus pauvres.
Pour ce qui est de se conformer aux règles environnementales, les choix sont aussi importants, question de coût et d’efficacité. La ferme dispose d’une lagune en terre et d’une plate-forme de béton extérieure pour les animaux, conformes aux normes et au guide des bonnes pratiques.
Cela dit, Walter considère que les règles en place sont logiques et qu’elles vont maintenant empêcher que se répètent des pratiques insensées. « Seules les montagnes de paperasse et les longs délais s’avèrent un fardeau. Pour le reste, ça va », dit le producteur.
Partage d’expérience
Membre du Club agroenvironnemental Soleil Levant, la ferme jouit des conseils d’experts, mais également de l’expérience d’une cinquantaine d’autres entreprises lanaudoises. Walter trouve d’ailleurs qu’il est malsain de travailler en vase clos.
« Il est bon de savoir ce que les autres
font et pensent. J’aime aussi que se créent des relations et une émulation entre
producteurs. »
Si, comme Walter en est convaincu, un secteur bovin dynamique peut se développer dans Lanaudière, « la collaboration et l’échange seront encore plus faciles ». D’ailleurs, Walter a œuvré à
la création de Partenaire Bœuf, un groupe qui veut justement stimuler la production bovine dans la région. >>>
L’avenir
L’avenir, c’est aujourd’hui, pour les Ellenberger. Les décisions prises ces dernières années et ces derniers mois ont déjà jeté les bases de la ferme qu’aura la famille dans les années à venir et que Simone et Walter transféreront un jour à certains de leurs quatre enfants. L’aînée, Sindy, fréquente le cégep de Joliette en Arts et lettres. Pour l’instant, la ferme ne l’intéresse pas. Mais Simone, sa mère, rappelle qu’elle-même disait, adolescente, qu’elle ne vivrait jamais sur une ferme...
Hugo, le cadet, n’est qu’au secondaire, mais il ne prévoit pas prendre la relève, même s’il participe fréquemment aux
travaux de la ferme. Par contre, Miguël et Tania, qui ont respectivement 14 et 16 ans, se destinent à la vie agricole. Une fois leurs études secondaires terminées, ils s’inscriront au cours professionnel en production bovine. Question de leur donner tout de suite un petit salaire, les parents cèdent déjà quelques vaches aux enfants. Les profits de vente de la progéniture de ces vaches leurs reviennent.
Walter estime que l’amélioration génétique permettra d’augmenter encore la rentabilité de l’entreprise. Dans le cas de ses nouveaux sujets, il aura davantage recours à l’insémination artificielle. Il
sera aussi plus sélectif quant aux bêtes à garder, l’automne venu. Walter estime que trop de propriétaires de petits troupeaux ne portent pas attention aux croisements et ne se soucient pas de concentrer les vêlages, ce qui les empêche souvent de livrer des veaux de poids et de qualité uniformes.
Chez les Ellenberger, les veaux d’embouche sont vendus à un poids moyen de 360 kilos (800 livres). Tous sont livrés directement à un parc d’engraissement. « Le prix reflète ce qui se paie aux États-Unis et en Ontario. Comme il n’y a pas d’intermédiaire, il n’y a pas de commission. »
À moyen terme, et si les enfants s’installent bel et bien à la ferme, peut-être que l’on pourrait envisager de « finir »
les bovins sur place. « On verra », disent sagement Simone et Walter.
Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Walter Ellenberger et Simone English
2. Le troupeau compte aujourd’hui 190 vaches, mais pourrait bien atteindre les 300 reproductrices au cours de la prochaine année.
3. Les Ellenberger recyclent des bâtiments existants en étables froides à stabulation libre.
4. Le maïs-ensilage et les fourrages occupent une bonne partie de l’alimentation. On les allonge par des drèches de brasserie ou des légumes déclassés.
5. Hugo, Tania et Miguël participent de près aux travaux quotidiens de la ferme. Ils sont alors payés en « nature ». Hugo et Tania sont copropriétaires d’une vache. Miguel, lui, en a trois.
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