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Maladies interdites de séjour
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de mi-mars 2003
Dans les fermes qui vendent des sujets à l'étranger, la présence d'une seule pathologie importante est tout simplement interdite.
par Marie-Josée Parent, agronome, journaliste (mjparent@lebulletin.com)
La ferme Primiporc, à Saint-Gabriel-de-Brandon, dans Lanaudière, se spécialise en vente de cochettes et de verrats à l'étranger. Son propriétaire, Yvon Desrosiers, dénombre une bonne dizaine de pays qui se portent acquéreurs de ses sujets. Des acheteurs sont asiatiques, latino-américains, européens ou tout simplement américains, en plus de provenir d'ailleurs au Canada.
Pour répondre aux exigences élevées de ses prestigieux clients, la ferme fait partie du Programme vétérinaire de santé porcine (PVSP) du Centre de développement du porc du Québec (CDPQ). De plus, les conditions d'hygiène y sont très élevées et suivies rigoureusement. L'irruption d'une maladie arrive en effet si sournoisement et elle créerait des répercussions si importantes dans un tel élevage qu'il ne peut en être autrement.
Yvon Desrosiers en sait quelque chose. En 1996, la détection d'un animal reproducteur porteur du virus du Syndrome reproducteur et respiratoire porcin (SRRP) l'a obligé à liquider son élevage. Il en a ensuite créé un nouveau, en haussant cette fois ses normes de biosécurité. Le résultat est payant, puisque le troupeau est resté négatif depuis ce temps. Cependant, le coût a été très élevé. M. Desrosiers estime à un million de dollars les pertes associées à ce problème.
Attention aux visiteurs !
N'entre pas qui veut à la ferme Primiporc. « L'entrée sans autorisation est interdite sous peine de poursuites », lit-on sur un panneau accroché à la clôture verrouillée à l'entrée de la ferme. Le complexe de cinq bâtiments est installé au milieu d'une terre appartenant à Yvon Desrosiers. Ainsi, il contrôle la production porcine dans un périmètre de un kilomètre de ses bâtiments.
Juste de l'autre côté du chemin Saint-Gabriel, le centre d'insémination C-Prim lui appartient également.
C-Prim est peuplé de verrats de son élevage. En fait, jusqu'à tout récemment, la ferme porcine la plus près était à trois kilomètres. Cette dernière a été la proie d'un incendie en janvier dernier.
Seuls les camions et les visiteurs autorisés sont admis sur place. « Les camions qui servent à sortir et à livrer les animaux m'appartiennent, précise Yvon Desrosiers. De plus, si nous effectuons une livraison d'animaux dans une ferme au statut sanitaire moins élevé que le nôtre, le camion ne revient à la ferme qu'après une période de retrait de deux jours. » Ces camions de livraison logent dans un garage appartenant à la ferme Primiporc, à 1,5 km de l'élevage. On en lave et en désinfecte l'intérieur après chaque livraison. La semaine débute par les livraisons vers les fermes présentant le meilleur statut sanitaire.
Aucun camion de récupération des animaux morts n'entre sur les lieux. Les réfrigérateurs de récupération sont à 1,5 km de l'élevage. Le responsable du transport des animaux morts vers les réfrigérateurs ne vient jamais à l'élevage ni dans aucun autre élevage porcin.
En fait, seuls le personnel et les vétérinaires autorisés ont accès aux bâtiments d'élevage. Même les acheteurs potentiels n'y ont pas droit. Une fenêtre séparant deux bâtiments leur permet de choisir leurs animaux. La clientèle est emmenée sur place par un véhicule appartenant à la ferme. Un registre permet de noter les déplacements des visiteurs sur place, même s'ils n'entrent pas dans les bâtiments d'élevage. Les visiteurs étrangers doivent attendre quelques jours après leur arrivée au pays avant de pouvoir mettre les pieds où que ce soit à la ferme.
Même les champs sont surveillés : pas question de donner des travaux à contrat ! La ferme possède tout l'équipement nécessaire aux semis, à la récolte et même à l'épandage. Les équipements sont achetés neufs et ne servent jamais ailleurs, biosécurité oblige.
La ferme est entourée de deux clôtures. Une première, près de la route, limite l'entrée des véhicules. Une deuxième entoure entièrement les bâtiments et contrôle les piétons en tout temps. Une distance de 30 mètres sépare le complexe de quatre bâtiments des bureaux. Le personnel et les vétérinaires passent y prendre leur douche, des sections distinctes ayant été prévues pour les hommes et les femmes. Même les inspecteurs de l'Agence canadienne d'inspection des aliments ont leur propre douche dans une section réservée pour eux. Après avoir revêtu les uniformes réglementaires, les visiteurs franchissent à pied la distance entre ce petit bâtiment et le complexe.
Quatre employés oeuvrent dans l'élevage à proprement parler. L'un s'occupe des deux engraissements et du lavage, le deuxième voit à la gestation, un autre est responsable de la maternité, et le dernier est à la pouponnière. Un bain de pieds, changé quotidiennement afin d'assurer un maximum d'efficacité, est installé entre chaque section, c'est-à-dire entre chaque production. « Il n'y a pas beaucoup de gens qui en parlent, mais le bain de pieds est le meilleur gage de sécurité qui soit », justifie Yvon Desrosiers. Ce dernier est chargé d'inspecter et de sélectionner les animaux puis de les préparer à l'expédition.
Le complexe de quatre bâtiments regroupe 6500 têtes, dont 600 truies. Ces truies sont des pur-sang Yorkshire, Landrace et Duroc. On a retenu la ventilation naturelle dans tous les bâtiments, sauf à la maternité et à la pouponnière. La moulée est livrée le lundi matin, avant les autres fermes de la région, pour éviter la contamination. Cette moulée est plus énergétique que les moulées habituelles, en raison de la croissance particulièrement rapide que permet le statut sanitaire plus élevé.
Contrôle des entrées d'animaux
Si les entrées des humains sont contrôlées, celles des animaux le sont tout autant. Lorsqu'il a formé son troupeau après la détection de SRRP en 1996, M. Desrosiers a d'abord fait transiter ses animaux par un petit élevage à Mont-Saint-Hilaire. Il pouvait ainsi intégrer sans risques de nouveaux sujets à son élevage principal. Cependant, cette petite ferme a finalement été fermée, car la protection ainsi offerte ne semblait pas suffisante.
Actuellement, il n'entre donc à Primiporc absolument pas d'animaux ou de semence de l'extérieur. La semence provient du centre d'insémination de la ferme même.
C-Prim suit aussi des règles biosanitaires très strictes. En attendant de trouver une autre petite ferme pour accueillir des sujets de remplacement, Yvon Desrosiers effectue les croisements à partir de souches de son élevage.
Environ 60 % de la production de la ferme est vendue à l'étranger, contre seulement 20 % au Québec et un autre 20 % dans le reste du Canada. Selon Yvon Desrosiers, le statut sanitaire est ce qui lui permet de garder sa clientèle. « Ce que je vends, c'est la santé, c'est la sécurité », renchérit-il. Et si la chose vous intrigue, sachez que, malgré toutes les contraintes, non, Yvon Desrosiers ne changerait jamais son élevage contre un élevage commercial traditionnel.
Attestation sanitaire
Dans le cadre du Programme vétérinaire de santé porcine (PVSP), l'élevage est visité par un vétérinaire du Centre de développement du porc (CDPQ), qui accorde une attestation sanitaire à la ferme. Aux fins d'exportation, on évalue la présence de signes cliniques de maladies, et le vétérinaire du CDPQ comme ceux de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) effectuent régulièrement des prélèvements sanguins. Officiellement, la ferme Primiporc affiche un statut négatif face aux maladies suivantes : pneumonie enzootique, gastroentérite transmissible (G.E.T.), pleuropneumonie, dysenterie, gale sarcoptique, rhinite atrophique progressive (RAP), SRRP, brucellose, leptospirose, influenza H1P1, pseudorage et peste porcine.
Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Dans un programme de biosécurité, les étapes de nettoyage et de désinfection sont importantes.
2. Tout le complexe est entouré d'une clôture qui empêche les intrusions par les piétons.
3. Au chemin, une première clôture contrôle l'entrée des véhicules.
4. Un bain de pieds est installé entre chaque section de l'élevage.
5. La ferme fonctionne partiellement à l'énergie solaire.
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