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À la manière « ranch »
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de juin 2004
Josée Labbé et Daniel Carle font bande à part dans une région unique au Québec : l'Abitibi. Ils élèvent 500 vaches sur 1400 hectares de pâturage.
par Marie-Josée Parent, agronome, est journaliste (mariejoseeparent@videotron.ca)
Les veaux du Ranch Fort Abitibi naissent en plein milieu de l'été, au pâturage. Là ne s'arrête pas la distinction de cette ferme de Roquemaure, en Abitibi-Ouest. Les exploitants Josée Labbé et Daniel Carle ont démarré d'une manière peu commune : ils se sont
associés à des investisseurs français et ils ont loué les terres nécessaires à leur
établissement.
Ce sont en fait toutes les terres qui sont louées, même la ferme principale. « Nous ne sommes pas rendus à l'étape d'acheter, explique Daniel Carle. La location est une option
que les jeunes n'envisagent pas assez. Nous, nous n'avions pas
d'héritage. » Daniel Carle possède une vaste expérience de la production bovine en Abitibi. Avant de devenir rancher, il a oeuvré pendant 15 ans comme agronome, conseiller au MAPAQ. Même si c'est lui qui parle le plus en entrevue, il donne tout le crédit à sa conjointe. « L'éleveuse, c'est Josée ! » lance-t-il. Josée Labbé possède une formation de technicienne agricole.
Le Ranch Fort Abitibi a vu le jour il y a 11 ans, après que le projet eut mûri pendant deux ans. L'ensemble de l'exploitation en plusieurs sites regroupe environ 1400 hectares de terres abandonnées remises en valeur par le couple. Après l'importante vague de colonisation il y a 70 ans et une agriculture de subsistance, les terres ont été abandonnées. En Abitibi, il y a 40 000 hectares de ces terres défrichées et cultivées sur lesquelles la friche a repris.
La revitalisation des terres est plutôt simple dans l'esprit de Josée Labbé et Daniel Carle. Ils laissent les animaux pacager dans les terres en friche. Petit à petit, les arbres meurent et laissent la place à une prairie naturelle. En plus de ces 1400 hectares déjà retournés en prairie naturelle, 400 hectares ont été récemment clôturés dans le but d'avoir la même vocation dans un avenir rapproché. Le bas prix des terres permet une agriculture extensive dans cette région. Ceci représente également des longueurs phénoménales en clôtures électriques : 200 km dans le cas du Ranch Fort Abitibi.
Des veaux nouveau-nés dans l'herbe
Le troupeau regroupe quelque 500 vaches logées à l'extérieur à l'année. Les éleveurs espèrent sevrer 450 veaux nés durant la belle saison. À ceux-ci s'ajoutent 150 veaux achetés sevrés et élevés en semi-finition. La date visée pour les vêlages est le 15 juillet, mais ils commencent en juin pour se terminer en septembre. On favorise le taureau pour les saillies. La ferme en compte 30, c'est-à-dire un pour 25 vaches. Dans la race pure, les éleveurs essaient de privilégier l'insémination pour aller chercher la meilleure génétique possible. « Mais on manque de temps », déplore Daniel. Même s'ils ne font pas de synchronisation des chaleurs, Josée et Daniel planifient quand même le plus possible le moment des vêlages, afin d'avoir des groupes de veaux homogènes.
Pour Josée Labbé et Daniel Carle, le vêlage d'été comporte une foule d'avantages. Le vêlage d'été procure un environnement sain et une très grande vigueur aux veaux. Et puis,
les vaches vêlent toutes seules.
La température chaude extérieure avantage les nouveau-nés frileux. « Sur 450 vêlages l'an dernier, nous avons eu seulement cinq ou six cas problèmes », se rappelle Daniel.
Des vaches aux accents français
« Depuis 10 ans, nous avons fait un gros travail de sélection des vaches et des taureaux », poursuit Josée. Les pis, pieds, sabots, caractère maternel et tempérament ont été étudiés. De plus, chaque vache est inscrite au PATBQ.
Josée Labbé et Daniel Carle affectionnent la race Salers. Ils ont d'ailleurs débuté avec un troupeau Salers en race pure, mais ils ont graduellement opté pour les croisements. Aujourd'hui encore, 20 % des vaches sont Salers pur sang, alors que les autres sont croisées, avec une prédominance de la race Angus, noire ou rouge. La vache Salers vêle facilement des veaux de haute musculature. Tous les veaux sont à 50 % Salers, soit par le père, soit par la mère.
Sevrés à la fin de l'hiver, les veaux sont ensuite semi-finis aux pâturages. Puis, ils sont vendus dans des parcs d'engraissement à un poids de 850 à 900 livres (385 à 410 kg). Ils partent ainsi à l'abattoir l'hiver suivant, alors que l'offre est basse.
En général, pour gérer leur ranch, Josée Labbé et Daniel Carle ont ce qu'ils appellent une vision d'affaires. Ils discutent des grandes lignes avec leur investisseur français et s'en tiennent à cela dans leur exploitation par la suite. Mais leurs plus grandes qualités sont probablement leur ténacité et leur amour du métier.
200 km de clôtures
Autant d'animaux et de terres nécessitent une bonne gestion. Juste l'an dernier, Josée Labbé et Daniel Carle ont clôturé 275 hectares de nouveaux pâturages. Les éleveurs signent des baux de cinq à dix ans avec les propriétaires des terres. Ils achètent également des récoltes. « Nous n'avons jamais trop de foin, précise Daniel Carle. Nous ajustons les animaux en conséquence. » Il parle ici des veaux en semi-finition achetés à l'automne. Puisque la valeur des terres est basse, les éleveurs investissent peu dans leurs champs. De la clôture et le tour est joué. Aucun chaulage n'est nécessaire en Abitibi.
Pour les seconder dans leurs tâches, les éleveurs engagent un employé l'hiver et six l'été. De surcroît, un contracteur les aide dans les travaux aux champs. Les technologies récentes d'ensilage ont permis, selon les propos mêmes des éleveurs, d'avoir une entreprise de cette dimension.
Les pluies fréquentes et abondantes ne favorisent pas le foin sec. Enfin,
les éleveurs disposent d'un corral mobile.
Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Josée Labbé
et Daniel Carle se complètent bien. L'expertise pratique de l'une se marie bien à la connaissance théorique de l'autre.
2. « L'éleveuse, c'est Josée », dit Daniel Carle. Au loin, on
distingue la maison de Josée et Daniel, louée comme tout le reste.
3. Les innovations technologiques pour la récolte et l'entreposage des fourrages ont permis
d'envisager une entreprise de la dimension du Ranch Fort Abitibi.
4. Mettre en valeur une terre en friche n'est pas bien compliqué : on clôture, on y met des animaux et on attend. Les arbres finissent par mourir d'eux-mêmes.
5. Les 1400 hectares déjà en pâturages et les 400 hectares en friche utilisés dans le but de les transformer en patûrages nécessitent 200 km de clôture.
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