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L’art d’une bonne alimentation
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de juin 2005
Depuis plusieurs années, Claude Forest est reconnu pour la qualité génétique de son troupeau. Ce que les gens savent moins, c’est qu’il porte la même attention à l’alimentation de ses animaux.
par Marie-Josée Parent, agronome (mariejoseeparent@videotron.ca)
La ferme Claude Forest, de Saint-Damien, dans Lanaudière, compte un troupeau qui fait la fierté de son propriétaire. Depuis l’achat de la ferme, en 1979, Claude Forest a toujours élevé des vaches Hereford pur sang. Dans les expositions et en stations d’épreuves, ses sujets ont remporté les honneurs. Mais pour faire un bon troupeau, il faut une alimentation de qualité. De ce côté, Claude Forest a la bonne recette.
« J’essaie de produire un foin de qualité », résume simplement l’éleveur. Puisque ses terres suffisent tout juste pour produire tout le foin dont il a besoin pour son troupeau de 65 vaches, Claude Forest cherche à optimiser la production selon ce que lui offre Mère Nature. Ses prairies renferment trois mélanges : mil-trèfle sur 19 hectares, mil-dactyle sur 13 hectares et mil-luzerne sur 12 hectares.
Des prairies impeccables
Au printemps, les champs sont fertilisés par le fumier et avec du nitrate (34-0-0) à raison de 106 kg à l’hectare (80 livres à l’arpent). Les sols contiennent suffisamment de phosphore et de potassium. Jusqu’en 1987, Claude Forest était également producteur de poulets. Le fumier épandu alors a grandement enrichi les sols, un effet qui dure longtemps. Des analyses de sols sont effectuées à tous les deux ans. On évalue azote, phosphore, potassium et pH. « Le pH se maintient toujours entre 6,8 et 7, précise Claude Forest. J’ajoute de la chaux à tous les deux ans, avec du magnésium, parce que j’ai déjà eu des problèmes de déficience en magnésium. » Le sol près des bâtiments et de la maison est argileux, mais il devient plus loameux en s’éloignant.
« La température est plus froide ici qu’à d’autres endroits au Québec, précise Claude Forest. On parle de 2200 unités thermiques. » Ce qui explique les deux coupes. La première débute autour du 18 juin et dure une semaine, selon la température. Les graminées sont alors épiées à environ 25 %. Le foin de première coupe est principalement récolté en foin sec. L’an dernier, en raison de la température, Claude Forest a choisi d’en enrober une partie, un tiers, sous forme de boudins. La deuxième coupe est effectuée au début août. Le foin est alors presque tout enrobé.
« Quand j’ai acheté ici, c’était abandonné, raconte Claude Forest. J’ai tout monté, amélioré les sols et drainé. Ça fait 15 à 20 ans que j’ai de bons résultats. » Les prairies sont réensemencées à tous les cinq ans. Côté rendements, on parle de 15 à 17 balles, 4 pieds par 5, à l’hectare en première coupe. La deuxième coupe donne 9 balles à l’hectare. Les analyses de foin sont effectuées chaque année. « Mais l’an dernier, ça n’a pas été bon, à cause de la température », spécifie l’éleveur.
La qualité prime
Les animaux adultes ont une alimentation à base de foin ou d’herbe, uniquement. Claude Forest dispose de 33 hectares de pâturages, dont 14 loués. L’été, les animaux y broutent. L’hiver, ils sont dans des enclos autour des bâtiments. L’accès à l’étable est réservé aux vaches au vêlage. Les vêlages sont regroupés en janvier et février.
Les jeunes veaux commencent à manger de la moulée à 14 % de protéines, à la dérobée, vers l’âge de quatre à six semaines. Ils en ont à volonté jusqu’au moment d’aller au pâturage, en mai. Ils sont alors à l’herbe et au lait, sans moulée. À la mi-septembre, Claude Forest fait une sélection parmi les veaux mâles et femelles. Les femelles choisies pour la reproduction recommencent à manger de la moulée, à raison de 0,5 kg par jour, pour atteindre une quantité de 1,5 kg au moment du sevrage, à la mi-octobre. « Elles sont toujours sevrées graduellement », tient à préciser Claude Forest. Les mâles sélectionnés pour la reproduction recommencent eux aussi à consommer de la moulée à la mi-septembre. Ils partent en station d’épreuve, soit à la fin septembre pour la première épreuve, soit à la fin novembre pour la deuxième épreuve. Ils sont sevrés cinq jours avant le départ en station pour les veaux participant à la première épreuve, ou encore à la mi-octobre. Les veaux non sélectionnés sont vendus aux parcs d’engraissement à la mi-septembre.
Claude Forest garde son foin sec pour les veaux et pour les vaches jusqu’après le vêlage. La meilleure qualité de foin est servie aux vaches en lactation. Les vêlages ont lieu en janvier et c’est à la mi-février, alors que les besoins en lait des veaux sont grands, que Claude Forest commence à distribuer son foin enrobé. Il conserve aussi une petite quantité de foin sec en balles carrées, soit 1500, pour les vaches au vêlage.
Pour l’eau aussi
Bien manger c’est bien, mais bien boire, c’est aussi essentiel. Claude Forest a installé des abreuvoirs il y a trois ans. L’eau provient de ses bâtiments et circule par gravité dans des tuyaux enfouis sous la terre. Autour des bâtiments, les abreuvoirs sont chauffants, alors qu’au pâturage, ils peuvent supporter des froids de -10 oC.
Claude Forest n’en démord pas : « On n’a rien pour rien. Si on veut de bons résultats, il faut s’occuper de notre affaire. » Et c’est ce qu’il fait.
Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Un troupeau d’élite, de l’herbe et du foin de qualité, de belles installations, et
surtout une bonne compagne,
Louiselle Brûlé... Voilà les éléments du bonheur, selon l’éleveur Claude Forest.
2. En 1979, Claude Forest achète une ancienne ferme
laitière et y installe un troupeau de
20 vaches pur sang Hereford de
qualité moyenne. Depuis, il n’a jamais cessé d’en améliorer la génétique.
3. La température locale permet deux coupes par année, entreposées sous forme de foin sec pour la première coupe et sous enrobage pour la deuxième. En raison de la saison difficile de l’année dernière, une partie du foin de première coupe a été enrobée.
4. La ferme Claude Forest se distingue par la qualité de ses installations, qu’on retrouve jusqu’aux abreuvoirs.
5. Les veaux ont droit à une alimentation à la dérobée. Au fond à gauche, on voit l’abreuvoir, et à l’avant-plan à droite, la porte d’accès limité
6. Claude Forest montre avec fierté la qualité de son foin sec.
7. La combinaison favorite de Claude Forest : le mil et le trèfle.
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