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Pour l’avenir de l’agneau lourd
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de septembre 2005

Les propriétaires de la ferme Midas ont fait de la race Suffolk, d’origine britannique, leur spécialité. Cette race est reconnue pour son rendement élevé en viande.
par Marie-Josée Parent, agronome (mariejosee.parent@lebulletin.rogers.com)

Le cœur de Christine Walser et Claude Côté a toujours été tourné vers la production ovine. Pendant une trentaine d’années, ils ont gardé un petit troupeau de moutons. Puis, il y a cinq ans, celui-ci a pris de l’ampleur lorsque le couple a abandonné la production laitière et transformé l’étable. En 2003, la construction d’une bergerie a permis de regrouper tout le troupeau, alors dispersé en trois sites. Les Walser-Côté possèdent aussi un élevage porcin de type naisseur-finisseur de 80 truies.

En 2000, les Walser-Côté ont acquis un troupeau de 50 sujets de race Suffolk. Du même coup, ils ont adopté l’ascendance britannique, ou British comme ils l’appellent. Tous les sujets de race Suffolk proviennent dans leur généalogie de Grande-Bretagne, mais dans les dernières décennies, la race a évolué différemment en Amérique du Nord et en Grande-Bretagne (voir l’encadré Une race britannique). Les sujets dits British de la ferme Midas et d’ailleurs au Canada ont été introduits récemment au pays.

À la ferme Midas, on utilise les Suffolk d’ascendance britannique en croisement terminal avec une femelle F1, de mère Romanov et de père Dorset. Les agneaux commerciaux qui en résultent atteignent rapidement le poids et la classification désirés des agneaux lourds. Christine Walser et Claude Côté élèvent également les Suffolk d’origine britannique dans le but de vendre les béliers pour croisements terminaux.

Trois races
Christine Walser et Claude Côté élèvent quelques femelles Romanov qui seront accouplées avec le bélier Dorset en vue d’obtenir les F1. Ces femelles F1 sont très maternelles. « Sauf exception, je n’ai pas besoin d’être présente lors des agnelages, dit Christine. La Romanov est prolifique et facile à désaisonnaliser. En fait, les brebis F1 sont réceptives à l’accouplement hors saison et ce, sans traitement spécifique, tel l’utilisation d’éponges ou la photopériode. Pour stimuler les brebis, j’utilise un bélier vasectomisé deux semaines avant l’introduction d’un bélier fertile. En même temps, j’augmente la quantité de grains pour causer un stress. Et ça marche. »

En stimulant les chaleurs des brebis, l’utilisation du bélier vasectomisé permet de regrouper les agnelages. Après son retrait, on place trois béliers Suffolk avec les brebis F1 pendant 35 jours. Quand l’agnelage commence, environ cinq mois après, les mises bas durent entre 15 à 16 jours. « C’est plus facile ainsi, dit Christine. Les agneaux sont plus égaux au sevrage. » Une brebis agnelle environ trois fois en deux ans. Pour avoir des agneaux pour la viande à l’année, les brebis F1 sont regroupées en groupe de 25 à 35 et accouplées à différents moments de l’année.

British et demi-British
« Le Suffolk canadien est de grande taille alors que le Suffolk British est court sur pattes, explique Christine. Nous croisons les deux pour faire des béliers terminaux, appelés demi-British. » Les Suffolk d’origine britannique sont aussi plus compacts que les Suffolk canadiens. Leur rendement en viande est par conséquent plus élevé. En fait, les Suffolk canadiens sont de taille intermédiaire entre les très courts Suffolk britanniques et les très grands Suffolk américains.

L’élevage en race pure Suffolk est délicat en raison de la difficulté à désaisonnaliser les brebis. Elles agnellent une fois par année et elles n’ont souvent qu’un seul agneau par portée, contrairement aux Romanov qui en ont deux ou trois. « Ça fait des béliers qui coûtent cher, spécifie Christine. On songe à installer un coin dans l’ancienne étable pour stimuler les Suffolk en fonction de la photopériode, dans le but d’avoir quelques agneaux de plus par année. »

Malgré tout, la croissance rapide et le rendement en viande des Suffolk en font une excellente race terminale. Les agneaux lourds ont environ 45 kg de poids vif pour un rendement en viande de 22 kg.

« Bien des gens qui ne connaissent pas les British ont peur que les agneaux soient trop gros et difficiles à agneler, déplore Christine. Or, les agneaux ne sont pas nécessairement plus gros, ils sont plus trapus, plus lourds. » Les béliers Suffolk britanniques à 100 % sont rares. Il s’agit en fait d’un défi à relever pour les éleveurs qui en font une spécialité. Les sujets que l’on retrouve actuellement au Canada proviennent de la période précédant le récent épisode de fièvre aphteuse en Grande-Bretagne. L’importation a depuis été interdite.

Il reste l’insémination artificielle, acceptée par l’Agence canadienne d’inspection des aliments depuis l’an dernier. Cependant, le taux de succès est faible et la technique compliquée. Il faut procéder à une laparoscopie. « C’est difficile d’obtenir une nouvelle lignée de Suffolk British, dit Claude. L’an dernier, nous avons eu un succès sur plus de 50 % de fécondation, mais cette année, ça n’a pas fonctionné. Or, nous n’avons pas le choix de recourir à l’insémination pour avoir d’autres lignées. » Mais pour une race qui a du potentiel, le défi n’en vaut-il pas la chandelle ?

Encadré : Une race britannique
La race Suffolk tire ses origines du croisement entre des brebis Norfolk Horn et des béliers Southdown. Les sujets issus de ce mélange étaient alors appelés des Southdown Norfolk ou, localement, dans le comté de Suffolk en Angleterre, des Black Faces (visages noirs). La race Suffolk a été officiellement reconnue en 1810.

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, la race s’est rapidement fait connaître en Grande- Bretagne, en Europe, dans les Amériques et dans les colonies. Les premiers Suffolk nord-américains ont été introduits dans l’État de New York en 1888 par un certain G.B. Streeter. Les premiers sujets canadiens sont issus de cette lignée. C’est d’abord le taux de croissance exceptionnel de la race Suffolk qui a fait sa renommée et, par la suite, son potentiel en tant que race terminale procurant une viande maigre à un coût minimum. C’est après la Seconde Guerre mondiale que les lignées britannique et nord-américaine, donc canadienne également, ont évolué différemment.

Sources : Suffolk, Sheep Society et Ontario Suffolk Sire Reference Association

Encadré : Une amélioration musclée
Le programme GenOvis du Centre d’expertise en production ovine (CEPOQ) permet à la ferme Midas d’évaluer la génétique des sujets mâles et femelles Suffolk. Dès qu’ils ont acheté le troupeau Suffolk, Christine Walser et Claude Côté ont adhéré à ce programme. Les pesées, prises à 50 et 100 jours, sont transmises et analysées par le Centre. Depuis l’an dernier, on évalue également l’épaisseur de l’œil de longe et du gras dorsal. Ceci permet de juger l’animal pour sa capacité à déposer du muscle et à minimiser le gras dorsal, critères essentiels pour une race terminale, autant chez les femelles que chez les mâles.

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Christine Walser et Claude Côté élèvent des moutons depuis une trentaine d’années. En 2000, ils ont adopté les Suffolk British.
2. Le troupeau contient trois races : les femelles Romanov (A) sont croisées avec un bélier Dorset (B) pour obtenir des femelles F1 (C), qui sont elles-mêmes croisées avec des béliers Suffolk à 100 % ou à 50 % de lignée britannique (D). On obtient alors des sujets destinés au marché des agneaux lourds (E).
3. La race Suffolk a, en Grande-Bretagne, suivi une évolution différente de celle de l’Amérique du Nord. Pendant que nous sélectionnions pour une grande taille, les Britanniques ont plutôt choisi les sujets de petite taille, mais avec un rendement élevé en viande.
4. En 2003, la ferme Midas construit une nouvelle bergerie qui simplifie le travail.

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