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Deux entrepreneurs créent Novafruit
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de juin 2007

Simon Parent était loin de se douter qu'en rencontrant le pépiniériste Alain Massé au cours d'un colloque, il tomberait tête première dans les fraises !
par Élaine Grignon, agronome (elaine.grignon@lebulletin.rogers.com)

Unissant leurs forces et connaissances respectives, l'élève et le maître ont mis sur pied en 2002 Novafruit inc. Cette entreprise, située à Saint-Césaire en Montérégie, est plus qu'une pépinière de plants de fraises. Elle vise à fournir un service clés en main aux producteurs de fraises désirant innover et produire différemment cette délicieuse baie rouge.

Simon Parent devient tour à tour conseiller pour le développement de nouvelles techniques en production de fraises, responsable du volet R&D de l'entreprise et, bien sûr, pépiniériste. Quant à Alain Massé, il assure la gestion administrative de l'entreprise. Grâce à son expérience dans le domaine, il agit comme mentor lors des décisions stratégiques de Novafruit. Parallèlement, il est également propriétaire de la pépinière A. Massé inc.

Plasticulture
Chez Novafruit, les plants de fraises sont multipliés par bouturage. Rien de nouveau direz-vous. Ce qui différencie la jeune entreprise des autres pépinières de petits fruits, c'est que les plants de fraises y sont produits dans l'optique d'être cultivés en plasticulture (ou sur paillis de plastique).

On obtient ainsi une production à haute densité de plants mères. « Avec cette façon de cultiver la fraise, dit Simon Parent, le producteur plante 50 000 plants mères à l'hectare et il ne laisse pas les stolons se développer. » Les fruits ainsi produits sont plus gros et plus uniformes.

De plus, puisque les fraises poussent en couronne autour du plant mère et surtout à cause d'un calibre de fruit plus important, la récolte se fait plus rapidement et plus efficacement. Les pertes sont minimes. « 30 à 40 % des coûts de production dans la fraise sont reliés à la main-d'oeuvre, explique M. Parent. Le cueilleur peut ramasser jusqu'à deux fois plus de fruits en plasticulture. Produire la fraise sur paillis de plastique est devenu un standard mondial. »

Le marché de la fraise est en pleine expansion. Le consommateur est de plus en plus exigeant. Il désire une fraise uniforme, d'excellente qualité gustative et disponible en tout temps.

Près de 60 % des ventes de fraises au Québec se font dans les marchés de détail incluant kiosques et épiceries. L'autocueillette est plutôt un loisir familial. Malgré notre production, 55 % des fraises sont importées. En Amérique du Nord, le Québec arrive au 3e rang en termes de superficie de culture avec 2000 hectares en production, derrière la Floride (2800 ha), et la Californie (12 800 ha).

Avec seulement 10 000 tm produites entre mai et octobre, on passe loin derrière le peloton de tête quant au volume produit. « Le facteur limitatif, dit M. Parent, est justement une saison de production trop courte. La Californie produit 12 mois par année et concurrence directement nos fraises locales. »

Différents systèmes de production
Simon Parent travaille en étroite collaboration avec ses clients producteurs de fraises. Il aide ceux-ci à bâtir un calendrier de production échelonné avec des systèmes de production différents. « Le consommateur québécois choisira d'emblée une fraise produite localement, constate M. Parent. Notre défi consiste à lui fournir la fraise parfaite le plus longtemps possible. »

S'inspirant de ce qui se fait ailleurs dans le monde, il adapte les nouvelles façons de faire à nos conditions climatiques. La production sous tunnel fait partie des nouveaux outils de production. Le conseiller mentionne qu'en abritant la plantation de différentes façons, on peut à la fois protéger les fraises des avaries climatiques tout en permettant de devancer de quelques semaines les récoltes et se tailler une niche sur le marché.

La production intensive de fraises est un autre système intéressant. La durée de vie des « nouvelles fraisières » n'est que de deux ans en moyenne, comparativement à quatre ans pour les fraisières en rangs nattés. Or, après deux récoltes intensives, le calibre des fraises tend à diminuer, ce qui n'est pas souhaitable en épicerie et encore moins pour l'efficacité de cueillette.

Avec les variétés à jours neutres, il est possible de faire deux récoltes de fruits la même année. Ceci permet une autre fenêtre de mise en marché au producteur.

Simon Parent tient à préciser que son but n'est pas de modifier les stratégies commerciales de ses clients. « Mon rôle est de les conseiller en leur proposant différentes possibilités qui répondent à leurs objectifs. Mon intervention ne sera pas la même pour un producteur visant le marché des grandes surfaces que pour un producteur possédant son kiosque à la ferme. »

Selon le système privilégié par son client, M. Parent lui recommande les végétaux appropriés. Voilà où son rôle de pépiniériste entre en ligne de compte.

Combler les besoins
Les pépinières se situent au début de la chaîne d'approvisionnement. Leur défi est de produire des plants sains qui répondent à la fois aux exigences des producteurs et des consommateurs. Avant l'arrivée de Novafruit, les producteurs devaient importer des plants adaptés à la plasticulture.

« Il y avait là un beau marché à combler », dit Simon Parent. Novafruit produit différents types de plants également offerts en plusieurs cultivars. L'entreprise se spécialise principalement dans la production de plants en multicellules ou en « mottes » ainsi que dans les plants « frigos ». Une telle diversité de plants et de cultivars est essentielle pour approvisionner tous ses clients situés à travers la province.

« Le succès de Novafruit repose à la fois sur la disponibilité et la diversité en plants de haute qualité, mais aussi sur le suivi technique offert après l'achat ». Simon Parent visite régulièrement ses clients et s'informe de leurs difficultés et de leurs réussites. « Les producteurs de fraises sont des gens d'affaires. Ils ont une entreprise à gérer et des profits à réaliser. »

Sans ce suivi, constate le pépiniériste, plusieurs abandonneraient la production de fraises en plasticulture. Difficile d'y réussir ? Sans toutes les informations pertinentes, oui. « Produire des fraises différemment comporte plus de risques, mais si nous ne suivons pas cette vague, où sera notre industrie dans 20 ans ? » questionne le spécialiste.

La recherche et l'expertise
Les clients de Simon Parent réussissent et démontrent un vif intérêt pour les nouveautés. Certains d'entre eux ont dans leur ferme une parcelle faisant partie du réseau d'essais de cultivars mis sur pied par Novafruit.

« Ce laboratoire de qualité en plein champ nous permet d'observer le comportement des cultivars selon différents modes de production », constate M. Parent. De cette façon, le pépiniériste peut décider de poursuivre ou non le cycle de multiplication d'un cultivar.

Pour explorer de nouvelles techniques de multiplication, l'entreprise utilise actuellement les services d'un hybrideur américain. « J'entretiens des relations avec différents hybrideurs à travers le monde, explique M. Parent. Cela me permet d'avoir accès à du matériel nouveau. »

Novafruit reçoit ces « créateurs de fraises » chaque année. « En visitant les champs au Québec, ils ont une meilleure idée de notre climat et des exigences particulières de nos consommateurs. » Le temps requis entre l'hybridation et la commercialisation des plants de fraises est d'au moins quatre ans.

Encadré : La fraise québécoise bien présente
Au Québec, on produit 9877 tm de fraises. Ce volume génère 45 % de la production nationale qui s'élève à 23 340 tm. Selon les données de 2005, la valeur à la ferme au Québec était de 25 millions de dollars, alors qu'elle est de 60 millions pour le Canada. La fraisière moyenne québécoise est de 2,8 hectares.
Source : Novafruit inc.

Encadré : Petites indiscrétions savoureuses
Simon Parent s'est prêté au jeu.

À quoi vous fait penser le mot fraise ?
Au bonheur. Cela me procure du plaisir à tout coup.

Le meilleur cultivar ?
Jewel. C'est la meilleure fraise quant au goût, en plus d'être celle qui a la plus haute teneur en antioxydants. Mais peu importe le cultivar, les fraises sont excellentes pour la santé !

Définissez la fraise du Québec ?
Rouge foncé, brillante, d'une bonne grosseur, sucrée à point.

Que préférez-vous : achat ou autocueillette ?
Achat. Je choisis toujours la fraise locale en premier, mais il m'arrive en hiver d'acheter la fraise de Californie.

Comment la consommez-vous ?
Fraîche et nature. Elle est meilleure à la température de la pièce. Il faut aussi la laver et l'équeuter juste avant de la manger.

La « fraise sur le sundae » ?
Remporter en 2006 le concours Tournez-vous vers l'excellence de La Financière agricole. Cette reconnaissance est d'autant plus flatteuse que c'est la première fois qu'un horticulteur remporte les honneurs.

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Une complicité s'est rapidement développée entre Simon Parent et Alain Massé. Celui-ci, déjà propriétaire d'une pépinière, a cru au projet Novafruit dès le début. Grâce à son expérience comme gestionnaire, il contribue au développement d'une entreprise solide.
2. L'ombrière ou « net house » provient des pays chauds. Elle protège les plants des intempéries et de la poussière.
3. Novafruit engage 10 personnes à temps plein. Le nombre d'employés grimpe jusqu'à 60 en période de production de plants en multicellules.
4. Novafruit exploite une pépinière de 6 ha, sur laquelle on produit les plants de fraises adaptés à la plasticulture.
5. « Il y a 20 ans, on avait 20 variétés de fraises. Maintenant on a 20 façons de cultiver la même variété. »
6. La consommation de fraises est à la hausse, principalement grâce à ses effets bénéfiques pour la santé. Avec les nouvelles façons de produire la fraise ici, il est permis de croire que dans un futur rapproché, la fraise du Québec pourrait être exportée.

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