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L'entraîneur et ses athlètes
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de janvier 2008
Il leur donne du temps, elles lui donnent du lait, beaucoup de lait. Sylvain Lambert de la ferme Syma a obtenu le premier rang en production laitière au Québec et au Canada en 2006.
par André Dumont, journaliste
Sylvain Lambert n'aura jamais à peindre
les murs du corridor qui longe
sa laiterie et mène à l'étable. Du
plancher au plafond, ils sont recouverts de
certificats de production supérieure décernés
par Holstein Québec.
Sur une petite table, on découvre le dernier
relevé du contrôle laitier de Valacta. Sylvain
Lambert l'a scruté à maintes reprises. Syma
Outside Femina, une vache de six ans et demi,
affiche une production projetée de 24 521 kg
de lait. « Elle n'a pas la meilleure conformation,
elle n'est pas la plus grosse, mais elle a du
coeur. C'est terrible comment elle mange ! »,
dit notre producteur laitier de Sainte-Élisabeth,
non loin de Joliette.
Syma Outside Femina et les 51 autres
vaches de la ferme Syma se sont classées premières
parmi les troupeaux les plus productifs
au Québec en 2006. Elles ont produit en
moyenne 14 006 kg de lait. La ferme Syma a
aussi obtenu le premier rang au Québec et au
Canada en 2006 avec une MCR de 303-285-
310 (moyenne de 299,3). « J'ai été bien content
quand on me l'a appris au printemps dernier,
raconte Sylvain Lambert. Cependant, arriver
premier n'a jamais été mon but. »
Sylvain Lambert compare ses animaux à
des athlètes : pour qu'ils excellent, il leur faut
un environnement stable, une alimentation
bien ajustée et les meilleurs soins. Son objectif
premier consiste à tirer le plein potentiel
de chaque vache. « Je fais de mon mieux et je
veux qu'elles fassent de leur mieux. »
Pour y arriver, Sylvain
Lambert n'a pas
de recette secrète. Il se
donne à fond dans son
travail et s'attend à rien
de moins de son troupeau.
Il trait lui-même
ses vaches et connaît
chacune de leurs personnalités.
Lien affectif
ou pas, une vache « faut
qu'elle travaille pour
moi ; elle doit démontrer
sa rentabilité ».
Cela exige beaucoup
de temps de la part du
producteur. Distribuée
deux fois par jour, la
ration totale mélangée
(RTM) est repoussée vers
la vache à au moins trois reprises dans la journée, la dernière fois en fin
de soirée. « C'est à peine s'il ne dort pas à l'étable
! », dit la conseillère en alimentation de la
Coopérative Profid'Or, Isabelle Guay. Effectivement,
certaines nuits, notre agriculteur ira
jusqu'à somnoler assis près d'une vache sur le
point de vêler.
Sylvain Lambert reçoit
l'aide de son père André
pour la distribution de l'alimentation. Sa conjointe
Josée Malo assure la comptabilité
et tient un salon de
coiffure. Ses filles Stéphanie,
15 ans, Anabelle, 12
ans et Alice, 9 ans, viennent
donner un coup de main à
l'occasion, surtout l'été et
lors des concours dans les
expositions.
L'alimentation des vaches
est suivie de près par Isabelle
Guay et Hugues Ménard, le
représentant de territoire de
La Coop fédérée. Le supplément
personnalisé est ajusté
tous les mois et soumis pour
examen au nutritionniste en chef de La Coop fédérée, l'agronome
Jean-Luc Laroche.
La ration est calibrée en fonction
d'une production d'environ 46 kg de
lait par vache par jour. Les suppléments
qu'elle contient ne sont pas
les plus abordables, mais ils permettent
d'atteindre la productivité
souhaitée. La même alimentation
ne donnerait pas nécessairement
les mêmes résultats chez un autre
producteur, soutient Isabelle Guay.
« Sylvain a une régie plutôt exceptionnelle,
dit-elle. Tout est fait à la
fine pointe. »
Au premier coup d'oeil dans l'étable,
on aperçoit des vaches propres
et calmes. Elles logent sur des stalles
larges, recouvertes d'une surface
matelassée. La ration est distribuée
sur des carreaux de céramique.
La nouvelle étable remonte à
1997. En 2001, on y a ajouté l'étable
des taures. « Les taures étaient
entassées dans la vieille étable.
Nous avions investi pour donner
du confort aux vaches, mais nous
négligions la relève ! » explique Sylvain
Lambert.
Le producteur laitier de 41 ans porte une attention particulière aux
vêlages. Les vaches gestantes sont
retirées trois semaines avant de mettre
bas. Elles obtiennent toute l'attention
nécessaire pour réduire leur stress.
Pour Sylvain Lambert, la régie
consiste aussi à s'assurer que son troupeau est à son meilleur lors du contrôle
laitier. La vaccination, ou encore
l'opération de lavage de l'étable, ont
toujours lieu dans les deux semaines
suivant un contrôle. Après un vaccin,
certaines vaches mangent moins,
explique-t-il. « Ce sont des choses banales, mais il faut y penser. L'athlète
qui se rend courir à une compétition
ne sortira pas danser la veille ! »
Ses athlètes, Sylvain Lambert les
recrute à même les génisses de son
troupeau, ou en procédant à des
achats. Ses vaches sont toutes inséminées
artificiellement, en choisissant
d'excellents taureaux. Par contre, pas
question de payer le gros prix pour
acheter des taures « vedettes ». Sylvain
Lambert les choisit en fonction de
leur conformité et de l'appétit qu'elles
démontrent devant une ration fraîche.
Au moment de choisir les taures à
conserver dans l'équipe, il doit jongler
entre productivité et conformité.
« C'est difficile d'allier les deux. La plus
productive n'est pas nécessairement la
plus belle ! »
Tel un entraîneur, Sylvain Lambert
se fie à son intuition. « Si une vache
est belle, mais qu'elle ne donne que
10 000 kg de lait au premier veau, je
la garde si j'ai confiance qu'elle peut
faire mieux. » Qui sait, ce sera peut-être
cette vache-là que ses filles et lui
emmèneront récolter les rubans dans
les expositions !
Encadré : La ferme Syma, Sainte-Élisabeth
Vache en lactation : 52
Quota laitier : 65 kg/jour
Productivité moyenne : 14 006 kg/an (2006)
Superficie en cultures : 57 ha en propriété, 24 hectares en foin à l'extérieur
Encadré : La productivité à la ferme Syma
Moyenne par vache
Lait : 14 006 kg/an
Gras : 490 kg, 3,5 %
Protéine : 455 kg, 3,25 %
Indices MCR (moyenne de la classe de la race)
Lait : 303
Gras : 285
Protéine : 310
Moyenne : 299,3
Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Sylvain Lambert a
acheté la ferme de son
père André en 1993.
C'est en visitant des
fermes avec le Club
Holstein qu'il a eu le
goût de maximiser la
productivité du troupeau.
Il a enregistré la
plus haute productivité
au Québec en 2006,
avec une moyenne par
vache de 14 006 kg/an
et une MRC 299,3
2. Les murs du corridor
entre la laiterie et l'étable
sont recouverts
de dizaines de certificats
de productivité
et de production à vie
décernés par Holstein
Québec.
3. La ration totale mélangée
est distribuée
sur des carreaux de
céramique, en fonction
d'une production de
46 kg de lait par vache.
Elle contient l'ensilage,
le foin sec et une formule
de suppléments
personnalisée.
4. L'étable est d'une propreté exemplaire. Sylvain Lambert
y passe beaucoup de temps, notamment lors des vêlages.
5. Une étable pour les taures a été construite en 2001. Les
taures sont la relève, alors il vaut mieux leur offrir le même
confort que les vaches, soutient Sylvain Lambert.
6. Alice, 9 ans, suit son père partout.
Ses soeurs Anabelle, 12 ans, et
Stéphanie, 15 ans, participent aux
expositions agricoles avec leurs
propres vaches.
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