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Le défi de Louis-Raphaël Cournoyer
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de mars 2008

La cure de jeunesse de l'ancien verger des pères Oblats à Rougemont a été confiée à un jeune pomiculteur plein d'ambition.
par André Dumont, journaliste (adumont@gmx.net)

Fin d'après-midi d'octobre. Le soleil dore de ses rayons les quelque 25 000 pommiers du verger Bel Horizon, à Rougemont. « C'est l'un des plus beaux coups d'oeil de la région », dit Louis-Raphaël Cournoyer en montrant les contreforts des Appalaches au loin.

À 35 ans, Louis-Raphaël Cournoyer relève le plus beau défi que la vie pouvait mettre sur son chemin : rajeunir et relancer le fameux verger des pères Oblats. À eux seuls, les pommiers couvrent la moitié des 120 hectares de la propriété.

Le verger était en vente depuis 20 ans quand en 2006, l'entrepreneur en transport Claude Robert se laisse tenter. Il demande alors à son beau-fils pomiculteur s'il serait intéressé à prendre en charge le verger. Louis-Raphaël Cournoyer accepte le mandat et la vente se conclut.

Claude Robert devient propriétaire du verger et de ses installations avec ses trois enfants, Michel, Julie et Isabelle. La ferme CMJI, qui comptait déjà un petit verger et des terres louées en grandes cultures à Rougemont, devient du jour au lendemain l'un des plus importants producteurs de pommes au Québec.

De son côté, Louis-Raphaël Cournoyer exploite déjà le verger Pomme Atout, qu'il a racheté de son père à la fin de ses études à l'ITA de Saint-Hyacinthe, en 2001. « Je suis passé du simple au quadruple ! » dit-il en allusion aux volumes à récolter.

Dans son propre verger de 8000 pommiers, il a entre-temps instauré l'autocueillette et la production de jus. Aujourd'hui, il se retrouve avec tout près de 40 000 pommiers à sa charge. « Si je peux faire de ce verger une référence comme il l'a été avec les pères Oblats, je serai encore plus fier de moi. »

Louis-Raphaël Cournoyer sait bien comment il s'y prendra pour relever ce défi de taille. Il faut d'abord rajeunir le verger et augmenter sa productivité. Certains des pommiers ont plus de 20 ans et ce n'est que depuis l'automne 2006 qu'ils sont tous taillés chaque année. La qualité des pommes au poste de tri s'en trouve déjà améliorée.

Ces vieux pommiers sont aussi trop espacés. Les rangées entre les arbres atteignent 6 mètres. Ce sera réduit à 3,6 mètres. Quant à la distance entre les arbres d'un même rang, elle passera de 3,6 mètres à 1,8 mètre.

« Je compte replanter 5 % à 8 % du verger chaque année. De cette façon, il y aura toujours un petit coin où la production augmentera », dit Louis-Raphaël Cournoyer.

Le verger des pères Oblats était déjà l'un des premiers à disposer d'un entrepôt à atmosphère contrôlée. On vient d'agrandir celui-ci et de lui greffer une chambre de prérefroidissement à trois rangées.

Les religieux tenaient aussi une ferme. Les silos servent désormais à entreposer le bois de chauffage produit lors de la taille des pommiers. Deux maisons hébergent les employés.

« C'est une véritable petite ville ici. Nous avons même un réseau d'aqueduc relié à quatre lacs en hauteur », dit Louis-Raphaël Cournoyer. La plupart des pommes fraîches partent chez l'emballeur Verger Idéal, voisin immédiat. Certaines pommes iront se faire transformer en jus. Toutefois, la majorité des fruits de deuxième classe seront transformés en compote sur place. La famille Robert a décidé de donner un nouvel élan à la compote Bel Horizon, vendue seulement dans le réseau institutionnel (centres d'accueil, hôpitaux, restaurants).

Comme partout ailleurs en production horticole, la gestion de la main-d'oeuvre demeure à la fois une préoccupation de tous les jours et le plus important poste de dépense. Louis- Raphaël Cournoyer s'entoure d'une dizaine d'employés à l'année et de 30 cueilleurs en saison. Comme ces derniers sont difficiles à trouver, il songe à différents scénarios pour embaucher un plus grand nombre de travailleurs étrangers.

La mécanisation de la ferme CMJI contribuera à attirer des travailleurs, croit-il. C'est ainsi qu'on a fait l'acquisition de deux cueilleuses automotrices (voir l'encadré La cueilleuse automotrice). Celles-ci permettent de cueillir sans échelle. Le travail est plus facile et les plus motivés pourront remplir jusqu'à trois bennes dans leur journée.

Le verger s'est aussi fait fabriquer deux ramasseuses de pommes au sol, puisque ce type d'équipement n'est pas vendu au Canada. « En fin de saison, les cueilleurs sont tannés. Ils n'ont pas envie de ramasser à quatre pattes sous les arbres », explique Louis-Raphaël Cournoyer.

Le verger comptera aussi un jour des arroseuses à tunnel, qui viendront remplacer les pulvérisateurs à jet porté, dont l'hélice projette les fongicides dans toutes les directions. Cédant à sa passion du vin, Claude Robert a fait planter 3600 vignes en face de sa nouvelle demeure, celle qui hébergeait jadis les pères Oblats. Si un jour la ferme CMJI se lance dans l'agrotourisme, ce sera pour faire connaître son vin, dit Louis-Raphaël Cournoyer. Côté pommes, le village de Rougemont compte déjà assez de vergers pour l'autocueillette, croit-il. Comme si tous ces projets ne suffisaient pas, il reste encore une érablière à 8000 entailles à remettre en état, sur le flanc du mont Rougemont.

Encadré : La cueilleuse automotrice
La Ferme CMJI a fait l'acquisition de deux cueilleuses automotrices Munckhof pour faciliter et accélérer la cueillette des pommes et la taille des pommiers. Deux ou quatre cueilleurs marchent à l'avant et déposent les pommes sur une courroie en caoutchouc.

Quatre autres cueilleurs sont debout sur des plates-formes dont la hauteur se règle par pression hydraulique. La vitesse et le nombre de cueilleurs sont ajustés selon la densité de la récolte.

Munie d'un moteur 13 forces de Honda, cette cueilleuse automotrice de fabrication hollandaise se dirige toute seule entre deux rangées de pommiers. Elle tend légèrement vers la droite, jusqu'à ce qu'un senseur mécanique repère un tronc et corrige la trajectoire. L'opérateur, qui est aussi cueilleur, ne reprend les commandes qu'au moment du virage au bout du rang.

La cueilleuse automotrice Munckhof est disponible en versions deux ou quatre plates-formes et deux ou quatre roues motrices. D'après le dépositaire Edgar Breton, de Holbec, à Saint-Paul-d'Abottsford, seulement quatre des 3000 exemplaires fabriqués à ce jour ont été vendus au Québec.

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Louis-Raphaël Cournoyer a étudié en aéronautique et travaillé chez Bombardier avant de se rendre compte qu'il préférait le travail à l'extérieur. Aujourd'hui, il a 40 000 pommiers à sa charge.
2. Le principal défi consiste à rajeunir le verger et augmenter sa productivité en plantant les pommiers plus rapprochés.
3. L'ancien verger des pères Oblats, à Rougemont, couvre 60 hectares d'un flanc du mont Rougemont.
4. La nouvelle chambre de prérefroidissement réutilise 45 000 litres d'eau pour abaisser la température des pommes à 3 °C en 20 minutes.

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