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Trips d'ego au front
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de mars 2008
Si un agriculteur cultivait comme un politicien, on manquerait de nourriture.
par Simon M. Guertin, ingénieur et agronome
En février 1995, le ministre de la
Santé Jean Rochon annonçait la
construction d'un mégahôpital à
Montréal. À ce moment, la population québécoise
était loin de se douter que plusieurs
longues années allaient suivre avant même
que soit officiellement choisi le site du futur
CHUM.
En 13 ans, les Québécois ont pu observer
toute une pléiade d'experts venir sur la tribune
proposer différents sites : Hôtel-Dieu,
Notre-Dame, Saint-Luc, Brasserie Molson,
angle des rues Saint-Denis et Rosemont. Tout
y est passé. Même une gare de triage et le
Stade olympique !
Pendant ce temps-là, le compteur roulait,
avec l'argent des contribuables. Au-delà de 200
millions de dollars ont été investis en études
sans qu'on voie l'ombre d'une pépine. Ce centre
devait être inauguré en 2006. Si on est chanceux,
nous verrons la pelle dorée marquant le
début des travaux l'an prochain. L'échéance est
maintenant repoussée à 2013, 2015. Les coûts
dépasseront 1,5 milliard de dollars.
Ce genre de tergiversations s'infiltre dans
plusieurs secteurs d'activités. Dès qu'une idée
fait surface, des factions se forment. À tort ou
à raison. Souvent, on pourrait dire que ce sont
des trips d'ego qui mènent le bal.
Si le nouvel hôpital montréalais prendra au
moins 20 ans avant de voir le jour, c'est entre
autres à cause des pressions de médecins déjà
localisés dans trois hôpitaux différents. C'est aussi à cause de Paul Desmarais, de Jean Coutu,
du doyen de l'Université de Montréal, sans
parler des premiers ministres et ministres de la
Santé qui se sont succédé. Et qui suivront !
En causant avec celui-ci et celui-là dans les
salons et rencontres agricoles depuis le début
d'année, j'ai constaté qu'en agriculture, on
n'échappe pas à ces trips d'ego. Toutes les productions
y sont passées.
En effet, dans chaque production, il est
devenu courant que différentes idéologies s'affrontent,
encore plus si le débat devient public.
À chaque fois, il y a des bons et des mauvais
selon le point de vue d'où on se place. Et ce
sont les citoyens qui paient la note. Et souvent,
on paie pour les deux parties qui s'affrontent.
Tout le monde se rappelle que Bombardier a
obtenu la reconstruction des wagons du métro
de Montréal sans aller en appel d'offres. Cette
année, la Cour supérieure oblige la Société de
transport de Montréal à procéder par appel
d'offres pour l'octroi de 1,2 milliard de dollars
qui servira à la reconstruction des 336 voitures
du métro.
Pensez-vous que Bombardier et Alsthom,
qui veut aussi soumissionner, vont s'entredéchirer
publiquement pendant 20 ans ? J'en
doute, parce que c'est de leur argent dont il
s'agit. C'est plus payant pour eux de s'entendre
sur une façon de faire le plus rapidement possible
pour commencer à construire le plus rapidement
possible. Les trips d'ego, même s'ils en
ont envie, ils vont laisser ça aux politiciens.
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