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Convaincu, mais prudent
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs d'avril 2008
Jacques Beaudin investit dans le semis direct. L'essentiel pour réussir en semis direct, c'est de se donner le temps de maîtriser la technique.
par Élaine Grignon, agronome
Déjà huit heures ! Entre notre
prise de photos, le cellulaire
qui ne dérougit pas et un
client qui arrive à l'improviste, le producteur
Jacques Beaudin informe rapidement
son père Georges, qui à 76 ans
est encore actif sur la ferme, des champs
de soya à semer pendant que lui-même
se rendra à un rendez-vous médical
prévu depuis longtemps.
Matinée stressante ? « Un peu, avoue en
souriant le producteur de grandes cultures
de Saint-Blaise-sur-Richelieu, mais cela
pourrait être pire. Imaginez
si j'étais en conventionnel,
je devrais planifier en plus la
préparation du terrain sans
compter la logistique avec
les équipements. »
Bien s'entourer
Jacques Beaudin mentionne qu'à ses débuts
en semis direct, cultiver du maïs ainsi ne faisait
pas partie de ses plans. En effet, plusieurs
personnes de son coin avaient déjà manqué
leur coup. Mais, à force d'en discuter avec
son conseiller du club agroenvironnemental
Techno-Champ 2000, l'agronome Éric
Thibault, il change peu à peu d'idée.
Selon le producteur, savoir s'entourer de
personnes compétentes aide à réussir. « Éric
était là quand j'ai commencé en 2000. Il sait
ce qui fonctionne : il a fait plusieurs essais et il
travaille avec d'autres producteurs qui font du
semis direct. Maintenant, les méthodes dans
le maïs sont au point. Cela m'a aidé à passer
à l'acte. »
L'agronome Thibault juge important de bien
planifier et d'expliquer les étapes au producteur
afin que ce dernier y gagne en assurance.
« L'automne dernier, nous avons préparé le
semis de son maïs. Jacques a passé le tasserésidus
dans son champ. Au printemps, je lui
ai recommandé de répéter l'exercice, cette
fois-ci combiné avec un “griffe-pine” afin de
bien assécher le sol. Il peut y avoir jusqu'à 7 °C de différence entre les bandes dépourvues de
résidus et celles encore recouvertes. »
L'agronome participe également à la calibration
du nouveau semoir, ce qui inclut la
vérification de la pression des disques. « Cette
étape est primordiale à la réussite, ajoutet-
il. Les gens sont habitués à semer dans de
la poudre. En semis direct, le sol est dur, c'est
très différent. Dans le maïs, cela ne pardonne
pas. Si c'est mal fait, la semence n'est pas bien
positionnée dans le sol et on met le blâme sur
le semis direct. »
Expérience concluante
Après sa première expérience de maïs en
semis direct, Jacques Beaudin se dit très satisfait.
Avec près de 20 hectares de maïs cultivé
ainsi, celui qui agit aussi comme représentant
de semences nous raconte son expérience de
semis d'une parcelle de démonstration de
maïs.
« J'ai semé une parcelle de 15 variétés de maïs
sur 10 hectares en seulement trois heures, dit-il
avec enthousiasme. C'est le jour et la nuit d'avec
la méthode traditionnelle. On n'a qu'à semer et
le tour est joué. Pas de terrain à préparer, pas de
dents de vibroculteur à réparer. »
Qu'en est-il des rendements ? Éric Thibault
avait averti son client qu'une diminution de 5 %
pouvait être possible, surtout la première année,
comparativement à son maïs cultivé de façon
conventionnelle. « J'ai eu une légère baisse de
rendements, admet Jacques Beaudin. Mais pour
moi, ce qui importe, c'est ce qui me reste dans
les poches au bout de la ligne. »
Il explique qu'en calculant l'économie en temps, l'économie en carburant et l'usure des
équipements, on y gagne partout à inclure le
semis direct à la ferme. Pour ces raisons, cette
année, il doublera sa superficie de maïs en
semis direct pour en cultiver 40 hectares.
Transition en douceur
Jacques Beaudin estime qu'environ 80 % de
sa ferme sera d'ici quelques années cultivée
en semis direct, avec une alternance de soya
et de maïs. « Pour l'instant, je veux me garder
des terres pour la conserverie, et pour mettre
du fumier. » Il précise que le semis direct ne
doit pas être considéré comme
une religion. Le temps de transition
n'a pas d'importance.
Éric Thibault abonde dans le
même sens. « Une des pires gaffes
serait de transférer tout en
même temps, surtout si on a des
terres de misère et des équipements
non appropriés. Les gens
ont tendance à vouloir commencer
le semis direct dans leurs
pires champs en espérant ne pas trop perdre
d'argent. Il n'est donc pas surprenant de voir
des échecs. Ce qui est malheureux, c'est que
ceux-ci défont tout le bon travail effectué par
les autres producteurs qui s'appliquent. »
Un autre facteur pesant dans la balance
avec une transition progressive vers le semis
direct, c'est que cela permet d'apprivoiser la
peur. « Au début, dit Jacques Beaudin, c'est
normal d'avoir peur. On a peur du look de son
champ, peur de semer dans les résidus, peur
des résultats dans la batteuse. Avec le maïs,
c'est encore pire, car c'est la culture payante
sur la ferme. Mais il faut passer par-dessus et
se faire confiance. »
Il est permis de croire qu'en semis direct,
on passe moins de temps au champ, donc on
a plus de temps pour soi. Qu'en est-il réellement
? « Du temps, affirme M. Beaudin, je n'en
ai pas vraiment plus. En réalité, je me crée de
l'ouvrage depuis que je suis en semis direct. Je
me permets d'agrandir mes superficies, de faire
des améliorations sur mes terres et, surtout, de
faire plus de travaux à forfait. »
Ferme J.J.B. inc. de Saint-Blaise-sur-Richelieu
Propriétaires : Jacques et Georges Beaudin
320 hectares en cultures
37 hectares en pois de conserverie
102 hectares en soya semis direct
160 hectares en maïs
20 hectares en maïs semis direct
Activités connexes : semis et arrosages à forfait
Détaillant de semences pour Agrocentre Fertibec
Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. À défaut d'investir
dans un
nouveau semoir,
Jacques Beaudin
recommande à
tous ceux qui
désirent essayer
le semis direct de
faire semer leurs
champs par un
producteur ayant
l'expérience et
l'équipement.
2. La règle d'or selon
Jacques Beaudin, c'est
qu'il faut être patient.
Ceci signifie de prendre
le temps de mettre ses
champs d'aplomb avant
d'y faire du semis direct,
de ne pas semer dans un
sol trop froid et humide,
et de prendre le temps
qu'il faut pour calibrer
son semoir.
3. En 2007, la ferme investit
dans un nouveau planteur
de 12 rangs. Ainsi, il
sera possible d'ajouter
de l'urée en bandes,
même en semis direct.
4. Une belle complicité
s'est installée au fil des
ans entre le producteur
Beaudin et l'agronome
Thibault. Selon ce
dernier, le secret pour
faire du maïs en semis
direct demeure l'utilisation
d'un tasse-résidus
avant le semis et de
préférence l'automne
précédent. On y gagne
jusqu'à 4 à 5 jours.
5. Dès l'automne, le
champ est préparé. Le
passage d'un tasserésidus
favorise le
séchage du sol au printemps.
La température
peut être de 7 degrés
entre les bandes
dépourvues de résidus
et celles encore
recouvertes.
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