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Blé recherché
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de mai 2008
Les boulangers du Québec veulent votre blé ! Faites-le selon la certification Agrinature et gagner votre pain n'aura jamais été aussi satisfaisant.
par André Dumont, journaliste (andre.dumont@lebulletin.rogers.com)
À l'époque de la Nouvelle-France, la vallée du
Saint-Laurent était le grenier à blé de l'Amérique
du Nord. La farine de nos moulins se rendait jusqu'en
Louisiane. Après la Confédération, nos politiciens
ont donné le blé à l'Ouest, la production laitière à l'Est.
Au Québec, malgré des terres et un climat parfaits pour
le blé, sa production s'est vue affligée des pires maux :
déclassement abusif, bas prix et paiements en retard.
Aujourd'hui, le retour du balancier est amorcé. Le blé
panifiable certifié Agrinature provoque une petite révolution
dans nos campagnes. Première Moisson, Auger et
une poignée d'autres boulangeries s'arrachent sa farine,
exclusive aux Moulins de Soulanges, près de Vaudreuil. En
activité depuis août 2007 seulement, la meunerie refuse de
nouvelles commandes, faute de blé Agrinature à moudre.
Le blé sans intrants Agrinature est un produit « biologique
en une saison ». L'année de production, un champ ne
peut recevoir ni semence OGM, ni fertilisant de synthèse
ou herbicide. Pour un bon apport en azote, on choisit un
retour de légumineuses ou un apport de fumier. L'année
précédente ou suivante, le producteur est libre d'y mettre
une culture Roundup Ready.
Les premières variétés ont été choisies spécifiquement
en fonction des besoins de Première
Moisson, actionnaire des Moulins de
Soulanges aux côtés d'Agri-Fusion 2000, un
groupe de producteurs de grandes cultures, et
de Robert Beauchemin, P.D.G. de La Meunerie
Milanaise.
« J'ai ciblé Première Moisson en leur demandant
s'ils aimeraient avoir une farine qui corresponde
mieux à leurs attentes. Ils m'ont
répondu oui et nous avons défini ensemble ce
que serait une bonne baguette. Je suis ensuite
parti à la recherche du meilleur blé pour la
faire », raconte Rudy Laixhay, l'agent de développement
de La Meunerie Milanaise et des
Moulins de Soulanges.
Le quart du blé Agrinature est produit
en Mauricie, chez les producteurs du club
agroenvironnemental Envir-Eau-Sol. Comme
les rendements en maïs-grain sont plus faibles
dans cette région, des membres s'étaient déjà
tournés vers des productions de niche comme
le soya sans intrants ou le haricot, explique
l'agronome du groupe, Jean-Pierre Hivon. De
deux producteurs en 2005, alors que le projet
démarrait, ils seront plus de 20 cette année
à produire du blé panifiable sans intrants en
Mauricie.
Hubert Damphousse avait choisi comme
projet de gestion à l'ITA de Saint-Hyacinthe
d'implanter le blé sans intrants sur la ferme
familiale de Maskinongé. « Ce n'est pas sorcier,
dit-il. Avec les conseils de l'agronome du
club, ça se fait très bien. » Cette année, il en
cultivera sur 40 hectares, pour une troisième
saison.
Son père Jean Damphousse, aussi député
à l'Assemblée nationale, y voit un moyen de
mieux protéger l'environnement. « Je suis fier
d'obtenir une bonne récolte, sans appliquer
de produits chimiques. En plus, le prix payé
est bon. »
Les producteurs de blé Agrinature touchent
une prime de 50 $ la tonne. Si on y additionne
les frais de gestion et de pool qu'ils épargnent,
cela fait une différence de 80 $ à 90 $ avec le
blé conventionnel, estime Jean-Pierre Hivon.
En moyenne, les revenus à l'hectare
sont supérieurs, soutient-il.
Le calcul est simple : une
semence légèrement plus chère,
aucun intrant, un rendement
presque équivalent et une prime
que tous touchent, même quand
le taux de vomitoxines est légèrement
trop élevé. Autre avantage
de taille : un paiement rapide
après la livraison.
« Un de nos producteurs s'est
payé des vacances dans le Sud
pour la première fois cet hiver,
raconte Jean-Pierre Hivon. Il m'a
dit : avec le blé sans intrants,
j'ai vraiment fait une meilleure
année. »
Producteur de céréales et de
légumineuses à Maskinongé, Jean
Grogg y voit bien plus que l'avantage
financier. Le blé sans intrants
complète très bien ses rotations,
notamment à la suite de haricots.
« Depuis deux ans, j'implante des
engrais verts dans mes champs de
blé, pour couvrir mes sols le plus
possible. Les autres productions
se trouvent ensuite à mieux performer
aussi. »
Jean Grogg rêve du jour où la
baguette de Première Moisson
sera disponible à Louiseville.
Dans l'immédiat, il se contente
de faire partie de l'essor d'un produit
entièrement québécois. En ce contexte de mondialisation, il est rassurant de
voir que « les petits » arrivent à se tailler une
place aussi, dit-il.
De la place, il y en a pour tous les producteurs
! Les Moulins de Soulanges ont actuellement
une capacité de transformation de
25 000 tonnes de blé par année. En 2008,
la production de blé Agrinature au Québec
en comblera environ la moitié. Les contrats
devraient représenter 5000 hectares, ce qui
correspond à plus de la moitié des superficies
en blé au Québec. De 130 producteurs en
2007, ils seront plus de 250 cette année.
« La production de farine n'est pas un problème.
C'est sur l'approvisionnement que
nous devons travailler ! Des demandes de
farine Agrinature, nous en refusons tous les
jours », dit Rudy Laixhay.
Première Moisson et les autres clients des
Moulins de Soulanges en font un pain vendu
comme produit québécois de qualité supérieure.
Comme le consommateur en redemande,
les meuneries ne peuvent qu'espérer
de plus grandes récoltes de blé Agrinature,
cultivé uniquement au Québec.
Jamais n'aura-t-on vu une telle interdépendance
entre producteurs et transformateurs,
affirme Rudy Laixhay. « Nous voyons maintenant
des meuniers et des boulangers se préoccuper
de la récolte de blé ! »
Encadré : L'ACB du blé Agrinature
- Choisir un champ bien drainé, exempt de vivaces, de préférence sur un retour de légumineuses;
- Semer le plus tôt possible, pour obtenir un meilleur rendement et prendre de l'avance sur les mauvaises herbes;
- Choisir un blé IP autorisé par la norme Agrinature et éviter la contamination avec d'autres variétés, des semis jusqu'à la livraison;
- Semer une forte population, pour un minimum de 460 plants établis au m2 ;
- Semer à une profondeur de 2,5 cm (1 po) ou plus, selon le sol;
- Ne sarcler que si les mauvaises herbes prennent le dessus;
- Fertiliser avec modération : trop d'azote dans le fumier peut profiter aux mauvaises herbes ou provoquer la verse, augmentant ainsi la fusariose et la teneur en vomitoxines;
- Récolter entre 16 % et 18 % d'humidité, dès que le vert a disparu de l'épi, afin de conserver un bon indice de chute.
Adapté des Consignes pour la culture du blé selon les normes Agrinature, de l'agronome du MAPAQ Pierre Lachance.
Encadré : Un pont vers le bio
Si la production de blé biologique connaît un essor au Québec, c'est à cause de la certification
Agrinature, affirme Rudy Laixhay. Des 19 membres d'Envir-Eau-Sol qui ont produit du blé
sans intrants l'an dernier, 13 ont entrepris ou complété une transition vers les grandes cultures
biologiques. C'est le cas de Mario Lamy, à Yamachiche. « Normalement, ce sera ma dernière
année de blé sans intrants, dit-il. Agrinature a été un outil très utile pour convertir mes terres à
la production biologique. »
Sans la certification Agrinature, les producteurs de blé en transition doivent subir pendant
deux ans les pertes de rendement et de revenus associées aux pratiques biologiques. « Avec
Agrinature, nous réussissons des rendements proches du conventionnel, avec des coûts de
production avantageux, en plus d'obtenir une prime », dit Mario Lamy. L'arrivée progressive de
nouveaux producteurs de blé Agrinature compense largement ceux qui délaissent pour devenir
biologiques, soutient Rudy Laixhay. Quant aux acheteurs de blé sans intrants, ils se réjouissent
à l'idée de pouvoir fabriquer de plus en plus de pain biologique 100 % québécois.
Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. La demande pour la farine Agrinature est énorme. « Le problème, c'est d'avoir assez de
producteurs pour faire du blé », dit Rudy Laixhay. De gauche à droite, les producteurs
Jean Groog, Hubert et Jean Damphousse, Rudy Laixhay et l'agronome Jean-Pierre Hivon.
2. Les pains qui sortent
des fours de Première
Moisson sont faits de
farine de blé exclusivement
québécoise.
3. La norme Agrinature aura été un
outil de conversion au biologique
très utile pour Mario Lamy, éleveur
de volailles et producteur de céréales
à Yamachiche.
4. Le blé panifiable sans intrants
Agrinature est un bel exemple
d'agriculture durable, soutient
Rudy Laixhay, le coordonateur
du projet.
5. Jean Grogg sème la plus grande
partie de son blé sans intrants à
l'automne. L'année suivante, les
mauvaises herbes n'ont aucune
chance de prendre le dessus.
6. Les semis se font à l'automne ou
très tôt au printemps, à haute densité
et à une profondeur de 2,5 cm.
7. L'agronome Jean-Pierre
Hivon, du club agroenvironnemental
Envir-
Eau-Sol, cherche depuis
plusieurs années à
remplacer le maïs-grain
en Mauricie par des
cultures de niche. Le
voici en compagnie
d'Hubert Damphousse,
un jeune producteur de
Maskinongé.
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