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Oui ou non, la ractopamine ?
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de mai 2008

Le Paylean, ou ractopamine, offre un avantage économique intéressant, mais présente aussi des inconvénients. Est-ce une raison pour s'en passer ?
par Marie-Josée Parent, agronome (mariejosee.parent@lebulletin.rogers.com)

Lancé il y a deux ans, le Paylean était fort prometteur. La ractopamine, un supplément pour le porc, assure une meilleure efficacité alimentaire et améliore le dépôt en maigre. « On diminue donc les dépenses et on augmente les revenus », résume Stéphane Beaudoin, représentant produits porcins chez Elanco, la compagnie qui commercialise la ractopamine sous le nom de Paylean. L'attrait pour un meilleur revenu est justement l'élément qui stimule l'utilisation du produit. Elanco en a d'ailleurs fait son slogan : « Paylean, c'est payant ».

La compagnie prévoit, avec Paylean, une augmentation de gains moyens et une amélioration de l'indice de conversion alimentaire de 10 à 15 %. Deux doses sont autorisées au Canada, 5 ppm et 10 ppm. La dose inférieure est toutefois la plus utilisée. On additionne la ractopamine à la moulée durant les derniers jours de l'engraissement. La durée moyenne d'utilisation est de 28 jours.

Puisque les porcs ne sont pas tous expédiés en même temps, certains n'en consomment pas ou presque pas. Ce sont les premiers porcs expédiés à l'abattoir. D'autres en consomment plus de 28 jours. Cette durée ne doit pas dépasser 42 jours. Au-delà de cette période, l'animal s'habitue à sa présence. En stimulant le gain, la ractopamine augmente le pourcentage de porcs dans la bonne strate de poids.

Avantage monétaire
Économie il y a, témoignent deux études indépendantes. Au début de 2007, l'économiste agricole Aïcha Coulibaly et l'analyste Joël Rivest, tous deux du Centre de développement du porc du Québec (CDPQ), ont démontré un gain par porc de 1,07 à 1,58 $, selon les prix de 2006.

Joël Rivest a refait le calcul avec le coût de moulée et le prix du porc de la fin de l'hiver 2007. L'avantage économique est maintenant de 1,13 à 1,64 $ par porc, soit sensiblement le même résultat que celui obtenu l'année précédente.

Peu de temps après la sortie du Paylean, l'agronome Dan Bussières du Groupe Cérès a lui aussi fait une étude chez son important client de l'Ouest, Hytek. Il a développé deux hypothèses.

Dans le premier cas, les porcs sont engraissés pendant la même durée, mais sortent plus gros. L'économie estimée est alors de 5,01 $. Dans la deuxième hypothèse, les porcs sortent plus vite, mais au même poids. Dans ce cas, l'excédent des revenus sur les coûts n'est que de 0,68 $.

Si la ractopamine est intéressante au plan économique, pourquoi tous les producteurs ne l'utilisent-ils pas ?

Deux phases
La ractopamine est incorporée dans la dernière moulée servie en engraissement, soit la moulée finition. Or, si cette moulée est servie durant plus de 42 jours, on ne peut tout simplement pas utiliser le Paylean. C'est le cas de la plupart des moulées fabriquées à la ferme, explique la vétérinaire Isabelle Moreau, responsable services techniques porc pour Elanco.

« S'il n'y a que deux phases de moulée après la pouponnière et avant l'abattage, je ne recommande pas le Paylean », dit-elle. Au Québec, selon l'AQINAC (Association québécoise des industries de nutrition animale et céréalière), 37 % de la moulée servie aux porcs est fabriquée à la ferme.

Le prix
« Souvent, les gens ont tendance à surévaluer le bénéfice sur le gain », explique Dan Bussières. Il conseille à ses clients de bien évaluer les bénéfices d'utilisation de la ractopamine selon leur situation. Ainsi, si l'espace manque dans la porcherie, la ractopamine sera plus intéressante que s'il n'y a pas de problème d'espace. D'ailleurs, Elanco fait ce genre d'évaluation pour ses clients.

Produit artificiel
Certaines personnes ne veulent pas utiliser la ractopamine parce que ce n'est pas un produit naturel. « La ractopamine n'existe pas dans la nature, ça n'entre donc pas dans la définition d'hormone », explique Isabelle Moreau. À l'origine, Lilly, la société mère d'Elanco, a créé ce produit pour stimuler la perte de poids des humains. On l'a mis de côté lorsqu'on a découvert que l'effet ne durait pas. Par contre, pour des porcs voués à l'abattage, l'utilisation était tout indiquée.

Animaux fragiles
Dan Bussières avoue que malgré l'économie calculée, certains producteurs rejettent cet ingrédient en raison d'une grande fragilité des animaux et d'un taux de mortalité plus élevé au transport. « Si tu augmentes la mortalité au transport, tu viens de bouffer ton profit », dit-il. Elanco est sensible à cette problématique de fragilité des porcs. Stéphane Beaudoin offre des formations sur la manipulation des porcs lors de l'expédition. Il filme même des producteurs à la ferme lors de leur manipulation des animaux et commente par la suite.

« Parce qu'ils sont plus musclés, les porcs recevant de la ractopamine sont plus fragiles », explique Isabelle Moreau. Les porcs sont alors comme des athlètes qui viennent de faire un entraînement. C'est l'acide lactique du muscle qui cause cette fragilité.

Interdit en Chine
L'été et l'automne derniers, la ractopamine a fait grand bruit lorsque la Chine a refusé des cargaisons de viande démontrant la présence de résidus de ce produit. Or, la Chine est le principal client du Canada pour les parties non nobles du porc, soit certains abats et les pieds. Et depuis peu, la Chine commençait à s'intéresser aux parties plus nobles, soit les coupes de viande.

La Chine, incluant Hong Kong, est le 6e pays importateur de porc canadien en termes économiques. Certaines usines américaines et un abattoir canadien ne peuvent désormais plus exporter en Chine. D'autres usines ont volontairement choisi de ne pas exporter là-bas, de peur d'être refusées. D'autres encore exportent en Chine en passant par Hong Kong, qui a des normes moins strictes que le restant de la Chine.

La Chine a une politique de tolérance zéro face à la ractopamine. « La problématique provient plus de l'intérieur que de l'extérieur, puisqu'il y a environ 1,3 million de producteurs de porcs en Chine », explique Martin Lavoie, directeur exécutif adjoint chez Canada Porc International.

Une partie importante de la production est encore artisanale, avec seulement quelques porcs par ferme. L'importation n'a que très peu d'importance puisque seulement 0,5 % de leur consommation provient de l'extérieur du pays.

Mais la demande de porc augmente très rapidement dans ce pays. L'an dernier, le porc y a connu une augmentation du prix au détail de 90 % et a été responsable de la moitié de l'inflation. En raison de la forte demande pour la viande de porc, la Chine a décidé de revoir sa politique au sujet de la ractopamine.

« La Chine n'aura pas le choix d'utiliser le Paylean parce qu'elle est limitée dans sa capacité de produire du porc », croit Martin Lavoie. Comme quoi, même les plus réfractaires finiront par utiliser la ractopamine.

Encadré : Pour :

  • économique;
  • meilleure conversion alimentaire;
  • plus grand dépôt en maigre;

Contre :

  • difficilement utilisable pour ceux qui fabriquent leur moulée à la ferme;
  • produit artificiel;
  • plus grande fragilité des animaux au transport;
  • fermeture du marché de la Chine.

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Les porcs recevant de la ractopamine sont plus musclés, donc plus fragiles à cause de l'acide lactique contenu dans le muscle. Il faut donc les manipuler avec soin.
2. Lorsqu'il n'y a que deux phases de moulée en engraissement, on ne peut tout simplement pas utiliser la ractopamine.

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