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Moulée High-Tech
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de mai 2008
La fabrication de la moulée a évolué énormément. Elle est beaucoup plus automatisée et informatisée.
par Marie-Josée Parent, agronome (mariejosee.parent@lebulletin.rogers.com)
« C'est l'usine la plus complète
qui a été bâtie dans les dernières
années. » Maurice Girard
s'y connaît. Directeur des ventes pour
Law-Marot, cet homme vend des équipements
et conçoit des meuneries
depuis 36 ans. L'usine dont il parle est
celle de Nutri-Expert de Notre-Damedu-
Bon-Conseil.
La meunerie achetée en octobre 2004
par Robert Désilets, notamment producteur
d'oeufs, a explosé le 23 février
2005, à peine quatre mois après l'achat.
Un wagon de propane a déraillé et foncé
dans l'usine. Personne n'a été blessé,
mais l'usine a été détruite.
La construction de la nouvelle usine
a commencé le 4 octobre 2005 pour une
mise en fonction le 28 août 2006. Selon
Maurice Girard, c'est très rapide pour ce
genre de construction. La formule clés
en main des trois principaux fournisseurs
a accéléré le processus. Chacun
était responsable de sa portion jusqu'à
la mise en marche.
Law-Marot a couvert tout l'aspect
vente, installation et agencement
d'équipements. Le plan a été élaboré
par Maurice Girard et le directeur
d'usine Raynald Guérin. Cet ingénieur
travaille dans le domaine des meuneries
depuis 29 ans. Il savait donc exactement
ce qu'il voulait.
L'entrepreneur général Lauréat Pépin
a effectué l'excavation, la fondation, le
béton, la structure et le revêtement.
Et du béton, il y en a : les murs, les
planchers, les plafonds... De son côté,
Matiss a vu à ce qu'on appelle la mécanique
de procédé. C'est-à-dire que tout
le procédé est automatisé et informatisé.
En tout et partout, on parle d'un
projet d'environ 11 millions de dollars.
Meunerie
(1) Nutri-Expert Bon Conseil bénéficie de la proximité de l'autoroute
20 et de la voie ferrée. Après l'incendie de 2004, la nouvelle
usine a été construite du côté opposé de l'entrepôt qui, lui, est resté
en place. De cette façon, les travaux de construction pouvaient
débuter plus tôt et l'usine était plus éloignée de la voie ferrée.
L'usine actuelle a une capacité de 100 000 tonnes par an.
Avec l'ajout d'une deuxième cubeuse, elle passera à 200 000 tonnes.
Pour faire ce tonnage, il ne faut que deux opérateurs par quart de
travail, en plus des employés de bureau. L'inauguration a eu lieu le
19 septembre 2007.
Réception des intrants
(2) La meunerie peut recevoir des intrants par camion et par train.
Tout y est automatisé. « Aucun de nos travailleurs ne se rend à l'aire
de réception », explique le directeur d'usine Raynald Guérin. Après
qu'il ait été accepté pour le déchargement, un lot reçoit un numéro
accordé par le système informatique.
À chaque étape de la production, un
numéro de lot est octroyé pour une
question de traçabilité.
« On appelle ce système : traçabilité
par regroupement croisé », explique
l'ingénieur Nicolas Morin, directeur
de produit chez Matiss. À n'importe
quelle étape de production, on peut
retracer ce qu'il y a dans le produit, en
aval et en amont. L'usine n'est pas certifiée
HACCP, mais ça viendra, spécifie
Raynald Guérin.
Broyage et mouture
(3) Complètement automatisée et informatisée,
cette section est adjacente à l'usine principale,
dans une section fermée. On veut ainsi
limiter la propagation de la poussière à l'intérieur
de l'usine.
Pesée et mélange des ingrédients
(4 et 5) L'ordinateur gère cinq balances à la
fois. Deux mesurent les ingrédients majeurs,
comme le maïs ou le tourteau de soya. Une
autre balance pèse les micro-ingrédients
et certains médicaments. Une quatrième
balance est située sous les sacs d'une tonne,
qui contiennent notamment de la lysine, un
acide aminé essentiel. On utilise la dernière balance pour les ajouts manuels. Il s'agit
des ingrédients en petits sacs, habituellement
des médicaments. L'usine dispose de
44 silos pour les ingrédients majeurs, 16 pour
les micro-ingrédients et 8 sacs d'une tonne
chacun. Il y a aussi possibilité d'ajouter quatre
liquides différents.
Sur la photo 4, on remarque les balances
principales. Dans une prise de vue différente,
la photo 5 montre les différents convoyeurs
provenant des silos qui amènent les ingrédients
majeurs vers les balances au centre
gauche de la photo. On remarque également
les sacs d'une tonne avec leur balance juste
en dessous. Après chaque ajout, l'ordinateur
confirme les quantités. Il y a deux buts à cela :
la traçabilité et la gestion des inventaires.
Le mélangeur double a une capacité de trois
tonnes. Chaque lot de trois tonnes nécessite
une durée de mélange de seulement 90 secondes,
pour un coefficient de variation de 1,85 %.
La loi exige moins de 5 %. À la fin du mélange,
le fond s'ouvre à la grandeur pour s'assurer que
le mélangeur soit complètement vide et ainsi
éviter la contamination.
La moulée est ensuite acheminée dans un des six silos précubes ou directement aux silos
d'expéditions pour les moulées non cubées.
On utilise un silo supplémentaire pour le nettoyage
de l'équipement après certaines recettes.
Un autre silo a la même fonction lors de la
réception de certains ingrédients critiques. Un
échantillon de chaque lot est collecté automatiquement
et conservé aux fins d'analyses. La
meunerie peut mélanger 60 tonnes de moulée
à l'heure.
Conditionnement de la moulée
(6) Avant d'être cubée, une préparation de la moulée permet d'en améliorer
les propriétés et de faciliter le cubage. La moulée provenant du
silo de précubage est pesée dans une balance que l'on voit à droite. Elle
passe ensuite au travers d'un système d'aimants qui détecte le métal.
D'ailleurs, il y a un tel système à tous les points critiques dans la meunerie
: réception, moulange, broyage et machine à cubes.
Puis, la moulée est acheminée dans le conditionneur qui additionne
de la vapeur à la moulée. Ensuite, la moulée est expédiée directement à
la machine à cubes où elle passe au travers de l'expander, en bas à gauche
de la photo. Cet équipement comprime mécaniquement la moulée pour
en améliorer la digestibilité des ingrédients.
Mise en cubes
(7) Encore une fois, on est devant une nouvelle technologie. C'est une
presse à agglomérer, avec ajustement automatique des rouleaux.
Refroidissement
(8) La moulée, dont la température
à la sortie de la machine à cubes est
supérieure à 100 °C, est refroidie à l'air.
Deux particularités : cette opération
est contrôlée par ordinateur et il y a
un système qui distribue également le
produit à l'intérieur. Après cette opération,
la moulée est passée au granulateur
lorsqu'elle a besoin d'être mise en
granules. La moulée est ensuite tamisée
et il y a application des liquides. Il y
a 42 silos pour les produits finis.
(9 et 10) Très peu de moulée est ensachée
en sacs de 25, 40 ou 1000 kg, soit
environ 0,5 % de la production. Le
reste est expédié en vrac par une aire
de chargement couverte. On charge 6
tonnes à la fois. Si le besoin est de 12
tonnes, on fait deux mesures.
Informatique
(11) Le poste de contrôle complètement
vitré permet de suivre toute la production
en cours sur les différents ordinateurs.
Sur la droite, l'opérateur a une
vue de l'aire de chargement. L'usine est
informatisée au point de permettre certaines
opérations à distance ou encore
d'obtenir du soutien de la compagnie
informatique. « Peu importe l'heure du
jour ou de la nuit, nous pouvons voir ce
qui se passe et apporter des solutions »,
explique Nicolas Morin.
Il y a d'autres éléments que les photos
ne montrent pas, comme les planchers
chauffants ou encore l'agencement des
principales opérations sur un même plancher.
Selon Maurice Girard, il se construit
une ou deux nouvelles usines par décennie.
Les équipements et technologies que
vous voyez sur ces photos peuvent être
installés à la pièce sur des meuneries existantes, mais de toutes les avoir au
même endroit, c'est unique.
Cette visite a été effectuée en compagnie
de Maurice Girard, Raynald
Guérin et Nicolas Morin.
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