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Au pâturage, les bouvillons !
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de mai 2008
Les bouvillons nourris uniquement à l'herbe fraîche procurent une viande riche en ALC et en oméga-3, des particularités intéressantes pour combattre les maladies cardio-vasculaires et le cancer.
par Marie-Josée Parent, agronome (mariejosee.parent@lebulletin.rogers.com)
« Quand je dis aux consommateurs que
mon boeuf est enrichi en ALC et en
oméga-3, ils me disent : “Non ! Non !
N'ajoutez rien à votre viande ! On la veut
naturelle !” » La productrice Line Therrien de
Saint-Christophe d'Arthabaska évoque par cet
exemple combien il est difficile d'expliquer les
avantages de son boeuf qui est pourtant on ne
peut plus naturel.
En 2007, Line Therrien participait avec quelques
producteurs de deux régions à un projet
de mise en marché de boeuf au pâturage, ce
qu'ils appellent aussi du boeuf à l'herbe. Les
veaux nés au début mai sont mis au pâturage
sous gestion intensive à l'âge d'un an. Ils y restent
jusqu'en octobre ou novembre. Ils sont
alors abattus. Les morceaux de viande sont
scellés sous vide et congelés. C'est sous cette
forme qu'ils sont vendus aux consommateurs.
L'an dernier, c'était la première année que
trois régions, Centre-du-Québec, Estrie et
Outaouais, collaboraient sur le projet de boeuf
fini au pâturage. En Outaouais, un producteur
en faisait déjà depuis quelques années et au
Centre-du-Québec, un test avec un bouvillon
l'année précédente avait été prometteur.
Pour la saison qui débute, au moins cinq
producteurs de ces trois régions prennent part
au projet piloté par des conseillers agricoles du
MAPAQ de ces trois régions. « Nous voulons
travailler ensemble et nous partager les tâches
plutôt que de faire les choses chacun de notre
côté », explique le technicien agricole Michel
Dumas, de la région Centre-du-Québec.
Pionnier de l'herbe
Bien que la finition des animaux au pâturage
soit répandue chez nos voisins du Sud (voir
l'encadré Certification « Nourri à l'herbe »),
elle est méconnue ici. En Outaouais, le producteur
Bryan Maloney en fait depuis quelques
années. Il se définit même comme un
producteur d'herbe, plutôt qu'un producteur
de boeuf. Il était donc naturel qu'il fasse partie
du projet. En plus de son troupeau, il élève
des animaux à contrat. Le projet du boeuf au
pâturage dans l'Outaouais a lieu sur ses terres,
avec ses propres animaux et ceux d'un
associé.
La grande particularité du boeuf à l'herbe,
c'est que l'abattage n'a lieu qu'une fois l'an,
entre la mi-octobre et la mi-novembre. Un animal engraissé à l'herbe, puis gardé à l'intérieur
et nourri avec des concentrés perdra son haut
taux d'ALC et d'oméga-3, si caractéristique
d'un animal élevé à l'herbe.
« C'est un produit du terroir qui va varier un
peu chaque année en fonction de la température
et de la composition de l'herbe, explique
Brian Maloney. C'est comme un vin qui change
de goût chaque année. » Ce pionnier de l'herbe
croit que le consommateur va embarquer.
« C'est un gros challenge, mais il y a un excellent
potentiel », dit-il.
Avantages méconnus
Le défi est de faire connaître ce produit unique.
Les acides linoléiques conjugués (ALC)
et les acides gras oméga-3, ou encore le rapport
oméga-6/oméga-3 ne disent à peu près
rien aux consommateurs. C'est pourquoi les
conseillers du MAPAQ des trois régions travaillent
à documenter la production de boeuf
fini au pâturage pour le Québec. Durant l'hiver,
on a envoyé pour analyses des échantillons
provenant des bouvillons abattus l'an
dernier. On attend les résultats sous peu, mais
tous pensent qu'ils confirmeront les études
américaines.
Un test effectué sur un bouvillon de Line
Therrien abattu en 2006 corroborait ces faits.
Un essai à la ferme effectué au Québec en
2007 sur des bouvillons produits de façon
biologique a révélé une teneur 4,4 fois plus
élevée en ALC et une teneur 3,7 fois plus élevée
en oméga-3. Les résultats des animaux
du projet du MAPAQ, même si ces animaux ne sont pas biologiques, ont beaucoup de
similitudes.
Plus tard, un cahier de charges verra le jour.
« On ne veut pas juste miser sur les ALC et les
oméga-3, explique un autre éleveur, François
Liberge. Ce sont des animaux élevés au grand
air, qui procurent une viande goûteuse, tendre
et maigre. C'est un produit qui va intéresser les
consommateurs qui recherchent une viande
produite naturellement. C'est un produit de
créneau. »
Encadré : Avantages du boeuf fini à l'herbe
- Bouvillons gardés au pâturage pendant la phase de finition (habitat naturel);
- sans antibiotiques et sans stimulateurs de croissance;
- viande maigre;
- teneur en acides gras oméga-3 supérieure aux animaux alimentés avec une forte proportion de concentrés et, par conséquent, ratio oméga-6/oméga-3 de la viande plus proche des besoins nutritionnels des êtres humains;
- teneur en ALC plus élevée.
Encadré : Certification « Nourri à l'herbe »
L'association américaine regroupant les producteurs qui élèvent leurs animaux
au pâturage vient d'opter, en février dernier, pour une certification
« Nourri à l'herbe ». L'American Grassfed Association (AGA) regroupe plus
de 300 producteurs d'animaux d'élevage nourris à l'herbe. Si la plupart
sont des producteurs de boeuf, d'autres produisent du bison, du lait, de
l'agneau, du porc, de la chèvre et de la volaille. Ils sont répartis sur tout le
territoire américain.
Les exigences de l'AGA regroupent quatre grands concepts : diète
100 % herbages, pas de confinement, pas d'antibiotiques ni d'hormones.
L'association décide ainsi d'aller plus loin que la nouvelle certification du
Département américain de l'agriculture (FDA) d'octobre dernier. Celleci
permet le confinement et l'usage d'antibiotiques et d'hormones de
croissance, pourvu que les animaux consomment une diète composée
d'herbages.
Pour plus d'information (en anglais) : www.americangrassfed.org
Tableau : Les effets préventifs sur la santé d'un apport élevé
| Acide linoléique
conjugué (ALC) |
Cancer |
| Oméga-3 |
Maladies cardiovasculaires,
dépression, schizophrénie,
démence et de nombreuses
autres maladies |
Tableau : En 2007, tous les bouvillons du projet n'ont pas été vendus « élevés au pâturage »
| Producteur |
Élevés
à l'herbe |
Vendus
« élevés au
pâturage » |
Gardés comme
femelles ou vendus
autrement |
| Brian Maloney (Outaouais) |
15 |
12 |
3 |
| Walter Last (Outaouais) |
26 |
11 |
15 |
| Line Therrien
(Centre-du-Québec) |
3 |
1 |
2 |
| François Liberge
(Centre-du-Québec) |
4 |
2 |
2 |
| |
48 |
26 |
22 |
Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Mi-octobre 2007, ces
bouvillons paissent
tranquillement à
la ferme Brylee, en
Outaouais. C'est à ce
moment ou peu après
qu'ils partent pour
l'abattoir afin de profiter
du taux maximum
d'ALC et d'oméga-3
dans la viande. Ils ont
un poids vif entre 480 et
545 kg (1050 et 1200 lb)
pour un poids de carcasse
de 272 à 318 kg
(600 à 700 lb).
2. Les producteurs
François Liberge et Line
Therrien participent à
nouveau au projet du
boeuf fini au pâturage
cet été. Le technicien
agricole Michel Dumas,
du MAPAQ de la région
Centre-du-Québec,
pilote le dossier pour
sa région.
3. Le contre-filet produit au
pâturage est plus coloré,
plus maigre - 4 % contre
8 % - et plus petit que
celui d'un animal fini
au parquet. Les morceaux
du bas proviennent
d'une génisse au
pâturage, alors que les
contre-filets AAA du
haut proviennent d'un
mâle de l'Alberta.
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