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Le diabète des vaches
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de mai 2008
Une trop forte consommation d'énergie durant la période de préparation au vêlage pourrait engendrer des symptômes similaires au diabète chez les vaches.
par Alain Fournier, agronome, M.Sc.
Il faut rationner l'alimentation énergétique
des vaches durant la phase
de préparation au vêlage. On diminue
ainsi les problèmes de santé couramment
rencontrés durant la période entourant
le vêlage. C'est la conclusion d'une récente
étude effectuée par l'équipe du chercheur
James Drackley, de l'Université d'Illinois.
Ce concept de nourrir les vaches en préparation
au vêlage avec une ration relativement faible
en énergie n'est pas nouveau. Cependant,
l'approche conventionnelle consiste à servir
une certaine proportion de concentrés avant le
vêlage (environ 0,75 % du poids vif de l'animal
sur une base de matière sèche).
L'objectif est d'habituer la population bactérienne
du rumen aux grains ainsi que les
papilles du rumen à l'absorption d'une plus
grande quantité de nutriments. Or, cette stratégie
occasionne le dépassement des besoins
énergétiques de l'animal de 30 à 50 %.
Certains chercheurs, dont le docteur Drackley,
ont exploré l'approche qui consiste à alimenter
les vaches de façon à respecter leurs
besoins en énergie durant la période de préparation
au vêlage. Ainsi, lors d'une expérience,
ils ont servi une ration contenant de la paille
de blé, afin de limiter la ration en énergie, pour
atteindre un niveau d'environ 1,3 Mcal/kg et
14 % de protéine brute (voir le tableau).
Pour parvenir à faire consommer ce type de ration aux vaches, les fourrages doivent être
hachés suffisamment courts (2,5 à 5 cm ou 1 à
2 po) et bien incorporés dans une ration totale
mélangée (RTM) pour éviter le tri. L'ajout d'eau
peut s'avérer essentiel pour aider les particules
à coller ensemble et améliorer l'appétence de la
ration. Le niveau d'humidité recherché devrait
être de plus de 45 %.
On a comparé cette alimentation à une
RTM couramment recommandée lors de la
préparation des vaches au vêlage. Celle-ci
contenait 1,62 Mcal/kg d'énergie nette de
lactation et un niveau presque équivalent de
protéine brute.
L'incidence des déplacements de caillette et
d'acétonémie a été significativement plus élevée
pour les vaches consommant la ration la
plus énergétique. Leur foie contenait plus de
graisses que le foie des vaches alimentées avec
la ration de plus faible énergie. On retrouvait
également plus d'acides gras et de corps cétoniques
(composés précurseurs de l'acétonémie)
en circulation dans le sang pour la ration
contenant plus d'énergie, comparativement à
la RTM faible en énergie.
Selon le docteur Drackley, cette énergie
additionnelle serait entreposée en bonne partie
dans les tissus internes plutôt qu'en surface de
l'animal. En fin de gestation, l'excès d'énergie
qui est entreposé dans ces graisses est difficile
à percevoir, car la condition de chair apparente
est très peu modifiée.
Le surplus d'énergie consommé avant le
vêlage occasionnerait, selon le docteur Drackley,
un phénomène qui ressemblerait au diabète
de type II rencontré chez les humains.
Ainsi, après le vêlage, on observerait une moins
bonne utilisation des sucres consommés par
la vache. Une certaine résistance des cellules à
l'insuline expliquerait ce phénomène qui aurait
été provoqué par l'excès d'énergie consommée
en fin de gestation.
Cette situation occasionnerait le prélèvement
des graisses de réserve pour pallier le manque d'énergie en début de lactation. L'accumulation
de gras au foie, qui a une capacité
limitée à utiliser ce surplus de graisses, serait
liée à cette condition. Les résultats d'une expérience
similaire démontrent que le foie s'engorge
de gras en début de lactation.
Des études et observations sur le terrain
ont démontré qu'une ration contenant un
plus faible niveau d'énergie permettait aussi
de réduire considérablement les problèmes
de santé chez la vache. En Europe, on a réalisé
une étude parmi plus de 277 troupeaux (plus de 27 000 vaches). On a constaté que
ce type de ration a diminué l'assistance au
vêlage de 53 %, la fièvre du lait de 76 %, la
rétention placentaire de 57 %, le déplacement
de caillette de 85 % et l'acétonémie de 75 %,
comparativement aux rations traditionnelles.
Selon la même source, la condition de chair
d'après vêlage diminuerait moins rapidement.
On noterait également une meilleure performance
reproductive et moins de problèmes
d'onglons.
Du côté de la production laitière, bien qu'il
manque des données pour conclure définitivement,
celle-ci aurait tendance à être similaire
ou légèrement inférieure. Les pics de lactation
seraient atteints plus tard, un peu moins hauts,
mais avec une meilleure persistance.
Le docteur Drackley recommande aussi de
respecter dans la ration de préparation un certain
niveau d'amidon variant entre 12 à 16 %,
ce qui représente une très faible quantité de
grains. Le taux de protéine brute doit osciller
entre 12 et 14 % avec un apport minimum de
1000 grammes par jour de protéine métabolisable.
Le chercheur recommande aussi de respecter
un niveau de 0,40 % de magnésium, entre 0,35
et 0,40 % de soufre et 0,27 % de phosphore. Le
taux de potassium doit être le plus bas possible
et la différence alimentaire anions-cations doit
être à zéro ou légèrement négative pour prévenir
l'hypocalcémie et la fièvre du lait.
Tableau : Ration de préparation au vêlage à faible niveau énergétique contenant un haut niveau de paille de blé (utilisée comme ration témoin)
| Ingrédients |
Concentration base MS
(%) |
Quantité telle que
servie (kg) |
| Ensilage de maïs |
35,3 |
12,5 |
| Paille de blé hachée |
31,8 |
4,25 |
| Foin de luzerne haché |
17,1 |
2,5 |
| Maïs moulu |
3,6 |
0,5 |
| Supplément protéique* |
12,2 |
1,65 |
| *Inclut les minéraux et les vitamines |
Source : Janovick Guretzky et al., 2006
Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Il faut éviter de
suralimenter les vaches
en énergie durant la
phase de préparation
au vêlage selon le
docteur Drackley de
l'Université d'Illinois.
2. Un bon foin de graminées
sans aucune
poussière et contenant
1,25 Mcal/kg d'énergie
et 12,5 % de protéine
brute est un aliment
recherché pour la préparation
des vaches au
vêlage.
3. Après le vêlage, le foie
des vaches alimentées
avec une ration de
préparation qui répond
à ses besoins énergétiques
serait moins
engorgé que celles
recevant une ration
traditionnelle.
4. Graphique : Impact d'une ration élevée en énergie
comparativement à une ration dont l'énergie
consommée a été restreinte sur le niveau du
gras total contenu dans le foie
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