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Un carburant d'avenir
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de mai 2008
Avec le Miscanthus giganteus, les Bas-Laurentiens visent la production d'éthanol cellulosique, un biocarburant prometteur.
par Lionel Levac, journaliste
Imaginez, dans 15 mois, l'annonce que pourrait
faire un consortium du Bas-Saint-Laurent
en vue de la construction d'une usine
d'éthanol cellulosique quelque part entre Rivièredu-
Loup et Trois-Pistoles ! Vous souriez ? Pourtant,
la nouvelle ne serait pas farfelue. Les choses se
mettent en place peu à peu, en vue d'en arriver à
cet objectif ultime : utiliser des ressources locales à
des fins de production d'énergie et, de surcroît, de
l'énergie propre.
L'initiative est celle du Club Agri-Tech 2000 et
de son agronome Hugues Groleau. Bien sûr, les 46
membres du club-conseil ont d'abord vu à mettre à
jour leurs entreprises, en correspondance avec les
règles environnementales. Ils ont aussi voulu innover,
chercher ce qui pouvait être fait à partir d'une
biomasse produite localement.
Et pourquoi de la biomasse ? Pour la hacher, en
faire des briquettes ou des pastilles pour le chauffage,
pour en faire des litières... Toutes les idées surgissent
et on pense rapidement à planter du panic érigé dont
la réputation est déjà faite. La plante est généreuse
et résistante.
Mais, avant de se lancer dans l'aventure, Hugues
Groleau propose de faire une recherche comparative.
Résultat : le panic érigé est déclassé. Le Miscanthus
giganteus est de loin beaucoup plus avantageux. Sauf
qu'on le connaît moins, sinon pas du tout.
Une méconnue
Il faut donc trouver des plants de miscanthus et
rapidement voir leur adaptabilité à la région. À la
fin de l'hiver 2007, quelques milliers de rhizomes
arrivent des États-Unis. Agri-Tech 2000 procède à
leur mise en terre sur quatre fermes : Ferme Pauliga
de Saint-Arsène ; Cotoisie de l'Isle-Verte ; Fleur de
mai de Saint-Éloi ; et Jean-Marie Lafrance de Trois-
Pistoles.
La première saison de croissance, l'été 2007, est
concluante. Pour l'hiver on n'a pas vraiment d'inquiétudes.
Après tout, des Scandinaves ont testé le
miscanthus avec succès. Dans quelques semaines,
les nouvelles pousses vont apparaître. Pour cette
deuxième saison, les plants vont doubler leur croissance
et peut-être davantage, ce qui permettrait déjà
d'envisager une exploitation commerciale.
Mais le président d'Agri-Tech 2000, Francis April,
veut à la fois qu'on ne perde pas de temps et que l'on
prenne le temps voulu pour bien élaborer le projet.
Première étape, planter davantage de miscanthus.
Si les 46 membres du club-conseil doivent ultimement
profiter du projet, il faut atteindre de forts volumes de biomasse. De toute façon, il faudra une
production importante pour garantir l'intérêt
industriel pour cette plante. Dans quelques
jours, de nouveaux rhizomes arriveront d'Europe
par avion-cargo et seront mis en terre.
Plante miracle
Le choix d'Agri-Tech 2000 et de l'agronome
Hugues Groleau a été le bon. L'Université
de l'Illinois consacre d'importants travaux
de recherche au Miscanthus giganteus. On
y accumule les données sur la productivité
de cette plante d'origine asiatique qui fut
d'abord transportée en Europe où l'intérêt
pour elle croît rapidement.
Lors d'un colloque en début d'année en
Illinois, des spécialistes en biologie végétale
ont révélé leurs conclusions. Avec le maïs,
tiges et grains, on évalue la conversion en
éthanol à 7100 litres à l'hectare. Avec le panic
érigé, le rendement attendu est de 3950 litres.
Et pour le miscanthus, on prévoit 11 250 litres
d'éthanol cellulosique avec les tiges récoltées
sur un hectare. C'est plus d'une fois et demie
qu'avec le maïs et trois fois plus qu'avec le
panic érigé.
L'intérêt pour le miscanthus est donc justifié.
Les agriculteurs du Bas-Saint-Laurent
qui l'expérimentent actuellement ont une
longueur d'avance, puisqu'ils sont les seuls au
Québec à mener de tels travaux.
Agri-Tech 2000 a d'ailleurs l'appui du Centre
local de développement (CLD), de la Société
d'aide au développement des collectivités
(SADC) et de la Municipalité régionale de
comté (MRC) des Basques. Également, des
chercheurs du Campus Macdonald de l'Université
McGill et du groupe Agrinova suivent
de près l'évolution des cultures.
Patrick Gagnon et son père Paul-Émile, de la Ferme Pauliga, estiment qu'il suffit de mieux
connaître le miscanthus et d'apprendre à le
cultiver. « Pour l'instant, on a fait du désherbage
à la main, le temps de trouver un herbicide
approprié. Il ne faut surtout pas de glyphosate
qui tuerait le myscanthus. »
Après deux ans en terre, la plante sera assez
vigoureuse pour limiter les plantes concurrentes,
même en début de saison. Aussi, à la troisième
année, plus besoin d'engrais, les feuilles du myscanthus
suffisent à autofertiliser la plante. À ce
moment-là, on entre dans la période d'exploitation
commerciale des tiges. Celle-ci peut durer
jusqu'à 25 ans. Après la période de croissance,
on laisse les tiges sécher et perdre leurs feuilles
pendant l'hiver. Au printemps, on récolte les
tiges qui pourront être hachées, pressées,
distillées, etc.
Les membres du Club Agri-Tech 2000 sont
installés en dehors de la zone vraiment propice
à la culture du maïs-grain. S'ils pensent
à de l'éthanol, ce doit être à partir d'une autre
source. L'agronome Hugues Groleau, qui continue
ses recherches et fait un suivi serré du projet
d'Agri-Tech 2000, estime que les avantages du
myscanthus sont nombreux et très marqués :
- pas besoin de fertilisant pendant 20 ans ou plus ;
- rendement de fibre très élevé ;
- transfert en éthanol cellulosique élevé ;
- superficie plus productive qu'avec du maïs ;
- possibilité d'utiliser des sols plus pauvres ;
- possibilité d'en faire des bandes riveraines puisqu'il n'y a pas de rotations ni de travail du sol sur de longues périodes ;
- mêmes équipements de récolte que les fourrages ;
- possibilité de vendre des crédits de carbone, la plante étant fort efficace pour en faire la captation.
Encadré : D'où viens-tu miscanthus ?
Le miscanthus est une plante
asiatique aussi appelée herbe
à éléphant. C'est une monocotylédone
de la famille
des poaceaes. Le Miscanthus
giganteus est la variété
la plus productive et peut
atteindre dans les meilleures
conditions jusqu'à quatre
mètres de hauteur. La plante
est stérile. On la reproduit
essentiellement par des portions
de rhizomes. Elle est
facile à contrôler avec un
herbicide si on veut éviter
l'envahissement.
Le miscanthus accumule
l'azote dans ses racines et
redémarre facilement après
chaque récolte. L'émission
nette de CO2 par cette plante
est nulle. Elle a donc autant
l'intérêt de la productivité
(jusqu'à 40 tonnes de fibres
à l'hectare) et de son faible
poids environnemental,
d'autant plus que le miscanthus
n'a besoin de fertilisation
que les deux premières
années de son implantation.
Encadré : Éthanol cellulosique
L'éthanol est simplement
de l'alcool. Lorsqu'on le
produit avec un grain
comme le maïs, le sucre
principal qu'il contient,
soit l'amidon, est facile à
faire fermenter.
L'éthanol cellulosique
est celui que l'on obtient
à partir de fibres
(tiges de plantes, bois,
etc.). Les sucres de ces
fibres sont cependant
plus complexes. Onparle
alors de cellulose, d'hémicellulose
ou encore de
lignine ou ligno cellulose.
Ces chaînes de sucres
sont plus longues. Avant
de pouvoir amorcer la
fermentation, il faut briser
ou couper ces chaînes
soit par des procédés
chimiques, soit par
le travail d'enzymes. On
obtient alors des sucres
plus simples, plus faciles
à fermenter.
Le Club Agri-Tech
2000, entre autres travaux,
mène actuellement
une recherche sur les
technologies de fabrication
de l'éthanol cellulosique.
Le Conseil pour
le développement de
l'agriculture du Québec
a consenti 26 560 $ à
cet inventaire technologique.
La Conférence régionale
des élus du Bas-
Saint-Laurent contribue
également au projet.
Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Une parcelle de miscanthus
à l'Université de l'Illinois
aux États-Unis.
2. Francis April, président
du Club Agri-Tech 2000
est convaincu que le
choix du Miscanthus
giganteus est le bon.
D'étude en étude, tout
confirme le fort potentiel
énergétique de cette
plante.
3. (De gauche à droite)
Francis April président du Club
Agri-Tech 2000, Hugues Groleau,
agronome, Paul-Emile
Gagnon et Patrick Gagnon
producteurs. L'été prochain,
les plants de myscanthus
atteindront au moins
2 mètres. À la troisième année,
ils devraient dépasser
les 3 mètres.
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