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Pour faire accepter une porcherie
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de mai 2008
Des chercheurs évaluent différents aspects de la cohabitation sur une entreprise porcine qui a beaucoup fait parler d'elle lors de son implantation.
par Marie-Josée Parent, agronome
Dès l'annonce en septembre 2005 du projet de
construction porcine sur le chemin des Patriotes
à Richelieu, en Montérégie, les frères David
et Martin Lareau ont fait face à une opposition musclée
de la population locale. Pourtant, leur projet respectait
toutes les conditions pour la mise en chantier.
Consultation publique, permis nécessaires, concessions
quant aux mesures d'atténuation... Rien n'y a fait.
Désirant démontrer que leur entreprise, la ferme Notre-
Dame, ne causerait aucun préjudice à l'environnement ou
à la santé de la population, les frères Lareau ont lancé un
appel à l'aide. L'Institut de recherche et de développement
en agroenvironnement (IRDA) a répondu positivement. Un
projet de recherche sur deux ans a cours depuis l'été dernier.
Des spécialistes en environnement, en santé et en science
sociale sont de la partie.
« On trouvait qu'il manquait des données quant à la dispersion
des odeurs », explique David Lareau. Les opposants
au projet avaient commandé une étude indépendante sur la
dispersion des odeurs, mais les résultats n'étaient pas applicables
à l'entreprise, selon les promoteurs. La firme Nove
Environnement avait pris un modèle qui ne reflétait pas
la réalité de l'entreprise, sur le plan du type de ventilation
notamment.
Au printemps 2006, alors que la construction n'est toujours pas entreprise - celle-ci a
démarré l'automne suivant - David
et Martin Lareau contactent les
députés d'Iberville et de Chambly
de l'époque pour les aider à trouver
une solution pour favoriser l'acceptation sociale. C'est à
ce moment que, par l'intermédiaire du MAPAQ, l'IRDA entre
en jeu. Le Comité richelois pour une meilleure qualité de vie
(CRMQV) est ce groupe d'opposition qui s'est formé à la suite
de l'annonce du projet d'entreprise porcine. Selon ce comité,
le projet menaçait la qualité de l'eau de la rivière Richelieu.
Le comité reprochait aussi au projet de polluer l'air ambiant,
de causer un accroissement des problèmes de santé chez la
population locale et de causer une perte de la valeur des résidences
avoisinantes.
Deux protocoles de recherche
Arrivé sur les lieux au printemps 2006, le chercheur Stéphane
Lemay de l'IRDA a proposé de mettre en application,
à la ferme Notre-Dame, deux protocoles de recherche
élaborés séparément dans le cadre de deux études en cours
à ce moment.
La première recherche a pour objectif d'étudier l'effet des
systèmes de production porcine sur la qualité de l'air ambiant
et sur la santé de la population en milieu rural. Pour cela, on a sélectionné six agglomérations d'habitations
en milieu rural : trois étaient exposées à la production
porcine et trois ne l'étaient pas.
Dans ce protocole, le chercheur et son équipe
effectuent des mesures de gaz et d'odeurs, à différents
endroits dans les agglomérations. En
parallèle, une équipe pilotée par le Dr Claude
Tremblay, coordonnateur du programme santé
environnementale de l'Agence de la santé et
des services sociaux de la Montérégie, évalue
la santé de la population. Les gens de la région
sont appelés à rapporter les cas de certains
symptômes.
Dans le deuxième protocole de recherche,
Stéphane Lemay travaille en collaboration avec
le professeur Bruno Jean, spécialisé en développement
agricole et rural à l'Université du
Québec à Rimouski. « Notre hypothèse est que
si nous utilisons l'incorporation du lisier plutôt
que l'application en surface, et si on informe les
gens sur la production porcine, ils seront plus
sensibles à accepter l'activité porcine à proximité
», précise le chercheur.
Il vise ainsi à développer un outil pour aider
l'acceptabilité d'un projet porcin, en évaluant le
volet épandage et le volet formation sur la production
porcine.
Résultats à venir
Une première collecte de données sur les
mesures d'odeurs à la ferme Notre-Dame a débuté à l'été 2007 et se continuera en 2008.
« Les études devraient nous démontrer que
les quantités d'ammoniac (NH3) et de sulfure
d'hydrogène (H2S) sont en dessous des quantités
acceptables », croit Stéphane Lemay. Le
volet sur l'acceptabilité sociale débutera cet
été. Stéphane Lemay explique que le choix
des gens pour ce volet sera très important.
À titre d'exemple, dans le projet original de
cette recherche, les chercheurs ont contacté
5000 personnes pour n'en retenir que 47.
Le plus difficile est cependant de convaincre la
population de s'impliquer. « Les gens critiquent
énormément, mais lorsque vient le temps
de s'investir, ils ne sont pas prêts », constate
Stéphane Lemay. Et ce, même si on paie des
indemnités et qu'on accommode les horaires.
« C'est fascinant de s'exposer à d'autres
sciences que la nôtre, mais ce n'est pas évident,
exprime Stéphane Lemay à propos de l'étude
sociale du projet. Il y a trop de personnes qui
ne savent plus comment la nourriture est produite.
Je suis convaincu que la solution réside
dans une combinaison d'aspects. » Le rapport
sera déposé à la fin 2008 et sera rendu public
au début 2009.
Il va sans dire que David et Martin Lareau ont
de grandes attentes quant à ce projet. Ils espèrent
enfin convaincre la population de Richelieu
que les craintes étaient surévaluées et que
leur entreprise est un beau projet.
Encadré : Le fil des événements
6 septembre 2005 - Ayant obtenu le permis du ministère de
l'Environnement, David et Martin Lareau annoncent publiquement
leur projet de construction porcin, deux engraissements
sur le chemin des Patriotes d'une capacité totale
de 2800 porcs, et deux pouponnières sur le chemin de la
Savane, le rang voisin, pour une capacité totale de 3000
porcelets. La terre est commune.
18 octobre 2005 - Consultation publique sur le projet de porcherie.
700 citoyens en furie dénoncent le projet.
29 octobre 2005 - Assemblée de fondation du Comité richelois
pour une meilleure qualité de vie (CRMQV).
6 novembre 2005 - Lors des élections municipales, l'équipe
de conseillers et le maire sont défaits comme suite à l'opposition
de la population au projet de ferme porcine.
22 décembre 2005 - Dépôt des mesures d'atténuation. Les
cinq mesures permises dans la loi 54 sont incluses : couverture
des fosses, incorporation dans les 24 heures lorsque
possible, distances séparatrices, installation d'un écran brise-
odeurs et utilisation d'équipements économiseurs d'eau.
Mi-janvier 2006 - De nouvelles mesures d'atténuation sont
envoyées aux promoteurs qui les contestent. Un conciliateur
est nommé en mars.
1er avril 2006 - Manifestation avortée de la part du CRMQV.
Une soixantaine de membres et enfants liés au Comité
se désistent à manifester devant la maison de la mère de
David et Martin Lareau alors que ceux-ci ont invité une cinquantaine
de sympathisants pour un barbecue.
6 avril 2006 - Les mesures d'atténuation sont finalement
acceptées en assemblée. Un groupe de près de 70 opposants
sont présents.
10 mai 2006 - Les frères Lareau rencontrent l'inspectrice
municipale pour l'émission du permis.
27 octobre 2006 - Les premiers porcs entrent dans le premier
engraissement terminé.
Janvier 2007 - Mise sur pied par la Ville d'un comité de vigilance
dont une personne provient du CRMQV.
Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Un laboratoire mobile
mesure les émissions
de gaz à la sortie de la
porcherie. La ventilation
est de type hybride.
2. Martin et David Lareau
ne regrettent pas leur
projet, malgré tous les
désagréments. Si c'était
à refaire, ils recommenceraient.
« Mais il y a
des choses que nous
ferions différemment,
précise Martin Lareau.
Dans la préparation
notamment. Si nous
n'avions pas mis les
cinq mesures d'atténuation
d'emblée, nous
aurions pu dire par la
suite : “Nous allons
ajouter ceci ou cela.” »
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