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Un grand avenir pour la petite patate
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de mai 2008
André Goyet cherchait un débouché pour ses petites pommes de terre. Il pilote aujourd'hui le démarrage en lion de Ghoyetti Lanaudière, un audacieux nouveau joueur de l'agroalimentaire québécois.
par André Dumont, journaliste
Été 1995. C'est la sécheresse.
Les pommes de terre
sont petites, la récolte est
catastrophique. André Goyet se
voit réduit à vendre la sienne à
prix dérisoire à des intermédiaires
de l'Arkansas. Il y aurait sûrement
mieux à faire avec ces belles petites
pommes de terre savoureuses,
se dit-il.
Treize ans plus tard, André Goyet
est aux commandes de la plus étonnante
des start-up de l'agroalimentaire
au Québec. Baptisée Ghoyetti
Lanaudière, son entreprise transforme
les pommes de terre en produit
haut de gamme prêt à l'emploi,
dans une toute nouvelle usine à Le
Gardeur, à l'est de Montréal.
« Ce que nous faisons ici, ça n'existe nulle
part ailleurs dans les Amériques », dit-il entre
deux appels de clients potentiels. Les pommes
de terres Ghoyetti sont précuites, emballées
sous vide, puis pasteurisées dans leur emballage.
Aucun additif, aucune perte de saveur ou
de valeur nutritive.
Le produit se retrouve aujourd'hui chez
IGA/Sobeys et dans les cuisines de restaurants
comme ceux de l'Hôtel de la Montagne et du
Casino de Montréal. Ce n'est qu'un début. Les
pommes de terre Ghoyetti sont à l'essai sur des
tablettes d'épicerie à New York, en Floride, en
Californie et à Toronto. Des échantillons sont
également partis pour l'Asie.
La production a démarré en mars 2007.
L'automne dernier, Ghoyetti a dû refuser
une commande de la chaîne de restauration
rapide Harvey's. Du jour au lendemain, l'usine
se serait mis à fonctionner 24 h sur 24 h, pour
les frites d'un seul client!
Malgré le train de vie d'un entrepreneur en
plein démarrage, André Goyet, 58 ans, ne se
sent jamais loin de ses terres de Saint-Paul,
dans Lanaudière. « Je suis producteur de
pommes de terres, dit-il d'emblée. Ce que je
fais ici est carrément une suite logique à ma
production. J'ai encore des pommes de terre
dans l'entrepôt et je travaille pour que mon fils
et moi sachions qu'il y aura un débouché pour
la récolte de l'an prochain. »
Avec l'abondance de la dernière récolte et
les bas prix en cours, Ghoyetti Lanaudière a
plus que jamais sa raison d'être. « S'il n'y avait
pas l'usine, je pense que je ne sèmerais même
pas au printemps prochain », affirme André
Goyet.
Ce projet, notre agriculteur originaire de
Saint-Thomas l'a porté à bout de bras, contre
vents et marées. Un groupe de citoyens
s'est mobilisé contre le premier choix d'un
site pour l'usine, sur ses terres à Saint-Paul.
Un deuxième site avait été trouvé à Saint-
Thomas, mais le financement n'a pu être bouclé.
En cours de route, cinq collaborateurs ou
investisseurs clés sont décédés dans des circonstances
aussi inattendues qu'un accident
de la route ou piqué par une abeille.
« J'ai sûrement dû briser un miroir! »,
lance André Goyet en riant. Aujourd'hui, il
n'a aucune envie de regarder derrière et de
parler de ceux qui ont voulu le décourager.
« Les obstacles, on les contourne ou on passe
par-dessus », dit-il.
Le montage financier de l'usine de Le Gardeur
a pu être bouclé grâce à l'apport de 16
producteurs de pommes de terre et de carottes,
ainsi qu'un agronome, regroupés dans
la Coopérative de producteurs agricoles de
Lanaudière. Les membres sont les premiers
fournisseurs de l'usine, avec André Goyet et
son fils Steve.
L'objectif de l'investissement de la coopérative
est de donner une valeur ajoutée à la
pomme de terre grelot, un produit que certaines
années, les producteurs sont obligés
de jeter, explique le président Jean Gadoury.
« En la transformant, on écoule une production
qu'on avait beaucoup de difficulté à v
endre. » Une récolte normale peut contenir
de 25 % à 40 % de petites pommes de terres,
explique André Goyet.
L'usine n'offre pas de prix préférentiels
aux producteurs-investisseurs. Par contre, en
récoltant toutes les pommes de terre de 30 mm
et plus, ils arrivent à tirer de meilleurs revenus
de leurs champs. André Goyet a même entrepris
des expériences avec des variétés plus
petites.
À l'usine, les pommes de terres sont triées
en fonction de leur taille. On en fera des grelots
(entières), des cubes, des rondelles ou des
bâtonnets (pour les frites). Les carottes seront
taillées en cubes ou en rondelle. D'autres légumes
racines, comme la betterave, pourraient
s'ajouter à la gamme Ghoyetti.
Les pommes de terres sont pelées à
la vapeur pour conserver un maximum
de chair. C'est à la surface que l'on
retrouve la plupart des éléments nutritifs,
explique Isabelle Gagnon, coordonnatrice
assurance qualité. Après
une précuisson à la vapeur, les aliments
sont emballés sous vide. C'est alors
qu'ils sont pasteurisés, également à la
vapeur, dans le même emballage que
l'on retrouvera en épicerie. Ce procédé
est si novateur qu'aucune réglementation
de l'Agence canadienne d'inspection
des aliments ne s'y applique.
« Le goût est conservé parce que le
produit est pasteurisé dans l'emballage,
contrairement à quand on fait bouillir,
dit Jean Gadoury. La pomme de terre
est aussi bonne que si on venait de la
cueillir dans le champ. »
Les pommes de terre Ghoyetti
seraient même plus sucrées, selon
certains. C'est l'avis de Marcos Hernandez,
qui a choisi les cubes pour les
pommes de terre frites de déjeuner à
la Rôtisserie Benny Express à la sortie
de l'autoroute 40 pour Lavaltrie. « C'est
un bon produit, de qualité toujours
égale », dit-il.
Réfrigérés, les produits Ghoyetti
se conservent pendant 90 jours. Ils
ne contiennent ni agent de conservation,
ni assaisonnement, insiste
André Goyet. Même que l'usine pourrait
préparer des aliments biologiques
sans changer quoi que ce soit à
ses procédés. Et comme il s'agit d'une
pasteurisation, on peut parler d'un
produit frais, comme le lait. « Les
carottes, c'est comme si j'allais les
chercher dans le jardin et les patates,
ce sont des patates nouvelles à l'année
», affirme le président de Ghoyetti
Lanaudière.
En cherchant simplement à faire sa
propre mise en marché, André Goyet
s'est trouvé à fonder une entreprise
qui pourra transformer jusqu'à 8000
acres de cultures de pomme de terre.
« L'entreprise que nous avons fondée,
c'était un besoin pour l'agriculture.
Nous avons une usine de plus au Québec,
dans le créneau très actuel du prêt
à l'emploi. »
Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. C'est dans cette
longue cuve que les
produits Ghoyetti sont
pasteurisés. André
Goyet est fier d'être le
premier à implanter ce
procédé en Amérique
du Nord.
2. Ces pommes
de terres et ces
carottes sont précuites,
emballées
sous vide et pasteurisées
dans
leur emballage.
Elles conservent
leur goût comme
si elles arrivaient
du champ,
affirme André
Goyet.
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