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Montrer l'agriculture sous son vrai jour
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de mai 2008
Ce n'est pas en misant sur les bergeries et les écuries que l'on s'attaque aux problèmes d'image qui affligent l'agriculture québécoise.
par André Dumont, journaliste
Des enfants courent et sautent à l'intérieur d'un
carré de gazon délimité par un ruban jaune,
devant un poulailler de la ferme Clovis Gauthier
et Fils, à Saint-Théodore-d'Acton. D'un enthousiasme à
toute épreuve, François Gauthier m'explique le concept :
voici une superficie d'un centième d'un hectare et, sur
une table, la petite quantité de produits chimiques qu'on
y épandrait.
Les doses d'engrais injectées lors des semences sont plutôt
infimes. De l'herbicide ? Pas plus de 34,5 ml par centième
d'hectare, soutient François. « C'est pour montrer
au public à quel point nous polluons peu ! », dit-il. « Nous
mettons dans le sol exactement ce dont la plante a besoin »,
ajoute notre agriculteur en s'adressant à une femme visiblement
intéressée, mais tout aussi étonnée de voir sa fille
de 12 ans s'amuser autant dans un simple carré de gazon.
C'est le 9 septembre que c'est tenu la Journée Portes
ouvertes 2007 sur les fermes du Québec, organisée par
l'UPA. Plus de 125 000 visiteurs prennent d'assaut 130 fermes,
armés de curiosité et d'une vive envie de caresser un
porcelet ou un veau.
Toujours chez Clovis Gauthier et Fils, on retrouve Dominique,
le fils de François, en train de parler de semis direct,
entouré d'un groupe d'adultes et de machinerie John Deere
étincelante comme si elle sortait de l'usine. Un visiteur lui
demande s'il prépare ses propres semences. Dominique
lui répond que dans le cas du maïs, il s'agit d'hybrides et
que c'est impossible. Il admet par la bande que son maïs
est génétiquement modifié. « Tout ce qui se sème dans le
monde, c'est issu de croisements génétiques », dit-il pour
conclure. Le visiteur n'insiste pas.
À la ferme porcine Desourdy, à Saint-Valérien-de-Milton,
on parlait de bandes riveraines et de haies brise-odeur. Près
de la porcherie, tous s'étonnaient de ne détecter aucune
odeur nauséabonde.
Les Desourdy sont naisseurs-finisseurs. Ils
cultivent toute l'alimentation de leurs porcs et
ont même entrepris de mettre en marché leur
viande. « Notre objectif, c'est d'informer la
population le mieux possible sur comment ça
se passe sur le terrain en agriculture », me dit
Pierre Desourdy, dont trois des fils sont copropriétaires
de la ferme.
Cet objectif est-il partagé par l'UPA, maître
d'oeuvre de cette activité si populaire ?
La Montégérie regorge de fermes porcines
liées à des intégrateurs et d'entreprises
spécialisées en grandes cultures. Il ne fallait
pas chercher ce type de fermes parmi celles
qui ouvraient leurs portes. À la grandeur du
Québec, les productions traditionnelles - lait,
boeuf, porc et volaille - ne comptaient pas pour
la moitié des fermes participantes.
Quel citadin pourra se targuer d'avoir jeté
un coup d'oeil à l'intérieur d'une fosse à purin ?
Lequel est rentré en ville capable d'expliquer
les avantages de l'intégration dans la filière
porcine ?
On peut difficilement s'étonner que l'UPA
choisisse des fermes modèles. Celles que j'ai
visitées par ce dimanche après-midi de septembre
étaient d'admirables entreprises familiales.
Par contre, étaient-elles représentatives ?
Nos exploitations agricoles sont-elles toutes
des pionnières du travail minimal du sol, de
l'autosuffisance alimentaire à grande échelle
et de la vente directe au consommateur ?
On montre ce qui se fait de mieux, cela va
de soi. Par contre, ce n'est pas en misant sur
les vergers, les bergeries et les écuries que l'on
s'attaque aux problèmes d'image qui affligent
l'agriculture québécoise.
Notre agriculture devient de plus en plus
industrielle et ultra spécialisée, tout en se
pratiquant en harmonie avec l'environnement et le bien-être des animaux. C'est cette
agriculture qu'il faut montrer, car elle est celle
de l'avenir. Et rassurons la population : ces
entreprises sont encore exploitées par des
familles.
On veut toucher !
Bravo à ces agriculteurs qui ont ouvert les
portes de leur étable ou sorti des porcelets au
grand air. Ils ont compris qu'une journée portes
ouvertes attire bien plus les familles que
les environnementalistes. Biosécurité oblige,
les visiteurs n'ont pas pu pénétrer dans la
porcherie. « Ça aurait été intéressant de voir
à l'intérieur, mais ça demeure bien organisé »,
me dit Christine Tarlet, de Brossard, alors que
ses enfants s'amusent avec des porcelets à
l'extérieur.
Chez Clovis Gauthier et Fils, les visiteurs
n'ont pas vu les poules. Pourtant, la préoccupation
pour leur bien-être était palpable. « Si
elles n'étaient pas bien, elles n'auraient pas un
taux de ponte de 98 % », ont répété les membres
de la famille Gauthier.
Heureusement, les enfants pouvaient caresser
des poussins sous une lampe chauffante.
C'est là qu'une dame a appris, à son grand
désenchantement, qu'une poule se met à pondre
à 19 jours. « C'est précoce ! » a-t-elle lâché.
Quel producteur aura l'audace d'installer une
fenêtre sur l'intérieur de sa porcherie ou son poulailler
? C'est chez lui que j'irai l'an prochain !
Les journées portes ouvertes sont un redoutable
outil de sensibilisation. Quand chacun
des 125 000 visiteurs raconte ses découvertes
à 10 personnes, imaginez l'impact !
La population fait toujours moins confiance
aux politiciens et aux journalistes qu'aux agriculteurs,
dont la cote est pourtant à la baisse.
Ceux-ci sauront-ils prévenir l'érosion ?
Encadré : Les poules et la rue Ontario
« Un jour, une dame
m'a dit qu'elle trouvait
que nos poules étaient
bien tassées dans leurs
cages. Elle habitait à
Montréal, sur la rue Ontario
près du pont Jacques-
Cartier. Je lui ai
dit : “Madame, j'ai charrié
du grain pendant 14
ans au port de Montréal.
J'ai vu les feux de
circulation et la fumée
des pots d'échappement.
Ne pensez-vous
pas que l'air est aussi
bon à respirer chez
vous qu'ici ?” Elle ma
répondu “oui” ! »
— Jean-Marc Gauthier,
de la ferme Clovis
Gauthier et Fils
Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. La Journée Portes
ouvertes est avant tout
une activité familiale.
Les parents emmènent
les enfants à la ferme
pour qu'ils voient et
touchent les animaux.
2. À la ferme Clovis
Gauthier et Fils, François
Gauthier explique à
quel point les doses
d'engrais et d'herbicide
sont minimes, tandis que
les enfants s'amusent sur
son carré d'un centième
d'un hectare.
3. Si les enfants sont
fascinés par les animaux,
les parents sont
plutôt préoccupés par
le bien-être de ceux-ci.
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