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Une famine en vue ?
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de mai 2008

Le prix du panier d'épicerie grimpe, le consommateur s'inquiète et s'indigne à cause des augmentations. Et si c'était au tour des agriculteurs d'en profiter un peu ?
par Simon M. Guertin, ingénieur et agronome

Le prix de la pizza gonfle en Italie, celui de la bière déborde en Allemagne, la facture de la baguette monte en France, l'assiette de fish and chips surchauffe en Angleterre ; est-ce le retour du pendule ? Aux États-Unis, le coût du panier d'épicerie a monté de 8 % au premier trimestre de cette année. Au Québec, les consommateurs ne se demandent plus à quelle date arrivera le premier maïs sucré local, mais combien il coûtera.

Depuis le début de l'année, il ne se passe pas une semaine sans que les grands quotidiens ne parlent de l'agriculture, des agriculteurs et de la flambée des prix des aliments. Dès janvier, l'augmentation du prix du lait a fait la manchette.

Puis, la commission Pronovost a occupé la première place dans nos quotidiens. Ont suivi l'augmentation dans les quotas de sirop d'érable, laissant espérer des réductions de prix, et la souveraineté alimentaire, qui n'a pas fait l'unanimité. Enfin, le rapport Coulombe, sans solution, n'a pas aidé à la cause.

Dans sa seule édition du 15 avril, le magazine L'actualité rapportait : « Québec : En un an, le prix d'une douzaine de bagels à Montréal est passé de 5,50 $ à 6,10 $, une hausse de 11 %. » « Italie : Les Italiens n'ont pas digéré la hausse de 20 % du prix des pâtes en 2007. » « Inde : Le gouvernement, qui craint la pénurie, a interdit la vente de riz aux pays étrangers. » « Mexique :

En janvier 2007, 75 000 personnes ont marché à Mexico pour protester contre le doublement du prix des tortillas. » « Chine : L'huile de cuisson est devenue si chère qu'une vente promotionnelle dans un supermarché de Chongqing a viré à l'émeute en novembre. »

Dépensant seulement 10 % de leur revenu discrétionnaire à l'épicerie, les Américains se vantent toujours de vivre dans un pays où il en coûte le moins cher au monde pour se nourrir ; mais ils ragent, comme le reste de la planète, à propos des prix qui montent !

Les journaux d'ici font porter l'odieux de cette croissance rapide sur les agriculteurs. Faut-il rappeler aux consommateurs que la nourriture fait un bon bout de chemin entre la terre et la table ? Et qu'elle passe à travers le cycle de la transformation et de la distribution, appelé à juste titre la chaîne de valeur ? Une chaîne, qui, comme son nom l'indique, augmente aussi les prix ?

Or, non seulement le consommateur veutil payer le moins cher possible pour tout ce qui est essentiel à la vie, mais il se déresponsabilise dès qu'il risque de perdre ce paradis.

« Boycottons les Jeux olympiques », scandait-on au printemps pour mettre fin au conflit entre la Chine et le Tibet. Facile à dire quand on repousse sa propre responsabilité sur les athlètes qui devront en payer la note.

Si le consommateur était vraiment sérieux dans ce dossier, il devrait vérifier l'origine de ses produits de consommation et boycotter ceux fabriqués en Chine. Durant la semaine de la mode à Montréal en mars dernier, on apprenait que 98 % des produits du textile vendus ici proviennent de la Chine. Les Québécois impliqués dans cette industrie doivent redoubler d'ingéniosité s'ils veulent rester en affaires.

Dans le cas de l'agriculture, cela fait plus d'un siècle que cette politique de bas prix nous tenaille, comme c'est toujours le cas dans les élevages non contingentés. Aujourd'hui, nous entrevoyons un peu de répit pour les uns. Mais de grands défis pour les autres !

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