|
Faites du foin !
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de juin 2008
Faire du foin de grande qualité est un art. Ceux qui y excellent réussissent toujours à vendre à bon prix.
par André Dumont, journaliste
Pierre-Yves Germain croyait savoir faire du
foin de qualité. À l'été 1997, il vend son quota
laitier. Une sécheresse sévit, le prix du
foin s'envole et ses grosses balles rondes trouvent
rapidement preneur. Sa ferme de Warwick, dans le
Centre-du-Québec, vient de se trouver une nouvelle
vocation : le foin de commerce.
L'année suivante, Pierre-Yves
Germain produit 3000 balles rondes.
Au printemps, elles attendent
toujours un acheteur. « Je vendais
ce que personne ne voulait : un
foin en balles rondes, de qualité
moyenne et de pas très bonne
odeur », admet-il.
C'est alors que se pointe Roger Allard, un commerçant
de foin. Le premier contact est difficile. « J'ai dû lui dire
que ce qu'il produisait ne valait rien, raconte l'homme
d'affaires de Beloeil. Au début, il n'a rien voulu savoir de
mes conseils, mais quand il a compris que je voulais son
bien, il m'a rappelé. »
En acceptant de revoir de fond en comble ses pratiques,
Pierre-Yves Germain devient rapidement un excellent
producteur de foin de commerce. Il vend quelque
2000 tonnes de foin sec par année aux États-Unis et au
Québec et on l'invite à donner des conférences.
Aujourd'hui, il a vendu sa ferme. Il offre de la formation
sur le foin pour l'exportation et fait lui-même un peu
de commerce. « Peu de producteurs québécois savent
comment s'y prendre pour satisfaire les clients les plus
exigeants, et qui paient le mieux ! » soutient-il.
La rencontre entre Pierre-Yves Germain et Roger Allard
illustre tout le potentiel du foin, une production qu'on
se contente souvent d'utiliser à des fins d'autosuffisance
alimentaire sur les fermes laitières. Pourtant, les marchés
de vente et d'exportation offrent d'excellentes occasions.
Encore faut-il savoir faire du bon foin et surtout, savoir ce
que l'acheteur recherche.
« Il n'y a jamais trop de bon foin. S'il y avait
plus de bons producteurs au Québec, le marché
se développerait », affirme Pierre-Yves
Germain. Plus nous produirons de bon foin,
moins les Américains se contenteront de foin
de deuxième qualité produit chez eux, soutient
Roger Allard. « Si un acheteur est bien
servi au Québec, il continuera à s'approvisionner
chez nous. »
Le marché le plus profitable est celui des
écuries des pistes de course aux États-Unis.
L'acheteur veut une petite balle carrée dense,
de couleur verdâtre et de bonne odeur. Il cherche
un lot de petites balles uniformes et de
qualité constante. Les grosses balles carrées
de foin de bonne qualité trouveront aussi preneur
à l'exportation. Quant aux balles rondes,
elles ne se transigent à peu près que sur le
marché local.
Un foin cultivé selon les règles de l'art donnera
de bons rendements à l'hectare. Il faut
toutefois être disposé à y mettre l'effort et à
revoir nos façons de faire.
À Saint-Mathias-sur-Richelieu, près de
Chambly, Réjean et Mario Tétrault fauchent
le soir, vers 21 h. Le foin est alors moins gorgé
d'eau. Au matin, on « craque » le foin dans
le Macerator (voir l'encadré « Macérez votre
foin ! »). On passe ensuite le faneur jusqu'à trois fois dans la journée. En moins de deux
jours, le foin est fauché, pressé et engrangé.
Les frères Tétrault continueront à faire du
foin, même s'ils n'ont plus de vaches laitières
depuis un an. « Nous avons toujours aimé en
faire, dit Réjean. C'est une question de rotations
et nous avons toute la machinerie. » Le
foin « repose le terrain », explique-t-il, en plus
de réduire les coûts d'engrais lorsqu'on y sème
ensuite du maïs.
Le foin des Tétrault trouve toujours preneur. Ils font des balles
de tous les formats, qu'ils vendent directement à des producteurs
laitiers locaux ou sur les marchés d'exportation, par l'entremise
de quelques fidèles commerçants. « Il y a toujours des gens prêts à
payer pour de la qualité », dit Réjean.
Tout bon producteur de lait peut devenir un excellent producteur
de foin, soutient Roger Allard. « Il doit être à l'écoute de son
champ, comme il est à l'écoute de ses vaches. » Certaines stratégies
peuvent alors s'imposer, comme faucher la première coupe très tôt,
pour vendre un foin si riche qu'il permettra de réduire l'apport de
suppléments dans les rations des chevaux ou des vaches laitières.
Pour arriver à produire un bon foin de commerce, il faut se
« déprogrammer », affirme Pierre-Yves Germain. On doit penser en
fonction des besoins de l'acheteur, plutôt que chercher à écouler
des surplus. Et pour éviter de vendre au moment de la récolte, il
vaut mieux disposer de grands espaces d'entreposage.
Comme le foin se vend sur un marché ouvert, le producteur doit
s'intéresser à la mise en marché. Ainsi, on recommande d'établir
une relation de confiance avec un ou plusieurs commerçants disposés
à offrir des conseils et à bien expliquer ce qu'ils recherchent.
Avec le prix des céréales qui atteint des sommets, la demande
pour le foin de bonne qualité nutritive augmentera, prédit Roger
Allard. Les producteurs voudront-ils mettre la charrue dans les
prairies pour y semer du maïs ou du soya ? Ce choix dépendra des
sols, mais surtout de la personnalité du producteur, soutient Pierre-
Yves Germain. « Faire du bon foin est un art. Il faut aimer le travail
au champ, être passionné et avoir le goût de faire sa propre mise
en marché. »
Emcadré : Les 10 secrets du foin de commerce
1. Plus le foin est vert et plus
il a une belle odeur, plus
l'acheteur y verra de la
qualité.
2. Le foin contenant de la
poussière ou de la moisissure
sera rejeté.
3. Les petites balles carrées
sont les plus recherchées,
les grosses balles carrées
arrivent deuxièmes. Les
balles rondes se prêtent
mal au transport.
4. Les petites balles doivent
être uniformes, d'une
longueur de 76 à 86 cm
(30 à 34 po). Elles seront
entreposées sur le côté,
la coupe du couteau de la
presse vers le haut.
5. L'acheteur veut une petite
balle dense, d'un poids
d'environ 20 à 25 kg
(45 à 55 lb). Il sera
satisfait s'il repart avec
un chargement de 18 à
22 tonnes.
6. Le mil avec un maximum
de 30 % de luzerne est
très recherché. Le mil pur
peut convenir, mais il vaut
mieux éviter le trèfle. Le
marché tend vers un foin
sec du stade épiaison.
7. Le toit de l'entrepôt doit
être étanche et le plancher
bien sec.
8. On doit ranger son foin
dans l'entrepôt selon sa
qualité, afin de disposer
de lots uniformes suffisamment
volumineux pour
remplir une remorque.
9. Le camion et sa remorque
de 16 mètres doivent
pouvoir circuler facilement
dans la cour.
10. Décrire son foin à
l'acheteur avec exactitude
contribue à établir une
relation de confiance et à
éviter les mauvaises
surprises une fois sur
place.
Encadré : « Macérez » votre foin !
L'arrivée du Macerator au début des années
2000 a causé une petite révolution
dans le monde du foin de commerce.
Fabriqué chez AgLand, au Manitoba,
le Macerator et ses rouleaux de métal
(comme le tordeur d'une machine à laver)
« craquent » le foin et lui retirent sa
cire, afin qu'il sèche plus vite en
andains. Des études ont démontré
que cette façon de conditionner
le foin améliore sa digestibilité
et sa fermentation à l'ensilage.
Pour les commerçants de foin,
le Macerator est un gage de qualité. Le
producteur arrive à récolter son foin
entre 24 h et 48 h, évitant qu'il se détériore
au champ. Si cet instrument nous
permet de vendre plus de petites balles
de la meilleure qualité au meilleur prix,
l'investissement sera vite rentabilisé,
soutient le commerçant Roger Allard.
www.aglandindustries.com
Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. « Faire du bon foin
est moins compliqué
qu'en faire du mauvais
», dit le producteur
Réjean Tétrault.
Celui-ci vend son foin
aussi bien au CIAQ
qu'à des éleveurs de
génétique Holstein
d'élite et des commerçants
qui livrent
aux États-Unis.
2. On ne doit jamais
vendre en dessous
de son coût de production,
recommande
Pierre-Yves Germain,
un ancien producteur
de foin qui offre
aujourd'hui de la formation
à l'ITA de Saint-
Hyacinthe, entre autres.
3. Un foin de qualité conserve une couleur verdâtre.
Celui-ci a été « craqué » par le Macerator, un
équipement qui accélère le séchage au champ.
4. Comme la plupart des commerçants, Roger
Allard se fie beaucoup à la couleur et à l'odeur
du foin pour en évaluer la qualité.
Retour à la page précédente
Haut de la page Imprimer Envoyer à un ami
|