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La route des bleuets géants
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de juillet/août 2008
Le bleuet se cueille aussi dans les Cantons-de-l'Est ! Pour le faire savoir, les membres du Club Conseil du Corymbe ont créé La Route Bleue.
par André Dumont, journaliste
Ils sont aussi gros
qu'une pièce de 2 $,
nous montre leur
publicité. Non, les Producteurs
de Bleuets Géants des
Cantons-de-l'Est n'ont pas le
sens de l'exagération. Si leur
publicité est frappante, c'est
parce qu'ils ont un solide
mythe à combattre : celui que
le seul « vrai » bleuet vienne
du Lac-Saint-Jean.
« Lorsque mûris à point,
nos bleuets sont tout aussi
savoureux », lance le président
du Club Conseil du Corymbe,
Normand Delisle. La plupart
des bleuets géants des membres
du club sont de la taille
d'une pièce de 5 cents ou de
25 cents, admet-il. Et même
quand ils sont plus gros lors
des premières récoltes d'un
plant, leur saveur n'a rien à
envier à celle de leurs cousins
sauvages, soutient ce producteur
de Brigham.
Pour répandre la bonne nouvelle à l'effet que
le bleuet se cultive aussi dans les Cantons-del'Est,
les membres du Club Conseil du Corymbe
ont fondé La Route Bleue, un réseau de bleuetières
qui offrent l'autocueillette. Il s'agit d'un
des rares clubs-conseils au Québec où l'on
se cotise non seulement pour se payer des
conseils techniques, mais aussi pour stimuler
la demande.
Chaque membre est responsable de sa propre
publicité, explique Normand Deslisle. La
plupart comptent sur une clientèle d'habitués,
qu'ils rejoignent par l'entremise des journaux
locaux. Par contre, avec la croissance du nombre
de membres (de 12 il y a neuf ans, ils sont
maintenant 34), il faut aller chercher une clientèle
de l'extérieur de la région.
Pour se donner les moyens d'une publicité
commune, on ajoute un prélèvement spécial à
la facture de services du club. Ces fonds servent
essentiellement à promouvoir La Route Bleue
dans les journaux hebdomadaires de Montréal,
la Rive-Sud, Laval et Sherbrooke.
Cette publicité illustre un bleuet de bonne
taille, de quoi convaincre les cueilleurs qu'ils
pourront remplir un panier en peu de temps.
Elle renvoie aussi à un site Internet, où les cueilleurs peuvent choisir
parmi une trentaine
de bleuetières.
Le bleuet est un petit
fruit très en demande,
notamment depuis que
ses propriétés antioxydantes
en ont fait une
vedette des aliments
contre le cancer, souligne
la secrétaire du club, Marie-Ève Marchand.
Malgré cela, les « urbains » n'ont pas encore le
réflexe de l'autocueillette, comme c'est le cas
pour la pomme, fait-elle remarquer.
« Cueillir le bleuet en corymbe est un véritable
plaisir. On utilise un tabouret et on n'est pas
à quatre pattes par terre, avec un peigne », souligne
Mme Marchand, qui exploite à Dunham
l'une des quelques bleuetières biologiques au
Québec.
L'idée de La Route Bleue est aussi de rassurer
le client en projetant l'image d'un groupe de
producteurs soucieux de l'environnement et de
la qualité de leurs bleuets. Les membres n'ont
pas de cahier de charges, mais ils sont suivis
par l'agronome Roger Chicoine. Le groupe ne
procède à aucun épandage préventif et l'usage de pesticides et de fongicides est très limité
(voir l'encadré Fruit sain, régie saine).
Les membres sont autant de jeunes retraités
que des producteurs agricoles à temps plein
qui cherchent à diversifier un verger ou une
production horticole. Tous proposent l'autocueillette,
la plupart tiennent un kiosque à la
ferme et certains vendent aussi dans des marchés
publics ou des épiceries.
Plusieurs des entreprises membres sont
situées entre deux vignobles de la Route des
vins. Elles sont devenues des Amis de la Route
des vins et proposent à la fois produits du
bleuet et informations touristiques.
Même en 2006, quand la production a
atteint un sommet de 227 000 kg, les membres
de La Route Bleue ont réussi à écouler toute leur production. Le consommateur québécois
préférera toujours un bleuet local à un bleuet
importé, croit Normand Delisle.
Sa femme Ghislaine en a eu la preuve il y a
quelques années, lorsque le gérant des fruits et
légumes d'une épicerie IGA de la région lui a
refusé ses premiers bleuets de la saison. « J'ai
une commande de bleuets qui arrive des États-
Unis. Je n'en vendrai pas un seul si je mets les
vôtres à côté ! » lui a-t-il répondu.
Le bleuet des États-Unis est cueilli tôt, pour
ensuite mûrir dans le transport ou sur les
tablettes, explique Normand Delisle. « C'est
comme les tomates importées. Elles doivent
être belles et rouges sur le comptoir. La saveur
n'est pas un critère. »
Les bleuets de l'Estrie mûrissent jusqu'à 10
jours sur le plant. Une fois bleu, le fruit continue
à se gorger de sucre, explique Normand Delisle.
Il devient encore plus goûteux, au grand plaisir
des cueilleurs qui se gavent à même le plant.
www.laroutebleue.org
www.clubconseilducorymbe.ca
Encadré : Fruit sain, régie saine
Le bleuet a une forte
teneur en antioxydants.
Il est aussi
une bonne source de
vitamines A et C. Tant
qu'à produire un fruit
aussi sain, aussi bien
avoir une régie saine !
Heureusement, les
bleuetières du Club
Conseil du Corymbe
sont confrontées à
peu de maladies ou
d'insectes ravageurs.
Environ le quart des
membres applique
un fongicide au stade
des premières fleurs.
Quelques-uns traitent
les pourtours de leur
bleuetière avec un
insecticide pour combattre
le charançon de
la prune.
Des pièges pour
la mouche du bleuet
sont installés dans
chaque bleuetière, qui
en sont toutes exemptes
à ce jour. Véritable
épée de Damoclès
au-dessus de la tête
des producteurs, la
mouche du bleuet
entraîne la fermeture
immédiate de la
bleuetière, qui ne peut
plus vendre son produit
que transformé
ou congelé. « S'il n'y
avait pas le club et
ses activités de dépistage,
il faudrait se
tourner vers l'arrosage
préventif », affirme
l'agronome Roger
Chicoine.
Ces pratiques
« écologiques » ont
toujours bien réussi,
soutient l'agronome.
Encadré: Le bleuet en corymbe
S'il semble faire moins partie du
patrimoine alimentaire des Québécois
que le bleuet sauvage, le bleuet
en corymbe n'en demeure pas moins
une espèce indigène. Selon l'agronome
Roger Chicoine, des plants à l'état sauvage
ont été trouvés dans les Cantonsde-
l'Est.
Le sud du Québec correspond à la
limite nord de la dispersion naturelle du
vaccinium corymbosum. Les bleuetières
d'ici sont vulnérables aux grands froids.
Les plants peuvent survivre à plusieurs
jours à -30 °C, mais il s'ensuivra une
saison pratiquement sans bleuets. Ce
fut le cas dans les Cantons-de-l'Est en
2002. La production ne s'est rétablie qu'en 2005, pour atteindre un record de
227 000 kg (500 000 livres) en 2006.
Plus de 90 % de la production canadienne
provient de la Colombie-Britannique.
Le bleuet en corymbe est aussi cultivé
en Ontario et en Nouvelle-Écosse. Au
Québec, les bleuetières se trouvent principalement
en Montérégie, dans Chaudière-
Appalaches et près de Québec.
Le bleuet en corymbe préfère un sol
léger, de texture sablonneuse ou graveleuse
et d'un pH d'environ 4,8. Le site
idéal aura une légère pente permettant
le drainage de l'air froid et un bon
égouttement. Les vergers et les framboisières
sont généralement de bons
endroits pour le bleuet géant.
Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Normand et
Ghislaine Deslisle
exploitent une
bleuetière de 5500
plants à Brigham,
dans les Cantonsde-
l'Est. Ils sont
membres de La
Route Bleue et
des Amis de la
Route des vins.
2. À la Bleuetière
Les Deslisle, les
plants sont irrigués
en goutte-à-goutte,
à partir de l'eau d'un
lac artificiel.
3. À la demande de la
clientèle, plusieurs
bleuetières se sont
mises à offrir des
produits transformés
du bleuet.
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