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Une entreprise pas comme les autres
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de juillet/août 2008
Elle se classe depuis de nombreuses années dans le groupe de tête de son groupe conseil agricole.
par Alain Fournier, agronome, M.Sc
En plus de posséder une rentabilité
exceptionnelle année après année,
la Ferme Frandré, propriété de Roger
Flibotte et Claudette Dionne de Saint-Joachim
de Courval, produit un lait fourrager
qui se démarque de l'ensemble des entreprises
de la banque Agritel des groupes conseils
agricoles.
Au premier coup d'oeil, cette entreprise ne
semble pas différente des autres. C'est une
exploitation de taille moyenne avec un peu
plus de 50 vaches. La production annuelle de
lait par vache se situe aussi dans la moyenne
des entreprises au contrôle laitier non supervisé
de Valacta.
Par contre, lorsque l'on observe de plus près, c'est une tout autre affaire. Membre
de son groupe conseil agricole depuis 1984,
Roger Flibotte a su intégrer à son entreprise les
recommandations de sa conseillère en gestion,
Rolande Garon, et atteindre un niveau d'excellence
enviable. En effet, pour l'année 2007, le
revenu standard du travail par hectolitre (RST/
hl) était de 42,53 $, et la marge lait standard par
vache était de 4100 $.
En plus de posséder une excellente capacité
de gestion, Roger Flibotte doit une partie de
son succès à l'utilisation judicieuse des ressources
fourragères de son entreprise. En 1997,
il obtenait un lait fourrager moyen énergie et
protéine d'environ 3500 litres par vache, et ses
vaches produisaient 4,83 litres de lait par kilo de concentrés servi. La production était alors
de 6700 litres de lait par vache par année. En
2007, avec une production de 8400 litres de lait
par vache, M. Flibotte obtenait un lait fourrager
énergie et protéine moyen de près de 4600
litres par vache, avec un ratio kg de lait par kg
de concentrés de 4,47.
Afin de comparer les résultats de Roger Flibotte
avec ceux de fermes du même type, on
a utilisé les données de la banque Agritel des
groupes conseils agricoles pour les années 2003
à 2006. Ainsi, on a sélectionné 131 fermes laitières
semblables à l'entreprise de M. Flibotte
concernant le nombre de vaches et la production
annuelle par vache et par année.
On a choisi certains critères de performance
pour suivre l'évolution des 131 fermes au cours
de ces quatre années et les comparer à ceux de
Ferme Frandré. On a considéré les données
2007 de Ferme Frandré, même si celles de la
banque Agritel n'étaient pas encore disponibles,
afin de suivre l'évolution de la ferme au
cours des cinq dernières années.
La production des 131 fermes sélectionnées
s'est accrue progressivement de près de 100 kg
par année au cours de la période de 2003 à 2006
(voir la figure 1). Du côté de Ferme Frandré, la
production s'est beaucoup accrue au cours des
cinq dernières années (260 kg/année).
Roger Flibotte attribue cette amélioration à
la qualité de ses fourrages ainsi qu'à un meilleur
suivi de l'alimentation des vaches à l'étable. La construction d'un silo de 5,5 mètres de diamètre
sur 22 mètres de hauteur (18 pi sur 72 pi)
en 1995 a amélioré considérablement le lait
fourrager de l'entreprise. Deux autres silos plus
petits servent à entreposer l'ensilage de foin.
Du côté du lait fourrager, Ferme Frandré
se démarque aussi de manière importante.
L'entreprise obtient un ratio kg de lait par kg
de concentrés oscillant entre 3,5 et 5,5 pour
les cinq dernières années, comparativement
à un ratio de 2,6 pour les fermes de la banque
Agritel.
L'entreprise de M. Flibotte produit très peu
de grains puisqu'elle possède seulement 74
hectares en culture. Le coût standardisé par
hectolitre des concentrés et fourrages pour
les vaches a oscillé entre 13 et 14,50 $ au cours
des cinq dernières années, alors que celui des
entreprises de la banque Agritel a oscillé entre
17 et 18,50 $.
Roger Flibotte prend un soin attentionné
à récolter des fourrages de la meilleure qualité
possible pour ses vaches. Sa troisième
coupe contenait 19,5 % de protéine brute et
1,53 Mcal/kg d'énergie nette de lactation,
ce qui est presque équivalent à l'énergie de
l'ensilage de maïs. Son foin de graminées de
première coupe renfermait 14,2 % de protéine
brute et 1,46 Mcal/kg d'énergie nette
de lactation.
Selon M. Flibotte, son succès réside dans le
temps qu'il consacre à alimenter les vaches et à repousser les aliments tout au cours de la journée pour
stimuler la consommation des fourrages.
Le producteur fabrique à la ferme une moulée à base
de maïs, d'un peu d'avoine, d'un supplément protéique et
d'un minéral, lui permettant d'obtenir une moulée dont le
niveau de protéine oscille entre 15 et 16 %.
L'alimentation du matin commence par un repas de foin,
suivi après la traite par l'ensilage de foin, de la moulée et de
l'ensilage de maïs. M. Flibotte procède à la même séquence
de distribution en milieu de journée, tout comme en soirée.
Le troupeau est divisé en deux groupes. Les vaches reçoivent
de sept à huit kilos de moulée manuellement en trois
repas au cours des 60 à 100 premiers jours de lactation
selon leur production. Par la suite, la ration de concentrés
est réduite à quatre kilos de moulée servis en deux repas
par jour. Le nombre de repas de moulée baisse à deux par
jour en été, car les vaches vont au pâturage. En 2007, les
vaches ont consommé 1900 kg de concentrés au cours de
l'année.
Les coûts de santé sont aussi impressionnants. Roger Flibotte
fait de la médecine préventive et ses frais vétérinaires
par vache se situent à environ 60 % de ceux du groupe des
131 fermes de la banque Agritel (voir la figure 2).
L'entreprise possède une relève assurée puisque François,
le plus âgé des fils de Roger Flibotte, suit une formation
à l'ITA de Saint-Hyacinthe et aimerait poursuivre ses
études en agronomie à l'Université Laval. Le plus jeune
des garçons, Marc-André, s'inscrira à l'école d'agriculture
de Nicolet l'an prochain.
Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Ferme Frandré,
propriété de Roger
Flibotte et Claudette
Dionne de Saint-Joachim
de Courval, est
une exploitation avec
un peu plus de 50
vaches.
2. Madame Rolande
Garon, conseillère
en gestion, a aidé
Roger à atteindre un
niveau d'excellence
enviable.
3. Figure 1 : Comparaison de la production
annuelle de lait par vache d'un groupe d'entreprises
de la banque Agritel avec celle de Ferme Frandré
4. Figure 2 : Comparaison des charges vétérinaires
par vache d'un groupe d'entreprises de la banque
Agritel avec celles de Ferme Frandré
5. Roger Flibotte
fabrique à la ferme
une moulée à base
de maïs dont le
niveau de protéine
oscille entre 15
et 16 %. Il est en
compagnie de son
plus jeune garçon
Marc-André.
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