|
Une viande distincte
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de juillet/août 2008
Procurant une viande maigre et tendre, la race Limousin gagne à être utilisée en croisement terminal. Elle a un ardent défenseur en Jérôme Poirier, éleveur bovin de Sainte-Rosalie en Montérégie.
par Marie-Josée Parent, agronome
De toutes les races françaises, aussi
appelées races continentales, la
Limousin est la race de bovins de
boucherie la plus exportée à travers le monde.
Il y a une raison à cela. C'est une race qui combine
très bien les aptitudes bouchères et les
qualités maternelles. Introduite au Québec et
au Canada en 1968, elle est aujourd'hui l'une
des cinq plus importantes races de boucherie
au pays, quand même loin derrière la grande
championne, l'Angus.
Le sujet Limousin est de taille moyenne à
grande avec des os fins, ce qui lui procure un
rendement carcasse élevé, entre 62 et 65 %,
alors que la plupart des races se maintiennent
sous les 60 %. De plus, l'animal a peu de gras,
ce qui nous permet de voir la forme de ses muscles
sous sa robe blé doré ou rouge foncé. On le
reconnaît aussi par les pourtours de ses yeux et
de son museau plus clairs, ainsi que l'intérieur
de ses pattes.
On retrouve également le sujet Limousin à la
robe toute noire, un peu trapu et plus charnu.
Celui-ci n'est pas un descendant à 100 % des
Limousin français à l'origine de la race. L'animal
est alors un Pure Breed, à l'opposé de ceux
qu'on appelle des Full Blood.
Éleveur à Sainte-Rosalie, Jérôme Poirier
insiste sur l'importance de préserver la pureté
de la race. Son troupeau vache-veau de 85 mères ne contient que des Limousin Full Blood.
La pureté des Full Blood est déterminée par test
génétique. Les sujets sont enregistrés à l'Association
canadienne Limousin qui s'assure de
respecter les exigences du Herd Book français,
le livre qui recense la généalogie des bovins respectant
les critères de la race.
La Limousin qu'on retrouve en plus grand
nombre au Canada et aux États-Unis est cependant
la Pure Blood, la race pure. Au Canada, elle
doit être pure à 90 % ou plus, et à un minimum
de 75 % aux États-Unis. Elle est souvent noire
et trapue, surtout aux États-Unis. « Le Limousin
noir n'existe pas à la base, c'est de l'intégration
d'autres races », lance Jérôme Poirier. Ce
mélange de races a souvent été volontairement
introduit en raison de la grande popularité de
l'Angus ou encore pour introduire l'absence de
cornes, ce que déplore Jérôme Poirier.
Cet éleveur en sait beaucoup sur la race
Limousin puisqu'il a été secrétaire de l'Association des éleveurs Limousin du Québec
pendant 12 ans. « J'ai eu d'autres races à ma
ferme, des Charolais, Simmental, Angus, Hereford
et même Bleu Blanc Belge, mais pour
moi, la Limousin a toujours été supérieure aux
autres », dit-il.
Changements souhaités
Jérôme Poirier aimerait que le Québec développe
sa production bovine indépendamment
de ce qui se fait aux États-Unis et ailleurs au
Canada. Selon lui, on devrait développer un
produit plus maigre, plus tendre et le faire
connaître au consommateur, en l'identifiant
correctement. Pour cela, il faudra changer
certaines pratiques dans la production, mais
aussi dans la façon de rémunérer les producteurs.
Il voit là un rôle de leader dans la production
bovine québécoise.
Alors que le consommateur souhaite manger
maigre, la classification de la viande de boeuf
est octroyée en fonction du gras, ce qui avantage
des races procurant une viande grasse.
De plus, on ne tient pas compte du rendement
en viande lors du paiement au producteur,
comme c'est le cas dans le porc. Cette façon de
rétribuer les producteurs de porcs, qui a permis
au Québec de devenir un leader dans la sélection
génétique, a été imitée par la suite ailleurs
dans le monde.
M. Poirier aimerait aussi qu'on se penche sur
la mesure de la conversion alimentaire. « Un test sur la conversion alimentaire, c'est la plus
belle chose qui pourrait arriver dans le boeuf »,
dit-il. Des veaux issus de taureaux Limousin
Full Blood seraient comparés avec des veaux
issus d'autres races. Ainsi, on noterait la date
de naissance, le poids au sevrage à l'entrée du
test, la quantité d'aliments et le gain de poids
jusqu'à l'abattoir. La conversion alimentaire,
soit la quantité d'aliments divisée par le gain
de poids, serait calculée. Jérôme Poirier est
convaincu qu'une telle étude avantagerait la
race Limousin.
Jérôme Poirier aimerait aussi qu'on utilise d'autres critères pour évaluer la qualité de la
viande, comme les tests génétiques de tendreté,
qu'il fait systématiquement sur ses taureaux
dès leur naissance (voir l'article Montremoi
tes gènes, dans Le Bulletin de septembre
2007, page 16). Un de ses sujets a dernièrement
reçu la cote 9 sur un maximum de 10
selon le test Igenity de Merial. C'est un score
très élevé si l'on considère que Viandes Sélectionnées
des Cantons exige un minimum de
4. Les gens derrière cette marque de commerce
sélectionnent les taureaux en fonction de leur aptitude à produire une viande tendre.
Un taureau ayant une excellente cote de tendreté
peut se vendre 800 $ de plus qu'un taureau
avec une cote de moins de 4.
« On ne peut pas se permettre de vendre
notre boeuf le même prix que les Américains,
estime Jérôme Poirier. Là-bas, on
l'élève à la belle étoile. Notre avantage, c'est
que les consommateurs d'ici veulent manger
une viande plus maigre. » C'est là que
la race Limousin Full Blood pourrait être
gagnante.
Associations
www.limousin.com (canadienne)
www.nalf.org (américaine)
www.limousin.org (française)
Encadré: La Limousin
- Origine : bordure ouest du Massif central, France
- Arrivée au Québec, au Canada, en Amérique-du-Nord : 1968
- Robe : blé doré chez la femelle, rouge foncé chez le mâle, pourtour du museau et des yeux plus pâle, ainsi qu'intérieur des pattes plus pâle chez la Full Blood, mais aussi noire chez la Pure Breed
- Cornes : présentes chez la majorité
- Poids adulte : 1100 kg chez le mâle et de 635 à 725 kg chez la femelle, ossature moyenne à grande
- Vêlage : facile en raison d'un faible poids du veau à la naissance
- Maturité sexuelle : tardive
- Fertilité : bonne
- Longévité : grande, jusqu'à 10 à 12 ans
- Musculature : bonne
- Intérêts : finesse des os ; fort développement musculaire ; excellente conformation bouchère ; rendement en maigre de plus de 60 %
- Faiblesse : gras de couverture parfois insuffisant
Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Jérôme Poirier
accorde beaucoup
d'importance au test
de tendreté. Ces deux
jeunes taureaux ont
obtenu des cotes de
tendreté de 9 (gauche)
et de 7 (droite), sur un
maximum de 10, ce
qui est très élevé.
2. Éleveur dans la cinquantaine,
Jérôme
Poirier ne songe pas
à quitter la profession
maintenant. « Je suis
à mon meilleur, ditil.
Mon troupeau est
connu. Ce n'est pas le
temps de vendre. »
3. Pour obtenir de la descendance Limousin Full Blood,
il faut acheter de la semence Limousin Full Blood.
Jérôme Poirier l'achète de France, mais aussi de
centres d'insémination canadiens, comme Independant
Breeders en Alberta ou Top Meadow Farms en Ontario,
qui eux-mêmes achètent de la semence de taureaux
français. Voici un des taureaux vedettes de Top
Meadow Farms, Harmonica, un taureau sans cornes,
ce qui est rare chez les Limousin Full Blood.
Retour à la page précédente
Haut de la page Imprimer Envoyer à un ami
|