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Une mort douce
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de juillet/août 2008

L'euthanasie se passe en quelques secondes, sans souffrance pour le porc et sans effusion de sang.
par Marie-Josée Parent, agronome

À la ferme, un producteur ouvre un panneau et fait monter un porc dans une boîte rectangulaire à peine plus grande que l'animal. On attache celui-ci à l'aide d'une ceinture de métal tressé qu'on ajuste autour de son abdomen, juste derrière le coeur, et par un lasso métallique sur son museau. On referme le panneau et le couvercle de la boîte.

Le manipulateur tourne la clef de contact. Il pèse simultanément sur deux boutons placés de chaque côté de l'appareil. Les boutons s'allument, ce qui indique qu'une décharge électrique a lieu. Après 15 secondes, les lumières s'éteignent. Le porc est déjà mort depuis plusieurs secondes. Tout cela se passe en quelques secondes, sans cris, sans souffrance pour l'animal, sans effusion de sang et sans la vision d'un animal à l'agonie.

L'euthanasie à la ferme est inévitable. Certains animaux blessés ou malades, soignés sans succès, ne peuvent être envoyés à l'abattoir. Il faut les tuer à la ferme. À l'heure où l'image de la profession de producteur porcin est un enjeu, il vaut mieux utiliser une méthode reconnue comme acceptable.

C'est dans cette optique que la Fédération des producteurs de porcs a demandé, au printemps 2004, à la professeure en production porcine de la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal (FMV), Martine Denicourt, de recenser ce qui se faisait à la ferme en matière d'euthanasie. Elle a noté que bon nombre de producteurs utilisaient une méthode artisanale peu sécuritaire pour l'utilisateur : les câbles de démarrage de voiture, ce qu'on appelle les câbles à booster.

« Ils utilisaient de l'électrocution à la ferme, mais les méthodes ne correspondaient pas aux normes internationales pour le bien-être des animaux », raconte Mme Denicourt. De surcroît, cette méthode est très dangereuse pour l'utilisateur, car le producteur peut recevoir une décharge électrique. L'électrocution est une méthode reconnue à l'abattoir pour rendre l'animal inconscient, mais pas pour le tuer. C'est la saignée de l'animal inconscient qui le tue.

« Lors de l'euthanasie à la ferme, poursuit Mme Denicourt, on doit tuer l'animal en respectant les normes de bien-être. Or, ces normes disent qu'on doit rendre l'animal inconscient le plus rapidement possible pour éviter toute souffrance, toute douleur. » L'essentiel est donc de rendre l'animal inconscient, la mort peut venir ensuite.

Dans un premier projet, Mme Denicourt a cherché à voir la faisabilité de développer une méthode d'euthanasie par électrocution et de mesurer les effets sur l'animal, ce qui fut concluant. Un deuxième projet consistait à faire des essais de différents matériaux et de différents sites pour placer la décharge électrique.

L'équipe de recherche de la FMV s'est alors associée aux gens du Centre de développement du porc du Québec (CDPQ), soit la chargée de projet Valérie Dufour, le vétérinaire Christian Klopfenstein et l'ingénieur Francis Pouliot. L'étude a convaincu l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) d'accepter cette nouvelle méthode pour euthanasier les porcs à la ferme, après une évaluation positive effectuée par un comité d'experts en bien-être animal.

Mise en marché
Il ne restait qu'à concevoir la façon de procéder à la ferme et planifier la mise en marché. On a alors fait appel à Conception Ro-Main. Cette entreprise de Saint-Bernard, en Beauce, a présenté un prototype au congrès du porc d'avril dernier. De plus, Martine Denicourt a fait une présentation lors des matinées-conférences. Un premier modèle pour les porcs de 5 à 50 kg sera mis en vente à la fin de l'été 2008. On prévoit la vente d'un modèle pour les porcs de 50 à 120 kg pour un peu plus tard.

Étant producteurs de porcs, les frères Germain, Ghislain, Robert et Serge Labrecque ont l'habitude de concevoir et de mettre en marché des outils via leur entreprise Conception Ro-Main. Ro-Main s'est d'abord penché sur cette question : est-ce que chaque producteur devrait avoir un endroit fixe pour euthanasier ou doit-on plutôt concevoir une unité mobile ? Le choix est orienté vers l'unité mobile, une boîte sur roues, autonome au plan énergétique. Robert Labrecque, le concepteur, explique que ce choix a été fait pour un aspect pratique et pour le bien-être des animaux. L'animal à euthanasier est souvent malade ou peut difficilement marcher.

Puis, il fallait rendre cet appareil sécuritaire à tous points de vue. L'unité devait être parfaitement isolée du plancher, qui est souvent mouillé. « On vise le maximum de sécurité, zéro entretien, une facilité de lavage et la robustesse », explique Robert Labrecque. Tout est fait en plastique ou en acier inoxydable : le plastique pour la facilité de lavage et l'isolation, l'acier inoxydable parce que ça ne rouille pas. Il y a beaucoup d'humidité, de gaz et de poussières dans une porcherie.

Les mécanismes de sécurité ont aussi été multipliés avec notamment l'ajout d'une clé et d'un bouton d'arrêt d'urgence afin de satisfaire les normes européennes concernant le bien-être animal, beaucoup plus sévères.

L'unité munie d'une pile est rechargée sur le courant électrique d'Hydro- Québec. Elle est ensuite débranchée et roulée vers le porc malade. Elle génère sa propre électricité, soit une décharge de 110 volts sans neutre à la terre, ce qu'on appelle le ground. Ainsi, on s'assure que le porc reçoit le maximum de charge et l'on évite l'électrocution de l'utilisateur.

La conception n'est pas terminée et l'on pourrait avoir de petites surprises lors du lancement officiel. Conception Ro-Main jongle avec l'idée de présenter un seul modèle pour les porcs de 5 à 120 kg au lieu de deux. Robert Labrecque étudie aussi la possibilité de faire couler le plastique dans un moule. Plus tard, Ro-Main élaborera un autre prototype pour les truies et les verrats. À ce sujet, le principal défi à relever concerne les truies qui, souvent, ne peuvent pas marcher. Alors, les faire monter dans une boîte relèverait de l'exploit. Mais tout cela sera confirmé bientôt. Il ne reste plus qu'à attendre.

Encadré: Mesures de sécurité

  1. Unité mobile sans fil et isolée, construite de matériaux non conducteurs, autant pour le plancher que pour les murs.
  2. Clé pour permettre le contact
  3. Un bouton d'urgence pour arrêter le courant à tout moment
  4. Deux boutons, à bonne distance l'un de l'autre, ce qui oblige d'utiliser les deux mains pour activer le mécanisme ; les boutons s'allument lorsque le courant est activé
  5. Une ceinture de métal tressé qui s'ajuste autour de l'abdomen
  6. Un lasso en métal pour assurer un bon contact sur le museau de l'animal

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Du Centre de développement du porc du Québec, Francis Pouliot, Valérie Dufour et Christian Klopfenstein, ainsi que Martine Denicourt de la Faculté de médecine vétérinaire et Robert Labrecque de Conception Ro-Main sont les artisans de ce prototype d'unité mobile pour l'euthanasie par électrocution des porcs à la ferme.

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