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L'école adaptée
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de juillet/août 2008

Démarrer sa formation lorsqu'on est prêt, avoir un horaire qui nous convient et cheminer à son rythme, voilà ce qu'on appelle une formation individualisée.
par Marie-Josée Parent, agronome

Lorsque Dave Essiembre a décidé, en septembre 2007, de suivre une formation agricole, l'année scolaire était commencée. Normalement, l'école lui aurait dit de remplir une demande d'admission pour la prochaine année scolaire. Or, le responsable des admissions du Centre de formation agricole de Saint-Anselme, Normand Bissonnette, lui a proposé de commencer sa formation la semaine suivante, sans que cela perturbe son cheminement scolaire.

Ça fait déjà cinq ans que le Centre de formation agricole de Saint-Anselme offre ce qu'on appelle une « formation individualisée » en productions laitière et bovine. Il y a trois ans, la formation porcine a emboîté le pas. Dès septembre 2008, c'est la formation en mécanique agricole qui sera proposée sous cette forme. Il n'y a que la formation en acériculture, aussi offerte à Saint-Anselme, qui ne l'est pas.

« Quand on parle de ça aux gens, il faut l'expliquer dans les détails », précise le conseiller pédagogique, Michel Arpin. Le Centre de formation agricole de Saint-Anselme est un précurseur en ce domaine et, malgré ses années d'expérience, les autres écoles agricoles hésitent à faire le saut. C'est que la formation individualisée a ses contraintes. Mais les avantages l'emportent sur les inconvénients (voir l'encadré Des + et des -).

Trois options
La formation individualisée n'est qu'une des trois options de formation offertes au Centre de formation agricole de Saint-Anselme. En formation intensive, l'élève en production laitière vient en classe du lundi au vendredi, de 8 h 40 à 16 h 20, de la fin août au mois de juin suivant. Ce sont des étudiants sortant du secondaire qui optent pour cette formation.

La formule est adaptée pour les producteurs et leurs employés, en productions laitière, bovine et porcine. L'élève étudie sur deux ans, d'octobre à avril. Celui-ci est un candidat de 20 ans et plus, ayant au moins deux ans d'expérience sur une ferme. Il est en classe de 10 h à 15 h, ce qui lui permet de continuer de travailler sur la ferme.

Les trois options de formation mènent à l'obtention d'un diplôme d'études professionnelles (DEP) et sont offertes sous forme d'alternance travail-étude. Annuellement, l'école reçoit 150 élèves et réussit à maintenir ce nombre depuis l'implantation des programmes individualisés et pour producteurs. En formation individualisée, l'élève en productions laitière, bovine, porcine ou en mécanique agricole commence quand il est disponible, la plupart du temps en septembre. Mais cela ne veut pas dire qu'il se présente en classe quand bon lui semble ! Avant de commencer sa formation, l'élève rencontre le responsable des admissions, Normand Bissonnette, qui évalue ses besoins. L'élève se présente ensuite en classe selon l'horaire qu'ils auront établi ensemble.

Dans une formation traditionnelle, tous les élèves commencent en septembre selon un horaire établi pour le groupe. Parfois, ils ont des cours magistraux. D'autres fois, c'est plutôt à des ateliers pratiques ou encore à des stages qu'ils assistent. Mais tous vont au même rythme, selon le même horaire, du plus futé à celui qui a besoin de plus d'explications.

En formation individuelle, il n'y a plus de cours magistraux. L'élève doit quand même se présenter en classe. Il lit le module et fait les exercices prescrits. L'enseignant se promène d'un élève à l'autre et explique les notions que l'élève ne comprend pas. L'élève qui complète son module rapidement peut passer au module suivant. Les élèves sont donc à des stades différents de leur formation. Cependant, il y a toujours des ateliers pratiques en groupe fixés à des dates préétablies.

« L'élève le moins rapide a terminé sa formation en un an et demi, précise Michel Arpin. L'autre extrême a été quatre mois et demi. Cette élève arrivait en classe une heure avant les autres le matin et travaillait deux heures chaque soir à la maison. La beauté du système, c'est qu'on peut avoir des élèves aux deux extrêmes dans la même classe et qu'on répond aux besoins des deux. »

Avantages et contraintes
Certains cours pratiques ne sont dispensés qu'une fois par année, comme celui sur les semis. D'autres, comme la taille des sabots, sont offerts à deux reprises. Lors de ces ateliers pratiques, le groupe est réuni dans une rencontre obligatoire. À l'opposé, les formations théoriques sont prodiguées selon le cheminement de l'élève.

Contrairement à la formation régulière, où chaque enseignant prépare son propre matériel, tout le matériel de classe appartient à l'école. De cette façon, un professeur peut enseigner un module ou un autre sans devoir rebâtir le matériel pédagogique à chaque fois.

L'élève n'est évalué que lorsqu'il maîtrise la matière. S'il échoue, il peut reprendre l'examen ou le module tout de suite après l'échec, après avoir revu la matière avec l'enseignant. De cette façon, les abandons pour cause d'échecs sont pratiquement nuls.

Un tel type de formation est plus exigeant pour l'enseignant, qui doit avoir une vision globale des modules. « C'est de l'adaptation au début, admet l'enseignant en production laitière Sylvain Beaulieu, mais c'est valorisant parce que tu constates le résultat chez l'élève. Comme enseignant, on a moins de préparation à la maison, mais en classe, on pédale plus. Il faut que tu aies toute ta tête. »

Pour éviter aux étudiants de tricher aux examens, ceux-ci sont disponibles en plusieurs versions et ne sont pas laissés entre les mains des élèves. De toute façon, les étudiants n'ont pas intérêt à tricher, selon le corps professoral, puisqu'ils font l'examen lorsqu'ils sont prêts et qu'ils peuvent le reprendre en cas d'échec.

Beaucoup de lecture
Pour les élèves, l'effort d'adaptation est nécessaire. Dave Essiembre, étudiant en production laitière individualisée, avait quitté l'école depuis cinq ans. Oeuvrant en soudure, il n'était pas porté vers la lecture. Or, la formation sous forme de modules exige passablement de lecture.

Pour sa part, Thomas Lemay, de la même classe que Dave, avait complété deux sessions en Gestion et exploitation des entreprises agricoles au Cégep de Lévis-Lauzon. Thomas est le support de ses parents à la ferme familiale à Leclercville, dans Lotbinière. En raison de problèmes de santé de ses parents, il a opté pour le DEP dans le but de terminer plus rapidement sa formation agricole.

Entré à la mi-septembre 2007, il a étudié à temps plein à l'automne, pour terminer sa formation à temps partiel de janvier à avril 2008. Une grande partie de sa formation collégiale a été créditée. Si l'école accueille des étudiants du collégial, l'inverse est aussi vrai. Les étudiants sont encouragés à continuer leur formation après leur DEP.

Par ses offres de services, Saint-Anselme pousse à l'extrême la flexibilité en enseignement. Selon le directeur du Centre, Yoland Audet, « on ne parle plus d'un groupe de 12, mais de 12 groupes d'un élève ».

Encadré: Des + et des -
Avantages

  • L'élève commence lorsqu'il est prêt ;
  • l'élève n'est pas retardé par les autres ;
  • l'élève travaille à son rythme ;
  • l'élève n'accumule pas d'échecs.

Inconvénients
  • L'élève doit lire beaucoup ;
  • cette formule est plus exigeante pour l'enseignant ;
  • cette formule est adaptée à des petits groupes, ce que les DEP permettent.

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Dernière heure de classe de la journée, Thomas Lemay travaille avec autant d'ardeur qu'à la première heure. Plus il se concentre dans son travail, plus il termine sa formation rapidement.
2. Dans l'atelier de mécanique, Yannick Fortin et Jean-François Poirier discutent avec leur professeur, Jean Lacasse. Ayant terminé en mai dernier leur deuxième année de formation, Yannick et Jean-François font partie de l'avant-dernier groupe de mécanique agricole dans une classe traditionnelle. Dès cet automne, les nouveaux élèves de mécanique sont transférés à la formation individualisée.
3. L'enseignant Jocelyn Chenel, spécialisé en production laitière, doit maîtriser tous les aspects des modules qu'il enseigne puisqu'un élève peut être au début de la formation, alors qu'un autre est au milieu ou à la toute fin.

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