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Transfert : pas d’impro
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de juillet/août 2008
Au moins cinq ans, beaucoup de patience et de communication sont les clés pour bien réussir un transfert.
par Sylvie Lévesque*, agronome, conseillère senior à la Banque Nationale du Canada
Il y a 40 ans, choisir un successeur
pour assurer la pérennité de la ferme
familiale était relativement facile.
D’abord, ça prenait un gars qui n’aimait pas
spécialement l’école. Puis, ce gars devait être
un vaillant qui aimait travailler à la sueur de
son front. Enfin, l’aîné était favorisé malgré
lui. Se fier à ces critères dans la réalité agricole
d’aujourd’hui serait absurde.
Le Québec a un caractère plutôt unique si on
se compare aux États-Unis ou aux autres provinces
canadiennes. Chez les Américains par
exemple, le transfert de ferme se fait de façon
habituelle lorsqu’il y a décès ou incapacité des
parents.
Au Québec, beaucoup de producteurs rêvent
d’une retraite à 55 ans. Cette volonté de transférer
le flambeau lorsque nos bras peuvent
encore le porter ajoute au défi. Laisser les guides
lorsqu’on sait ce qu’il y à faire et accepter
que ce soit fait autrement, ce n’est pas facile
pour l’ancien capitaine.
Il y a une dure réalité chez les entreprises
commerciales familiales : très peu franchiront
le cap des trois générations. Leur déchéance
sera souvent due à une mauvaise gestion ou
à des héritiers qui n’auront pas su évaluer les
conséquences de leurs actions. Avant de faire
un transfert, les gens du commercial vont évaluer
de façon sérieuse le potentiel de compétences
des futurs héritiers à diriger l’entreprise.
Dans certains cas, on ira même jusqu’à confier
la direction de l’entreprise à quelqu’un d’externe
à la famille.
Sommes-nous rendus là en agriculture ?
À mon avis, certaines entreprises devront le
faire afin d’assurer leur pérennité. Une évaluation
du leadership et des qualités de gestion
de la relève demeurent des conditions
d’admissibilité.
C’est un bien mauvais service à rendre à
son enfant que de lui confier un poste de capitaine
lorsqu’il a les attributs et la propension
à être un matelot. Une évaluation externe est
fortement conseillée. Ne vous fiez surtout pas
à votre évaluation personnelle, car plusieurs facteurs contribueront à brouiller les données,
par exemple :
1. Votre trop grande volonté à transférer la
ferme vous empêche de voir les problèmes
potentiels. Êtes-vous de ces parents qui veulent
plus que leurs enfants ?
2. Votre forte relation d’autorité envers vos
enfants vous empêche de voir en eux le
germe d’un leader d’entreprise. Les avezvous
gardés trop longtemps à l’écart des
décisions ?
3. Votre incapacité à vous adapter aux changements
ou à envisager le futur avec optimisme
vous empêche-t-elle de voir un de
vos descendants entreprendre la même
profession que vous ?
4. L’incompatibilité de caractère vous empêche-
t-elle d’y voir clair ? Deux leaders,
c’est souvent inaccordable, lorsqu’ils sont
confrontés quotidiennement.
Quel doit être le profil du futur successeur
de la ferme ? Celui-ci doit être un fin gestionnaire,
savoir gérer des millions et avoir le « pif »
pour les bonnes affaires. Or, ces qualités n’ont
plus de sexe...
Un transfert de ferme réussi, c’est presque
aussi merveilleux que la naissance d’un nouveau-
né. De la même façon, le transfert n’est
que la première étape d’une longue aventure.
Pour que l’épanouissement de l’entreprise, sa
survie et son autonomie soient assurés, on aura
pris soin de planifier le projet en le confiant à
des gens qualifiés. Les CRÉA (Centre régional
d’établissement en agriculture) et les institutions
financières ont le personnel compétent
pour encadrer de tels cheminements.
Au moins cinq ans, beaucoup de patience
et de communication sont les clés pour bien
réussir un transfert. Avant de faire votre semis
ce printemps, vous avez pris soin de consulter
des spécialistes, de niveler, de chauler, de fertiliser
vos terres. Vous avez choisi votre semence
avec le plus grand soin. Le transfert a beaucoup
de similitudes avec le semis, on ne peut espérer
une belle récolte si l’on improvise et précipite
les étapes.
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