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Robots sans limites
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de juillet/août 2008
Dans sa boule de cristal, le chercheur américain Tony Grift voit des robots qui fabriquent leur propre carburant, sarclent là où le Roundup est inefficace et détectent les phéromones des insectes nuisibles.
par André Dumont
La moissonneuse-batteuse du futur
ne sera rien de moins qu'un gigantesque
robot, capable de récolter en
autonomie complète, carburant à l'énergie
qu'elle tirera de la céréale récoltée. Les idées
futuristes de la sorte vous intriguent ? Faites
connaissance avec Tony Grift, le plus réputé
des chercheurs américains en robotique
agricole.
Vous l'avez peut-être aperçu avec le prototype
de désherbeur autonome AgTracker en
page couverture du magazine de John Deere, Le
Sillon, l'été dernier. Tony Grift est aussi l'un des
cerveaux derrière les robots miniatures AgBo et
AgAnt. Aujourd'hui, le chercheur de l'Université
de l'Illinois planche sur un robot désherbeur
à trois rangs, dont la principale tâche sera
de couper l'herbe sous le pied des idées reçues
en machinisme agricole.
Tony Grift voudrait déboulonner le mythe
qui veut que le désherbage mécanique ne
puisse être aussi efficace que l'épandage d'herbicides.
L'apparition de plantes envahissantes
résistantes au Roundup nous pousse inévitablement
dans cette direction, croit-il. « On
pourrait investir des millions pour développer un nouveau Roundup, mais la véritable solution
est le désherbage mécanique. »
Le robot sarcleur du Département de génie
agricole et biologique de l'Université de l'Illinois
atteindra la vitesse d'un mètre par seconde
(3,6 km/h). Il sera équipé de deux grandes herses
à l'avant pour sarcler entre les rangs et de
deux petites à l'arrière, qui s'inséreront à l'intérieur
des rangs. L'oeil du robot sera un ensemble
de quatre rayons lasers capables de reconnaître
la culture à protéger.
À partir de là, tout reste à inventer. Tony Grift
voit loin. Il voudrait que son robot apprenne à
identifier les espèces de mauvaises herbes.
Ainsi, il appliquerait une microdose d'herbicide
aux unes et un coup de herse à celles résistantes
au Roundup, comme le bident à calice
feuillé (ou water-hemp) que l'on retrouve aux
États-Unis.
À l'opposé de certains chercheurs, Tony
Grift ne croit pas que l'analyse d'images captées
par caméra soit la solution d'avenir pour
détecter les mauvaises herbes ou les insectes et
champignons destructeurs. En s'inspirant de la
médecine, on arrivera un jour à voir la circulation
des liquides à l'intérieur des plantes et à en tirer des conclusions sur leur santé, prédit-il. Et
puisque les nez artificiels existeront bientôt, on
pourra s'en servir pour détecter les phéromones,
comme le font les animaux.
Parmi ses idées plus terre-à-terre, le chercheur
de l'Université de l'Illinois propose
de semer non plus en rangs, mais selon un
patron carré ou hexagonal. Chaque plant se
trouve éloigné de ses voisins à distance égale
dans toutes les directions. Cette pratique est
déjà répandue en horticulture bio-intensive
et sa productivité est démontrée. D'après
Tony Grift, elle permet de doubler les rendements
de maïs.
L'autre grand avantage de tels patrons de
semis est la facilité de désherbage mécanique,
puisque sarcler entre deux plants d'un même
rang à vitesse raisonnable demeure un grand
défi. Sur une superficie ensemencée selon un
patron carré, un robot pourra désherber en
circulant aussi bien dans le sens de la longueur que de la largeur du champ, s'approchant du
plant sur quatre côtés.
Si l'on sème selon un patron hexagonal, on
peut alors sarcler dans trois directions et s'approcher
de chaque plant sur six côtés, fait valoir
Tony Grift. « J'en ai parlé chez un grand fabricant
d'équipements agricoles. On m'a répondu :
on appelle ça du jardinage ! » raconte-t-il pour
illustrer la résistance de l'industrie à des idées
qui remettent en question des façons de faire
plus que centenaires.
À ce jour, Tony Grift a surtout conçu de petits
robots, pour démontrer divers modes d'autoguidage,
de vision artificielle et de traction. Le plus étonnant est sans contredit
l'AgAnt, qui imite la démarche
d'une fourmi. « Pour attirer l'attention,
nous devons proposer
quelque chose de différent des
John Deere de ce monde, qui
fabriquent des équipements
toujours de plus en plus gros »,
dit l'inventeur.
Ces robots de petite taille
devront nécessairement grandir
si on veut leur affecter des
tâches concrètes, reconnaît Tony
Grift. Pour semer ou arroser, ils
doivent porter un réservoir. Et
désherber un rang à la fois ne
serait pas très efficace. Quant
à la récolte, il faut bien être en
mesure de manipuler plusieurs
tonnes à la fois.
Ces robots devront aussi
transporter leur carburant,
à moins qu'ils ne le produisent
! Selon Tony Grift, cette
option serait tout à fait plausible,
notamment en récoltant le miscanthus géant (ou herbe
à éléphant), une graminée
asiatique hybride à haut rendement
énergétique et facile
à préparer à la combustion.
Si la technologie continue
d'évoluer au même rythme
qu'actuellement, on verra
sûrement un jour des moissonneuses-
batteuses carburer
aux résidus de plants de
maïs, ou encore à la paille de
blé !
Encadré : Station-service robotisée
Si un robot peut effectuer une tâche
aussi complexe que traire une vache,
il pourrait bien faire le plein d'un véhicule.
Voilà ce que s'est dit le Hollandais
Nico van Staveren en visitant une
ferme laitière.
Lui-même propriétaire d'une stationservice,
Nico van Staveren a mis au
point le TankPitstop, un bras robotisé
capable de reconnaître le modèle de
votre voiture et de remplir son réservoir
d'essence tout en douceur, sans
qu'une goutte ne tombe par terre.
Le TankPitstop ouvre la petite porte
du réservoir à l'aide d'une ventouse,
puis dévisse le bouchon. Il se retourne
ensuite pour cueillir la buse de la
pompe à essence et l'insérer dans le
goulot.
« Les conducteurs n'ont plus à se
salir les mains ou à sentir l'essence »,
dit Nico van Staveren. Son TankPitstop
reconnaît 80 % des modèles de
voitures vendues aux Pays-Bas, mais
ne fonctionne qu'avec celles dont le
réservoir ne peut être verrouillé à clef.
Le TankPitstop est déjà à l'essai
dans une poignée de stations-service
néerlandaises. L'entreprise Rotec Engineering
souhaite le déployer à plus
grande échelle au cours de l'été. Aux
stations « libre-service » et « avec service
» s'ajouteront les stations « service
robotisé » !
Regardez le TankPitstop à l'oeuvre
sur www.tankpitstop.com.
Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Tony Grift planche
actuellement sur
un robot désherbeur
à trois
rangs, capable
de s'attaquer aux
mauvaises herbes
à l'intérieur d'un
rang.
2. Avant de se retrouver à
l'Université de l'Illinois,
Tony Grift a été chercheur
à l'Université de
Wageningen, aux Pays-
Bas, un des hauts lieux
de robotique agricole
en Europe.
3. Le robot AgAnt se veut
un concept provocateur
: quand il découvre
de la nourriture (des
mauvaises herbes), il
lance un appel à ses
semblables, qui accourent
l'éradiquer comme
des fourmis affamées.
4. AgBo a été
conçu par l'étudiant
japonais
Yoshi Nagasaka
(à droite). Ce
robot pivote sur
lui-même et se
guide grâce à
un scanneur
au laser.
5. AgTracker est l'invention
de l'étudiant allemand
Matthias Kasten. Ce
robot peut communiquer
avec d'autres robots pour
une action concertée.
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