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La chine : menace ou opportunité ?
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs d'octobre 2008
Beaucoup pensent que la Chine supplantera les États-Unis au rang de première économie mondiale dans les 15 à 20 prochaines années.
par Simon M. Guertin, ingénieur et agronome
L’Industrial & Commercial Bank of
China Ltd (ICBC) a annoncé des
bénéfices semestriels de 64 milliards
de yuans (9,4 milliards de dollars américains).
Elle se hisse ainsi au premier rang mondial des
banques pour sa rentabilité et sa capitalisation
boursière. Sur le plan mondial, elle a dépassé sa
rivale, la banque britannique HSBC, qui affiche
des bénéfices de 7,72 milliards de dollars américains.
L’ICBC compte une clientèle de 170
millions de particuliers. Elle est le plus grand
distributeur de contrats d’assurances, de fonds
communs de placement et de financement par
leasing (financement par location) en Chine.
En raison de la croissance de la population
et des revenus, de la globalisation et de la libéralisation
des échanges, la pression sur le prix
des matières premières incluant le pétrole, les
métaux et les produits agricoles va continuer
de s’accentuer. La demande des grains pour
nourrir le monde et les animaux, produire de la
fibre et des biocarburants est dans une lancée
partout sur la planète.
Dans un rapport publié cette année, la Rabobank,
une institution financière hollandaise
spécialisée en agriculture, prévoit de grands
développements en agriculture, principalement
en Europe de l’Est, en Amérique du Sud
et dans le Sud-Est asiatique.
Même si on entend parler tous les jours
d’une récession dans divers secteurs de l’économie,
la Rabobank voit la vie tout autrement
en agriculture et en agroalimentaire. Les filières
qui profiteront le plus de cette croissance
sont la transformation alimentaire, les biocarburants
et les denrées en général, mais aussi
les secteurs des protéines d’origine animale
incluant les produits laitiers. En dépit de l’intolérance
des Asiatiques au lactose, la Rabobank anticipe une forte croissance de la consommation
des fromages et des yogourts qui en
contiennent très peu.
Le rapport ajoute que l’équilibre mondial de
l’offre et de la demande est plutôt précaire en
raison des conditions climatiques variables un
peu partout sur la planète et de la croissance
de la richesse. Plus important encore, l’exode
des campagnes de 50 000 personnes par jour
en Chine et en Inde pendant les dix prochaines
années mettra une pression énorme sur
la demande en nourriture, en métaux et en
pétrole. En conséquence, la Rabobank prévoit
un phénomène de rareté des sols, de l’eau, de
la main-d’oeuvre et des intrants en agriculture
comme les engrais et la machinerie.
Si, au tournant du millénaire, il y avait deux
milliards de personnes vivant à la ville, ce
nombre doublera d’ici 2030, enfouissant sous
le béton une surface énorme de bonnes terres
arables, ajoute le rapport. L’agriculture et
l’agroalimentaire seront appelés à se mesurer
à des défis qui n’ont aucune comparaison avec
ce que nous avons connu jusqu’à aujourd’hui.
Déjà, le mois dernier, le Service des affaires
étrangères en agriculture aux États-Unis
annonçait que la Chine devenait de plus en
plus dépendante de l’étranger pour ses approvisionnements
en oléoprotéagineux et en
huiles végétales. La production locale recule
en raison du manque de sol et la demande
a crû de 25 % depuis l’année de production
2004/05. L’importation comptera pour 60 % de
la consommation cette année.
Le rapport de la Rabobank conclut que
l’agriculture, loin d’être un parent pauvre, est
de plus en plus considérée comme un secteur
pour faire de bonnes affaires. Ça commence à
paraître dans le prix des intrants !
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