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Marqueurs à vendre
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs d'octobre 2008

Avec l’autoguidage, les Deblonde ont rangé les marqueurs pour de bon.
par Nancy Malenfant

Joseph et Michel Deblonde ne lésinent pas sur la précision. Autoguidage, capteur de rendement, application à taux variable. Nommez une technologie, ils l’ont probablement déjà essayée. Est-ce une question de rentabilité ou de fierté ? « C’est avant tout une question pratique », disent ces producteurs de La Présentation.

Les deux frères sont des partisans inconditionnels de la conduite automatisée, technologie qu’ils ont adoptée voilà cinq ans. « Quand il y a un problème avec le système de guidage, nous préférons arrêter et prendre le temps qu’il faut pour le régler plutôt que de continuer à l’oeil », avoue Joseph Deblonde.

Avec le signal de correction différentielle RTK qui leur donne une précision de plus ou moins deux centimètres passage après passage, les Deblonde peuvent quitter le champ et revenir exactement au même endroit, que ce soit une heure ou un mois plus tard.

Mais il y a plus impressionnant. Au semis, ils peuvent repartir de l’extrémité du champ et arriver à rejoindre le bout de rangs déjà semés en plein milieu de la parcelle sans que rien n’y paraisse après la levée. Et tout ceci, sans l’aide de marqueurs. « Ils sont à vendre, annonce Joseph. On les a enlevés cette année. On ne s’en sert plus. »

Plus de temps, moins d’intrants
Un tracteur qui se conduit tout seul, ça facilite la vie et ça diminue le stress. « Nous pouvons surveiller plus attentivement ce qui se passe derrière avec les équipements, explique Michel Deblonde. Nous pouvons aussi faire autre chose en même temps que le tracteur avance. » Que ce soit pour effectuer quelques calculs ou lire un document, le temps économisé est mis à profit.

Bien que la technologie GPS leur permettrait de prolonger le travail bien au-delà des heures de clarté, les frères Deblonde préfèrent plutôt passer ce temps en famille et améliorer leur qualité de vie.

Avec 580 hectares, dont 75 % sont cultivés en maïs et le reste en soya, les deux producteurs de grandes cultures évaluent qu’ils se trouvent à la limite de la superficie minimale pour que l’autoguidage soit rentable. En effet, on a intérêt à faire bon usage d’un système qui coûte entre 20 000 et 25 000 $, plus les frais annuels d’accès au réseau RTK de 1200 $.

Or, pour la moitié de ce prix, on peut acquérir un système de base SF1 avec une précision moindre (plus ou moins 30 cm) et un signal gratuit.

Le gain économique se fait dans les intrants. En éliminant les recouvrements d’un passage à l’autre, on épargne carburant, pesticides, engrais et semences. Dans le cas de la Ferme Deblonde, la diminution des recouvrements est surtout notable lors du travail avec le vibroculteur. « Avant, nous recoupions sur au moins 1,2 m par rapport à la largeur du vibro de 15 m », estime Michel Deblonde.

Précision variable pour travaux variés
L’entreprise dispose de deux tracteurs équipés d’un système intégré de conduite automatisée. Pour un de ceux-ci, les Deblonde utilisent le signal SF1 qui donne une précision passage après passage de 30 cm. Ils s’en servent pour les travaux qui exigent une moins grande précision, soit le travail de sol au printemps et à l’automne et les applications de fumier.

Pour le second tracteur, ils ont choisi le positionnement RTK. « Ceux qui se dotent de l’autoguidage devraient tout de suite commencer avec le degré de précision RTK pour en profiter pleinement », pense Joseph Deblonde. Avant la saison 2008, la Ferme Deblonde louait un signal SF2. Celui-ci offre une précision un peu moindre que le RTK, soit 10 cm au lieu de 2. Les producteurs devaient donc laisser une trace avec le marqueur pour indiquer l’endroit à retrouver avant d’aller remplir le semoir. Sinon, ils risquaient de décaler d’un rang au retour.

Les Deblonde privilégient la correction RTK lors du semis, de l’application d’engrais et des pulvérisations. Elle s’avère particulièrement commode pour la deuxième application de glyphosate. Pour venir à bout des vivaces comme la prêle et le laiteron, les producteurs pulvérisent les mauvaises herbes à l’aide de jets dirigés à un stade avancé du maïs. Même si les hybrides utilisés sont tolérants à l’herbicide, on veut éviter de leur causer un stress, d’où la pertinence de bien cibler l’application.

En 2010, les producteurs souhaitent aller plus loin avec la technologie de guidage de dernière génération qui automatise toutes les manoeuvres en bout de champ. En arrivant au bout de la parcelle, le tracteur réduit sa vitesse et les équipements se soulèvent ou s’interrompent d’eux-mêmes. Le tracteur se positionne lui-même parfaitement pour le prochain passage. Les travaux sont réalisés les mains entièrement libres.

Aide à la décision
Joseph et Michel Deblonde furent parmi les premiers producteurs québécois à se doter d’un capteur de rendement en 1997. Ils se servent des données récoltées pour effectuer des comparaisons d’hybrides.

Pas besoin de délimiter de parcelles grâce au GPS. « Nous faisons des essais grandeur nature », dit Michel Deblonde. Lors du semis, on entre dans le système la localisation de chaque variété au fur et à mesure des opérations. Une fois venu le temps de la récolte, le rendement est automatiquement compilé. « Lorsque les vendeurs de semences arrivent, nous avons en main nos cartes de rendement pour prendre nos décisions », ajoute le producteur.

Outre les essais d’hybrides, le capteur de rendement permet de visualiser l’impact de différentes pratiques de régie. Par exemple, les Deblonde évaluent en 2008 l’effet d’une application aérienne de fongicide Headline sur le rendement du maïs. Deux champs ont été divisés en deux aux fins de la comparaison, la moitié sera arrosée et l’autre non.

Le semis direct a aussi été expérimenté l’an dernier dans un champ de soya sur retour de maïs. Le résultat a plutôt été décevant avec des pertes de rendement d’une tonne à l’hectare par rapport au soya cultivé avec travail de sol.

Les Deblonde comptent faire des essais de travail de sol en bandes cet automne. Le GPS leur facilitera grandement la vie quand viendra le temps d’aller ressemer dans ces bandes après deux passages de vibroculteur au printemps suivant.

Les cobayes
Michel Deblonde croit que l’agriculture de précision peut ne pas convenir à n’importe qui. « Il faut aimer les ordinateurs », dit-il. Son frère et lui ont dû s’armer de beaucoup de patience dans leur course à la précision puisqu’ils ont souvent été les premiers à mettre des technologies à l’épreuve. Notamment, à leurs débuts avec l’autoguidage, ils ont dû composer sans dispositif de correction pour les irrégularités et des dénivellations du terrain, ce qui rendait le système imprécis.

Leurs nombreuses expériences en tant que cobayes les rendent plus prudents que la majorité face à la ruée vers le semis direct. Cette fois-ci, ils préfèrent regarder aller les autres avant de se lancer à plus grande échelle.

Encadré : On gagne 17 % du temps
Une équipe de l’Université Purdue en Indiana a comparé le temps requis pour cultiver 730 ha (la moitié en maïs, l’autre en soya) avec des équipements 12 rangs sans GPS, avec le guidage manuel (lightbar) ou l’autoguidage. Ils ont conclu qu’il faut 496 heures excluant la récolte si on cultive sans GPS. En utilisant le guidage manuel, on gagne 11 % du temps avec 439 heures de travail. Avec l’autoguidage, on coupe la durée d’un autre 6 % pour arriver à 411 heures. Chez les Deblonde, on investit les heures gagnées entre autres dans la qualité des travaux. « Cette année, avec le signal RTK, on s’est permis de semer moins vite, à 9 km/h au lieu de 11 km/h, pour obtenir un semis plus régulier », dit Joseph Deblonde.

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Joseph Deblonde ne se cache pas pour dire qu’il est devenu dépendant de l’autoguidage.
2. Michel et Joseph Deblonde sont outillés pour la précision. Quand on prend les grands moyens pour être précis, il n’est pas étonnant d’avoir des champs impeccables.
3. Un contrôle dirige l’ouverture des différentes sections de la rampe indépendamment les unes des autres afin d’éviter les recouvrements.
4. Il est possible de faire varier le taux de semis directement de la cabine. Celui-ci s’ajuste avec le positionnement GPS et non avec la vitesse d’avancement. « Il n’y a aucun calibrage du semoir à faire et malgré tout, nous sommes certains d’être précis », affirme Michel Deblonde.
5. Un système des frères Deblonde contrôle automatiquement l’arrêt et l’ouverture du planteur pour éviter les damiers comme ceux-ci en bout de champ. Lorsqu’on passe à un endroit déjà ensemencé, le semoir s’arrête automatiquement.

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