Du blé dans mon soya

Blé semé à la volée le 18 septembre 2011. PHOTO : André Dumont

Semer du blé d’automne dans un champ de soya qui n’a pas encore été récolté. Une idée folle? Peut-être pas, si l’on se fie à l’apparence des champs de blé chez Raymond Durivage.

Sur ses terres de Saint-Édouard, en Montérégie, Raymond Durivage avait l’habitude d’inclure du blé de printemps dans ses rotations. À la suite d’un voyage en Europe, le voici convaincu d’opter plutôt pour le blé d’automne, qui donne généralement de 30 à 40 % plus de rendement.

Avec deux autres producteurs de sa région et l’appui de l’agronome Carl Bérubé, du club Agri-Action de la Montérégie, des essais à grande échelle sont lancés l’automne dernier : blé en semis direct au lendemain de la récolte de soya et blé semé à la volée trois à quatre semaines avant la récolte de soya.

Voilà que ce blé pourrait être récolté aussi tôt que le 15 juillet. Les rendements s’annoncent excellents, voire renversants. « Il reste à voir comment ça va se passer avec la batteuse et quelle qualité de grain nous obtiendrons », a confié Raymond Durivage.

Ces pratiques ont déjà été mises à l’essai en Ontario. Les résultats seraient variables d’année en année, de sorte qu’on en demeure au stade expérimental.

Dans un champ ensemencé le 12 octobre (variété Benefit), avec un semoir à semis direct John Deere 750, on compte de 525 à 600 épis par mètre carré, alors qu’on en compterait habituellement autour de 450.

Dans un champ semé à la volée le 18 septembre (variété Zoro), de trois à quatre semaines avant que le soya ne soit récolté, on compte 800 épis au mètre carré. Les semis ont été réalisés avec un épandeur Kverneland Exacta TL, sur une largeur de 90 pieds à la fois.

Le producteur Raymond Durivage

Lors de la récolte de soya, le blé avait germé et formait un tapis vert. Puisque la semence est tombée en surface du sol, cela a favorisé le tallage, ce qui est souhaitable dans le blé d’automne. Cela expliquerait le grand nombre d’épis. En examinant le champ, on constate que le blé pousse partout, sans former de rang.

En semant plus tôt, l’objectif est d’obtenir une meilleure implantation, affirme Raymond Durivage, reconnaissant du même souffle que plusieurs producteurs semblent obtenir une bonne survie hivernale même quand leur blé sort à peine de terre quand arrive l’hiver.

Selon Élisabeth Vachon, agronome chez les Moulins de Soulanges, le principal critère de succès dans le blé d’automne est l’utilisation de champs avec un bon égouttement de surface. Malheureusement, plusieurs producteurs sèment leur blé dans leurs moins bons champs.

Deux récoltes par année
Deux moissonneuses-batteuses sont en préparation pour récolter les 110 hectares de blé chez Raymond Durivage. Notre producteur, qui en n’est pas à ses premiers essais audacieux, a l’intention de profiter de cette récolte hâtive pour semer du sarrasin par la suite. Avec un peu de chance, le sarrasin arrivera à maturité et on aura tiré deux récoltes du même champ dans une année! Sinon, il aura servi d’engrais vert.

PHOTO : André dumont



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