Engrais : ça joue dur

La semaine dernière, deux des principales entreprises spécialisées dans la potasse dans le monde ont annoncé une réduction de leur production, face à une demande qui serait moins vigoureuse que prévue. Pendant ce temps, les agriculteurs américains retardent leurs achats, dans l’espoir que les prix baissent.

Mercredi dernier, l’entreprise canadienne PotashCorp a avisé les employés de ses mines de Rocanville et de Lanigan, en Saskatchewan, de la fermeture temporaire de ces deux sites jusqu’au 31 mars 2012. Le géant de la potasse affirme que ce geste est « en conformité avec la politique de PotashCorp d’ajuster l’approvisionnement en fonction de la demande du marché ».

Au dernier trimestre de 2011, PotashCorp a enregistré un recul de ses ventes de 15 %, à 1,1 million de tonne, un niveau aussi bas qu’en 2008.

Mercredi dernier aussi, le directeur financier de Mosaic Co., basée au Minnesota, s’adressait aux investisseurs pour annoncer qu’elle sabrait de 20 % dans sa production de potasse de février à mai. Selon Larry Stranghoener, la demande pour la potasse sera légèrement inférieure cette année qu’en 2012.

Cette lecture du marché contraste avec celle que Mosaic présentait le 3 février, alors que son président et chef de la direction, Jim Prokopanko, déclarait s’attendre pour 2012 à des applications de potasse plus élevées que la moyenne en Amérique du Nord et à des exportations mondiales plus élevées que jamais.

Aux États-Unis, des milliers de producteurs retardent leurs achats d’azote pour la prochaine saison, face à des prix qu’ils trouvent ridiculement élevés. Ces prix sont assis sur des prévisions d’ensemencement record de maïs en 2012. Toutefois, ils ne reflètent pas le fait que le prix du gaz naturel nécessaire à la transformation de la potasse est à son plus bas en 10 ans.

Comme le rapporte l’agence Reuters, ce boycott des achats d’engrais serait le reflet d’un nouveau pouvoir que tentent d’exercer les producteurs américains. Les revenus à la ferme ont augmenté de 27,5 % l’an dernier, plusieurs ont de l’argent plein les poches et comptent s’en servir pour mieux gérer leurs ventes de grain (en entreposant à la ferme) ou leurs achats d’engrais.

Ce boycott pourrait cependant se retourner contre les producteurs. S’ils retardent encore leurs achats, ils pourraient être confrontés à une pénurie ou à des prix encore plus élevés. Les distributeurs stockent beaucoup moins d’engrais qu’avant la crise de 2008-2009. Ils s’étaient alors retrouvés avec de l’engrais acheté à prix élevé à revendre aux producteurs à un moment où les prix mondiaux venaient de chuter.

 



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