Le Canada doit se prononcer contre les technologies Terminator

Ottawa (Ontario), 16 mars 2006 – On la surnomme la bataille du Brésil. Une réunion cruciale de la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique (CDB) se tiendra du 13 au 31 mars à Curitiba au Brésil. La réunion déterminera le sort d’un moratoire de fait en vigueur depuis six ans sur les technologies « Terminator ». L’enjeu est immense : d’un côté, les énormes profits à gagner d’une poignée de multinationales et de l’autre, le sort deplus de 1,4 milliard de personnes qui dépendent de semences recueillieslocalement pour leur sécurité alimentaire.

La technologie Terminator, aussi nommée Technologie de restriction del’utilisation des ressources génétiques (TRURG ou GURTs en anglais), est unprocédé de manipulation génétique produisant des plantes dont les semencessont stériles. Des milliers d’agricultrices et agriculteurs et de groupes de la société civile se rassemblent présentement au Brésil pour exiger que cette technologie soit interdite une fois pour toute.

« La technologie Terminator changerait le visage de l’agriculture commenous le connaissons » explique André D. Beaudoin, directeur général chezl’Union des producteurs agricoles – Développement international (UPA DI). « Desmilliers d’agricultrices et agriculteurs au Québec dépendent de lapréservation des semences en vue de les replanter. Cette technologie lesforcerait à acheter leurs semences d’une année à l’autre. » Selon M. Beaudoin,un plus grand contrôle des semences par les grandes compagnies augmenteraitassurément le prix des semences, et ce, au dépend des gens du milieu agricoledéjà en situation de crise.

Pour les agriculteurs et paysans des pays du Sud, l’impact des semencesTerminator serait catastrophique. En empêchant des paysans de conserver leurssemences en vue de les replanter, la sécurité alimentaire de millions d’entreeux serait compromise. « C’est une question de vie ou de mort pour lesagricultrices et les agriculteurs du Sud » déclare Eric Chaurette d’InterPares, une organisation canadienne de solidarité internationale. « Ces semencesne sont pas seulement des semences suicide mais bel et bien des semenceshomicide ».

Une poignée de grandes firmes semencières ont lancé une campagne derelations publiques présentant la technologie Terminator comme une solution àla pollution génétique. « C’est totalement faux » explique Eric Darier,responsable de la campagne de Greenpeace contre les OGM . « La mutationgénétique et le phénomène de gènes silencieux font en sorte que les semencesTerminator ne seront jamais efficaces à 100%. L’objectif réel du développementdes semences Terminator est d’imposer le contrôle du vivant par les grandesmultinationales. Le meilleur moyen d’assurer la biosécurité est de ne pasdisséminer d’OGM dans l’environnement, plutôt que mettre sur le marché dessemences dites ‘stériles’ »

Des centaines de groupes ont endossé la Campagne pour interdireTerminator et exigent que le Canada prenne position sur cet enjeu. « Un grandnombre de Canadiens et de Canadiennes sont inquiets face à cette technologie.Même certaines des plus grandes compagnies semencières se sont déclaréescontre Terminator; des paysannes et paysans du monde entier la déplore et desgouvernements de par le monde promulguent des lois contre cette technologie »explique M. Chaurette. « Pourquoi le gouvernement canadien veut-il absolumentdes semences suicide ? Il faut se demander qui tire les ficelles dans cetteaffaire. »

Depuis 2005, les délégations canadiennes aux réunions de la CDB oeuvrentpour torpiller le moratoire de fait contre la technologie Terminator. Selon M.Chaurette, la nouvelle stratégie de la délégation canadienne est de modifierla Convention sur la diversité biologique pour permettre une évaluation desrisques de cette technologie cas par cas. « Une approche cas par cas ouvriragrande la porte aux technologies Terminator. »

Le ministère de l’environnement du Canada dirigera la délégationcanadienne qui se rendra sous peu au Brésil et tous les regards sont rivés surla nouvelle Ministre de l’environnement, Rona Ambrose. Comme l’explique M.Beaudoin, « Les agricultrices et agriculteurs du monde entier surveillent cesnégociations de près. Nous comptons sur la délégation du Canada pour défendreles intérêts des artisans de l’agriculture et non pas ceux d’une poignée demultinationales. »

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Greenpeace Canada
http://www.greenpeacecanada.org/

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/


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