Le choix des plantes abris: attention à l’équilibre

Depuis quelque temps, les producteurs laitiers se voient offrir une variété de plantes annuelles pour accompagner leurs semis fourragers. Céréales, céréales-pois, raygrass italien, raygrass vivace, festulolium, herbe soudan, sorgho soudan, sorgho soudan BMR, trèfle d’Alexandrie, et quoi encore. Face à ces nombreuses propositions, comment s’orienter? D’entrée de jeux, mettons de côté les stratégies de plante-abri destinées au battage des grains (orge, avoine, etc.) et concentrons-nous sur les plantes de compagnonnage à être récoltées en ensilage.

Du côté végétal, les principaux avantages du compagnonnage consistent à faire augmenter les rendements fourragers l’année de l’implantation, sans nuire à la productivité des années subséquentes. De plus, leur rapidité de levée permet d’accroître la compétition envers les mauvaises herbes. Mais doit-on retenir ces deux seuls critères pour justifier notre choix ?

Sûrement pas. Il ne faut pas perdre de vue qu’une prairie sert d’abord à nourrir des vaches laitières et que celles-ci requièrent des besoins très particuliers. Chez la vache laitière, l’aliment fourrager idéal comporte un bon équilibre graminée : légumineuse, ce qui favorise la santé de la microflore ruminale et l’absorption alimentaire. Ainsi, un ensilage comportant une combinaison de légumineuses et de graminées permet un meilleur équilibre protéine-énergie dans le rumen. Encore aujourd’hui, nous associons trop souvent la qualité d’un fourrage à sa teneur élevée en protéine. De la protéine, c’est bien, mais trop ça peut compliquer les choses pour les vaches et donner des maux de tête aux nutritionnistes.

Revenons à nos stratégies de compagnonnage. Force est de constater qu’à l’établissement, les légumineuses comme la luzerne et les trèfles s’implantent beaucoup plus rapidement que les graminées pérennes, ce qui provoque souvent un débalancement du mélange au cours des deux premières coupes, l’année de l’établissement. Voilà un facteur clé à considérer dans le choix des plantes de compagnonnage. Par exemple, si nous associons le trèfle d’Alexandrie au semis de luzerne, nous accroissons encore davantage la présence de légumineuses et accentuons le déséquilibre alimentaire énergie-protéine. Si, par contre, notre objectif est d’établir des prairies de graminées devant servir à nourrir les vaches taries, le trèfle d’Alexandrie représente un bon choix. En plus d’apporter de la protéine au mélange fourrager, ce dernier fournit de l’azote aux graminées.

L’autre facteur à ne pas négliger est celui de la fermentation des ensilages. Là encore, la présence de graminées s’avère très positive. Leur contenu élevé en sucres est très bénéfique pour la fermentation des ensilages laquelle est, en passant, primordiale pour la qualité fourragère.

En résumé, au moment de choisir ses plantes de compagnonnage, le producteur doit premièrement tenir compte des besoins alimentaires de ses vaches en lactation. La qualité fourragère, ça ne se constate pas qu’au silo mais ça se planifie d’abord au champ.

Compagnonnage d’herbe soudan
(Bon équilibre graminée-légumineuses)
Source: Guy Forand

Compagnonnage de raygrass italien
(Bon équilibre graminée-légumineuses)
Source: Guy Forand

Compagnonnage de trèfle d’Alexandrie
(Surplus de légumineuses et absence de graminées)
Source: Guy Forand

*Texte réalisé en collaboration avec le Conseil québécois des plantes fourragères. Les propos exprimés dans le texte relèvent toutefois de l’auteur et n’engagent pas le CQPF.




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