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Pour l'amour des oiseaux
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de mi-mars 2000

L'an dernier, Les élevages Carfio ont produit 14 000 oies, canards, cailles, faisans, pintades, perdrix. Amenez-en, des oiseaux !
par Philippe Gauthier, journaliste.

Elle a le sens des affaires, du caractère, de l'entregent et un solide talent en vente. Il est timide, mais du genre visionnaire, débrouillard et patient. Tous les deux croient passionnément à ce qu'ils font.

Elle, c'est Carmen Ferland. Lui, c'est Fiori Zollo. Ils se sont unis pour le meilleur et pour le pire il y a plus de 20 ans et se sont associés pour exploiter un élevage d'oiseaux il y a 4 ans. Des oies, des canards, des cailles, des faisans, des pintades, des perdrix, des colins, des dindons sauvages, amenez-en ! Ils en mangent. Dans tous les sens du terme.

La ferme, Les élevages Carfio (contraction de leurs prénoms), n'occupe que cinq hectares à Mercier, près de Châteauguay. Mais qu'importe : les Ferland-Zollo y élèvent chaque année plusieurs milliers de volailles exotiques qu'ils vendent à des restaurateurs et à une clientèle de passage.

À la fin des années 1970, le couple habite Châteauguay. Elle est commerçante, il travaille dans la construction où il se plaît peu. C'est aussi un grand chasseur de gibier à plumes, une activité qu'il délaisse au profit de l'observation des oiseaux. Un jour, il construit un abri et y installe des cailles. Puis, il remplit le garage de faisans. En pleine banlieue !

Forcé de s'exiler avec ses oiseaux, M. Zollo loue une petite ferme à Sainte-Martine. Il y élève un millier d'oiseaux de toutes les races, pour le plaisir, puis déménage sur le site actuel de Mercier en 1983 et commence à vendre sa production aux abattoirs.

Pendant des années, la ferme fait à peine ses frais. Fiori Zollo cherche la qualité ultime et élève ses volailles en plein air. Les abattoirs ne sont pas prêts à payer pour obtenir ce genre de perfection. En 1996, Carmen Ferland décide de s'occuper de la ferme et d'en faire quelque chose. " Mon mari n'est vraiment pas un administrateur, confie-t-elle. Il ne sait même pas comment préparer un chèque. "

La tâche qu'elle s'assigne : s'occuper elle-même de la distribution. L'idée, c'est de profiter de l'agrotourisme pour vendre à une clientèle de passage. Jusque-là, ce type de ventes est resté marginal.

En bonne vendeuse, elle sollicite restaurants et boucheries. Elle fréquente les fêtes gourmandes et divers salons agroalimentaires. L'été dernier, elle va même jusqu'à organiser un mini-festival sur la ferme, avec d'autres producteurs régionaux : elle attire 2838 visiteurs inscrits, peut-être 3500 en tout.

Quant aux relations avec les abattoirs, elles changent du tout au tout : Carmen Ferland paie pour le service, mais se fait livrer toutes les carcasses (emballées selon ses spécifications) à la ferme. L'industrie rechigne, mais finit par accepter ces conditions un peu spéciales. La ferme aura produit près de 14 000 oiseaux en 1999.

Maintenant, la clientèle de passage ne manque pas. Il faut voir Carmen Ferland s'en occuper. Elle passe beaucoup de temps avec chaque client, faisant découvrir ses produits (coupes spéciales, pâtés, foie gras, etc.), montrant les photos de ses activités de promotion, donnant des conseils de cuisson et sortant des fiches-recettes... Impossible de sortir de la boutique sans avoir les bras chargés de viande !

Maniaque de la qualité Et son mari, dans tout cela ? Il s'occupe des oiseaux, selon ses normes à lui. Des normes qui paraissent un peu maniaques, dans un monde où le rendement prime habituellement sur tout, mais qui lui font plaisir et plaisent à la clientèle.

À peu près tous les oiseaux vivent dans des volières extérieures, même en plein hiver. De fait, la majeure partie de la ferme est couverte d'enclos grillagés sur les côtés et souvent même sur le dessus. La plupart sont reliés par un ingénieux réseau de couloirs en broche.

L'été, Fiori Zollo sème du maïs, du trèfle, du tournesol et du millet dans les enclos inoccupés. Lorsque la récolte parvient à maturité, il envoie ses oiseaux s'y nourrir. Pourquoi ? " Parce que c'est beau, et que les oiseaux sont bien ", explique-t-il. L'essentiel de l'alimentation, bien entendu, est constitué d'une moulée spéciale, dont l'éleveur a lui-même imaginé la recette.

L'élevage à l'extérieur a ses avantages et ses inconvénients. Les volailles exotiques sont très vulnérables aux épidémies quand elles sont à l'intérieur, mais le grand air semble réduire les pertes. Par contre, les humains ne sont pas les seuls à aimer le canard : les renards et les mouffettes se servent parfois aussi. On limite le problème en fixant le grillage à une bonne profondeur. On fait aussi uriner le chien sur les poteaux : l'odeur éloigne les bêtes.

Les agronomes demandent parfois des conseils au couple sur le gibier à plumes, mais ont du mal à en offrir. Fiori Zollo a donc dû développer lui-même ses techniques d'élevage. Dans ce cas, le sens de l'observation s'avère payant. Comment savoir, par exemple, que les colins de Virginie (une espèce de perdrix très appréciée) forment des couples permanents et qu'ils ne se reproduisent pas sans leur partenaire ?

Quels sont les projets de la ferme ? Le couple rêve d'ouvrir une boutique et de faire un peu de transformation à Châteauguay. Fiori serait un cuisinier hors pair, et ses créations (sauces, pâtés et plats de volaille) auraient un bon potentiel commercial. Les seuls qui risquent de perdre des plumes dans le projet, ce sont les oiseaux !

Légendes des photos
Photo 1 : Les oiseaux vivent dans des volières extérieures, même en plein hiver. Ici, les dindons sauvages.
Photo 2 : Les Ferland-Zollo élèvent chaque année plusieurs milliers de volailles exotiques qu'ils vendent à des restaurateurs et à une clientèle de passage.
Photo 3 : Des bartavelles, espèce de perdrix rouges des montagnes
Photo 4 : Carmen Ferland gère elle-même la distribution et passe beaucoup de temps avec chaque client.
Photo 5 : Fiori Zollo s'occupe des oiseaux, selon ses normes à lui...

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