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Sylvie Denicourt et Marc-André St-Jacques

La cidrerie Coteau Saint-Jacques : une affaire de pommes et de coeur !
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de juin 2000

Début des années 1980. Sylvie Denicourt et Marc-André St-Jacques entament la vingtaine. Idéalistes, mordus de grand air et fonceurs, ils achètent un petit verger abandonné sur le flanc du mont Yamaska, à Saint-Paul-d'Abbotsford. Le couple se lance tête première dans une aventure palpitante : la cidriculture. Rencontre avec deux passionnés.
par Sophie Allard, journaliste

Marc-André Saint-Jacques« On savait depuis le début qu'on voulait être cidriculteurs. Mais ça ne s'est pas fait en criant ciseau ! On a commencé en empruntant la presse du voisin et on faisait toutes sortes d'activités pour rentabiliser l'entreprise », rappelle Marc-André Saint-Jacques. Après avoir défriché et investi temps et argent dans la plantation, les propriétaires ont vendu leurs pommes sur le marché de détail. Les revenus allaient essentiellement à l'achat de l'équipement de la future cidrerie. Puis, ils ont décidé de vendre leurs pommes chez eux, dans leur verger.

« À Saint-Paul-d'Abbotsford, nous sommes les premiers à avoir proposé l'autocueillette, dit Sylvie Denicourt. Au début, les gens étaient réticents. Ils nous disaient que les commerçants ne voudraient plus de nos pommes et que les visiteurs allaient abîmer nos pommiers. Mais, ça a vraiment bien fonctionné, et nous avons du plaisir à le faire. Les gens viennent d'année en année et deviennent des amis. »

En 1992, la petite cidrerie vient - enfin ! - s'ajouter au paysage du grand rang Saint-Charles, et les gens du coin sont invités à déguster les premières recettes. « Au début, il était très gênant de faire goûter notre cidre, avoue Mme Denicourt. Nous avions travaillé fort, et c'est une partie de nous-mêmes que nous dévoilions. Cependant, nous n'avons eu que des bons mots, et la plupart des gens qui y goûtent en achètent. »

Une montagne d'honneurs
Au fil des ans, les cidres signés Coteau Saint-Jacques n'ont cessé de s'améliorer. Le couple a suivi des cours en cidriculture et est même allé parfaire ses connaissances auprès de grands noms de Normandie, en France. « Aujourd'hui, je manipule très bien les recettes et je prends de l'assurance, explique Marc-André St-Jacques, qui s'occupe surtout de la production de l'entreprise. Je sais maintenant que mes produits sont bons. »

Le Centre d'interprétationDe nombreux prix viennent confirmer la qualité des cidres Coteau Saint-Jacques. L'an passé, elle a raflé neuf récompenses internationales ! Par exemple, à la Coupe des nations de Québec - un concours international qui incluait les cidres pour la première fois - leur cidre fort a gagné la Coupe d'or; leur cidre cuvé sur paille a remporté la Coupe d'argent. Ils ont aussi remporté des médailles lors de concours internationaux, aux États-Unis.

Si la qualité de leurs cidres n'est plus à démontrer, nos producteurs redoublent néanmoins d'efforts pour attirer des acheteurs. « L'industrie de la cidrerie est relativement nouvelle au Québec, puisque cette boisson a été illégale de 1920 à 1970, souligne Sylvie Denicourt. Les cidriculteurs sont peu nombreux, et les gens méconnaissent le produit. En 1970, la demande a été très forte. Les producteurs, décontenancés, n'ont pas laissé vieillir leurs cidres assez longtemps et ont obtenu de bien mauvais résultats. Aujourd'hui, il faut combattre les préjugés et rétablir la confiance des gens envers le produit. »

L'autocueillettePlus les années passent, plus les clients sont nombreux à pousser la porte de la cidrerie. Le couple délaisse donc progressivement d'autres activités qui assuraient la rentabilité de l'entreprise : plus de pépinière de pommiers, plus de vente de pommes à chevreuil… « Notre objectif, c'est de vivre uniquement de notre cidrerie, explique Marc-André St-Jacques. Nous avons un climat idéal pour récolter des pommes délicieuses et faire du cidre raffiné. Il faut en profiter! »

Toujours des innovations
Pour s'assurer une période d'achalandage de plusieurs mois, le couple propose maintenant l'autocueillette de sapins de Noël. « Les gens se promènent à travers les arbres et choisissent celui qu'ils veulent couper. Ils le ramènent ensuite sur un des jolis traîneaux que nous avons construits pour l'occasion. C'est magique ! », explique Marc-André St-Jacques. Les gens, ainsi engagés dans l'atmosphère des fêtes, pensent ensuite davantage à se procurer des bouteilles de cidre pour célébrer en famille.

« Nous ne sommes vraiment pas conventionnels, affirme Sylvie Denicourt. Ce que nous faisons, personne ne le fait ! » Dès la première année d'autocueillette, elle a pris le pinceau et exprimé ses talents artistiques sur des citrouilles. À plusieurs reprises, ils ont taillé un labyrinthe géant dans les champs. L'an dernier, le parcours avait la forme d'une pomme liée à une bouteille. Les médias se sont précipités par dizaines pour témoigner de cette innovation !

Des comédiens animent l'endroitEt ce n'est pas tout. L'année dernière, les cueilleurs de pommes et clients de la cidrerie ont eu droit à un véritable cours d'histoire tout en théâtre. À bord d'une charrette, le public était invité à s'imprégner de l'histoire du village de Saint-Paul-d'Abbotsford et de la pomiculture dans la région. Des comédiens professionnels interprétaient des personnages colorés et racontaient des anecdotes d'autrefois.

La cidrerie Coteau Saint-Jacques participe aussi à l'événement la Route du cidre de la Montérégie, qui se déroule en mai de chaque année. « Pour nous, l'agrotourisme, c'est plus que d'offrir des produits champêtres, affirme Sylvie Denicourt. À la campagne, on a une richesse naturelle et un patrimoine unique qu'on veut partager. On apprend aux gens à aimer le cidre, mais aussi la pomiculture et la campagne. »

C'est dans cette optique que ces cidriculteurs ont mis sur pied, avec la collaboration de plusieurs sympathisants, le Centre d'animation champêtre cidre et pommes d'Abbotsford, à même les locaux de la cidrerie. Il s'agit du seul musée au Québec à retracer l'histoire de notre cidre.

D'autres projets ?
Depuis l'achat du verger, il a coulé bien du cidre dans les coupes ! « Au départ, on s'est lancé dans cette aventure sans engagement. Nous étions jeunes et sans responsabilité. Aujourd'hui, on ne peut plus s'en détacher ! Nous sommes bien fiers de ce que nous avons réalisé et nous poursuivons dans la même veine », signale Sylvie Denicourt.

Animation par des comédiensDes projets d'expansion ? « Nous voulons grossir, question de concentrer tous nos efforts à la production de cidre, mais nous ne voulons surtout pas perdre notre cachet artisanal, souligne Marc-André St-Jacques. Les ventes sur place vont très bien. Ce que nous aimerions maintenant, c'est que nos bouteilles se retrouvent sur les tablettes des succursales de la Société des alcools du Québec. »

Encadré
Un bref historique…
Aux siècles passés, le cidre était omniprésent dans les foyers québécois. Les gens des campagnes avaient tous des pommiers et buvaient du cidre pour se déshydrater dans les champs ou fêter au coin du feu. On avait aussi habitude de boire du cidre gelé. L'hiver, on laissait un baril à l'extérieur et on récupérait le cidre qui n'était pas gelé. La concentration en alcool était beaucoup plus élevée ! Le cidre (et le vinaigre de cidre) était autrefois très populaire, puisque les pommes en trop ne pouvaient être conservées dans les frigos…

Dès la création de la Commission des liqueurs en 1920, le cidre a été interdit au Québec. On réglementait désormais la production et la vente d'alcool, et le cidre a été écarté de la liste des boissons permises. La raison ? Le gouvernement craignait probablement de perdre le contrôle de cette boisson très facile d'accès. Entre 1920 et 1970, le cidre a donc été illégal, ce qui a donné lieu à une importante contrebande. Puis, en 1970, on a permis sa production tout en limitant sa vente au lieu de production. Il faudra attendre plus de 20 ans avant que les lois ne s'assouplissent et que les cidriculteurs puissent vendre leurs produits dans les restaurants et les expositions agricoles et les transporter eux-mêmes. Le cidre commence à peine à retrouver la place qui lui revient !

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