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Des photos qui parlent
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de mi-mars 2001

Si le GPS permet de repérer un problème en plein champ, les photos aériennes infrarouges en déterminent l’origine et l’ampleur.
par Emmanuelle Arès, agronome, journaliste

Problèmes de drainage ? Maïs en manque d’azote ? Les photos aériennes infrarouges permettent de diagnostiquer l’ampleur des problèmes, qu’on n’évalue pas toujours au sol. Ces photos facilitent la gestion des champs, de la prise d’analyse de sol aux plans de drainage. En effet, selon le moment de l’année, elles signaleront les carences touchant le maïs, la densité de population de la culture, les différents types de sol ou l’efficacité du drainage agricole.

En 1999, un agronome du MAPAQ de Saint-Hyacinthe, Roger Rivest, a élaboré un projet d’utilisation des photos infrarouges en agriculture. Plus d’une centaine d’agriculteurs, membres de quatre clubs-conseils, ont pris part au projet en 1999 et en 2000. On s’attend encore à une forte participation à l’été 2001.

Un outil d’aide à la décision « La photo infrarouge donne un portrait, une vision globale des problèmes, et non la solution à ces problèmes, précise Roger Rivest. Il s’agit d’un excellent élément de discussion pour établir un diagnostic rapide et décider des mesures à prendre. »

Les ondes infrarouges ont la propriété d’être absorbées par l’eau et réfléchies par la chlorophylle cinq fois plus que les autres couleurs. Les contrastes sont donc plus prononcés sur une photo infrarouge que sur une photo en couleurs ordinaire. Cela se traduit par une délimitation très nette des zones carencées ou à levée inégale (en rose pâle), par rapport à celles où la culture est en santé et regorge d’azote (en rouge vif).

La photo aérienne inclut plusieurs champs adjacents. On a ainsi une vue d’ensemble et la possibilité de faire des comparaisons. Entre deux champs ou parcelles qui semblent très similaires, on découvre souvent d’en haut des variations difficiles à déceler du sol. Des anciens fossés, des drains bouchés, des sols différents, tous ces éléments influencent les rendements plus qu’on ne le croit de prime abord. Les comparables sont alors... incomparables !

Photos ou GPS ?
La ferme des Messier à Saint-Césaire, membre du Club Agri-Durable, a participé au projet. « Les cartes de rendement ont permis de voir qu’il y avait effectivement des variations de rendement, raconte Jean-René Messier. Les photos nous ont aidés à connaître la nature et l’ampleur du problème. »

« Nous avons pris des décisions économiques importantes à la suite de l’analyse des photos, ajoute Jean-René Messier. Nos cartes de rendement indiquaient depuis plusieurs années une baisse de rendement à certains endroits, mais elles manquaient de précision pour établir un diagnostic. Les photos infrarouges ont permis de voir les drains, d’évaluer le problème avec précision. »

Les outils, comme les cartes de rendement et les photos infrarouges, apportent des éléments de réponse, mais ils suscitent aussi beaucoup de questions. Il faut savoir les interpréter et, par la suite, trouver soi-même la solution.

Agronome et conseillère au Club Agroenvironnemental Agri Conseils Maska, Patricia Leduc explique que les agriculteurs membres du club veulent « savoir si la plante est touchée ou non, et par quoi ? Des cartes d’analyse de sol détaillées, ça ne dit pas grand-chose en soi. Est-ce vraiment ce qui influence le rendement ? Qu’en est-il du drainage, des carences de la plante, des pratiques culturales ? »

Trois périodes critiques, trois photos
Les photos aériennes infrarouges fournissent de 14 000 à 15 000 points de données par hectare, comparativement à 1600 dans le cas des capteurs de rendement avec GPS. La photo ne chiffre pas les rendements, mais annonce les tendances, ce qui rend ces deux outils complémentaires.

Les photos peuvent être prises à trois moments représentatifs de la saison. Les photos d’avril sur sol nu aident à diagnostiquer les problèmes de drainage. Celles qui sont prises en postlevée permettent d’évaluer la levée et les carences. Les photos prises en fin de saison de croissance demandent quant à elles un peu plus de travail pour bien les interpréter. Un suivi de la culture tout au long de la saison permet de mieux comprendre les variations observées. Par exemple, un maïs sec en septembre a-t-il été semé tôt ? S’agit-il d’une variété hâtive ? D’un signe de carence ?

L’agronome Patricia Leduc souligne : « En compilant les trois photos et une carte de rendement, on est en Cadillac pour établir un diagnostic rapide et le plus juste possible ! Certains troubles n’apparaissent qu’en fin de saison, alors que d’autres, reliés au travail du sol, n’apparaissent que sur sol nu. »

Selon Jean-René Messier, la photo de printemps sur sol nu est la plus utile. « Elle apporte une foule de renseignements utiles toute la saison. Un bon drainage est à la base d’un bon rendement. »

Des investissements rentabilisés
« Le prix des terres ne cesse de monter, et celui des cultures a baissé. On a intérêt à maximiser la production sur chaque pouce carré de la terre qu’on cultive, affirme Roger Rivest. On utilisait les photos infrarouges dans les années 1980. Cependant, comme les marchés de la betterave à sucre et du maïs-grain se portaient très bien, on se souciait peu du rond de terre qui produisait moins. Aujourd’hui, on investit dans le drainage, dans le nivellement, dans la technologie... Il faut rentabiliser ces investissements. »

À ce jour, les conclusions sont très positives. L’utilité des photos aériennes infrarouges dans le diagnostic des problèmes agricoles n’est plus à prouver. Plusieurs défis sont à venir. Entre autres, rendre la technologie disponible dans toutes les régions et, surtout, s’assurer que les agriculteurs s’approprient cet outil de travail.

Roger Rivest tient cependant à mentionner que « la photo aérienne infrarouge ne sera jamais la solution au problème, mais un élément de réflexion aidant à prendre la bonne décision. »

Encadré
Disponibilité du service
Un service de photos infrarouges est en développement à Hélico Services, une compagnie de Montérégie spécialisée en arrosages aériens. Le service inclut la prise de photos et un cédérom des photos aériennes géoréférencées. Le coût ? 1,25 $ l’acre. « Nous voulons développer l’expertise en prise des photos avant de nous lancer à l’échelle commerciale, ce qui demanderait d’importants achats d’équipement, explique Benoit Tétreault, directeur d’Hélico Services. Nous visons les clubs agroenvironnementaux, car il est plus simple de planifier des trajectoires aériennes lorsque plusieurs producteurs d’une même région sont intéressés. »

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. À la suite de l’étude des photos aériennes géoréférencées, on retourne à l’endroit exact où on suspecte un trouble. L’examen visuel au terrain des conditions du champ et des plantules de maïs permet alors de poser un diagnostic précis et d’envisager des correctifs, si possible.
2. L’agronome du MAPAQ responsable du projet, Roger Rivest, à droite, prêt à partir pour une série de photos aériennes infrarouges. Il est en compagnie de M. Chagnon, propriétaire du premier avion utilisé pour prendre les photos aériennes. Depuis, le MAPAQ a retenu les services de la firme Hélico Services. 3. Voici un champ dont on a pris les photos à deux périodes critiques de la saison : en avril sur sol nu, afin d’évaluer le drainage, et en juillet, en postlevée de la culture. Le diagnostic posé en avril sur le drainage se vérifie lorsqu’on observe l’impact sur la levée de la culture.
4. Ici, la photo de juin montre un retard dans la levée d’une partie du champ. Un examen au terrain a permis de diagnostiquer une carence en zinc. Lorsqu’on superpose les cartes de rendement aux photos prises durant la saison, on peut chiffrer l’impact des carences ou autres troubles observés. La carte de rendement (photo prise plus tard) a permis ensuite d’évaluer que la baisse de rendement justifie financièrement des apports de zinc l’année suivante. De plus, les apports ne seront effectués que sur cette partie du champ.

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