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Histoire de pêche
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs d'avril 2001

Un pisciculteur n’a pas à se contenter de faire la multiplication des poissons. Aux Amis d’O, agrotourisme et transformation de la production contribuent tout autant aux revenus que l’élevage en tant que tel.
par Marie-Carole Daigle, journaliste pigiste

Le pisciculteur Alain Clermont sait s’y prendre avec les poissons. En 1994, il a réussi à reproduire des truites en circuit fermé, dans un petit local commercial au coin des rues Dandurand et Pie-IX, à Montréal. Même les fonctionnaires du MAPAQ sont alors restés gagas devant le succès obtenu. Malheureusement, la surprise a été proportionnelle à leur réticence à délier les cordons de leur bourse. « Nous ne pouvions pas faire subventionner ce type d’élevage, même si nous avions fait nos preuves. Ils n’ont pas voulu embarquer », rappelle Alain Clermont.

Têtu, il a persévéré. De fil en aiguille, lui et son père, André Clermont, ont fait l’acquisition du domaine Les Amis d’O, dont ils assuraient la gestion depuis déjà quelque temps. Les anciens propriétaires de cette vaste terre située chemin Fradet, à Saint-Donat, pratiquaient déjà la pisciculture, mais de façon plutôt artisanale. « Les installations étaient désuètes; toutefois, le potentiel hydrique essentiel à la production de salmonidés y était », rappelle Alain Clermont.

Le rapport d’un hydrogéologue et une stratigraphie du sol ont permis aux nouveaux venus d’établir un plan gagnant : « Nous pouvons maintenant puiser 250 gallons d’eau à la minute, d’un seul puits ! » précise fièrement le pisciculteur.

Tout en suivant quelques cours de perfectionnement en élevage des salmonidés, Alain Clermont obtient son permis d’Établissement piscicole en milieu terrestre. « J’ai davantage appris sur place que sur les bancs d’école, reconnaît le pisciculteur. Peu m’importe de connaître le nom scientifique d’une maladie, insiste-t-il. À mon avis, le succès réside dans une bonne régie sanitaire. »

Sur ce point, Les Amis d’O font patte blanche. Ils ne s’approvisionnent pas dans le cours d’eau voisin mais dans un des nombreux puits du domaine, et le visiteur qui entre dans le bâtiment d’alevinage est bien averti de ne pas tremper son doigt dans l’eau pour en vérifier la température, question de protéger… les poissons des microbes !

Aujourd’hui, l’entreprise est rentable, et les projets sont légion. Un peu partout sur place, des chantiers sont amorcés ou en voie de finition. Nouveaux bassins, serres pour alevin, installation de la ouananiche, cuisine de transformation… les propriétaires voient juste assez grand pour paraître réalistes.

Ensemencement d’abord
En principe, un pisciculteur vit surtout de clients désireux de faire ensemencer un cours d’eau : les gestionnaires de municipalités ou de domaines privés font donc régulièrement sonner le téléphone des Amis d’O. Averti, l’homme d’affaires vérifie toujours l’état de l’étendue d’eau du client avant d’accepter la commande, car plusieurs éléments contribuent à l’acclimatation des poissons à leur nouvel environnement. L’entreprise produit annuellement quelque 12 tonnes de truites arc-en-ciel et mouchetées, dont 80 % servent à l’ensemencement de cours d’eau.

Bassin de pêche itinérant
Si la ville ne vient pas à la pêche, la pêche ira à la ville ! Une partie significative des revenus des Amis d’O est issue d’une activité agrotouristique inversée : sur demande, l’entreprise se rend dans un marché public, une foire commerciale ou un stationnement de supermarché, y installe son bassin de pêche itinérant et y plonge de 500 à 600 truites, qui sont pêchées au cours de la journée par la clientèle sur place.

« Nous sommes même déjà allés dans un centre d’accueil pour personnes âgées, fait remarquer Alain Clermont. Les bénéficiaires, dont certains en fauteuil roulant, se sont amu-sés comme des gamins à lancer à la ligne ! » Dans ce cas, le client réserve un forfait, qui prévoit l’achat d’un nombre minimum de truites. Lorsqu’il s’agit d’une épicerie, l’activité est souvent commanditée ou intégrée à une campagne promotionnelle. Ce volet de l’entreprise connaît une forte croissance : plusieurs clients ont déjà réservé en prévision de l’été prochain.

À la pêche aux truites, truites, truites…
Il n’est plus nécessaire d’avoir des parents à la campagne pour aller pêcher. Chez la famille Clermont, on pense agrotourisme. Ainsi, le visiteur s’amène avec sa patience et son huile de coude, et repart invariablement avec quelques belles prises de 30 à 40 cm, que les Amis d’O ont la gentillesse d’éviscérer.

Deux étangs de pêche au pourtour aménagé accueillent les visiteurs, qui n’ont nul besoin d’avoir déjà taquiné la truite pour qu’on leur fournisse l’attirail nécessaire. Les néophytes ont droit à une formation expresse, parfois donnée par Stéphanie, la fillette de la maison, qui connaît tous les secrets du moulinet. Pour les petites natures rebutées par le contact avec le ver de terre, la meilleure nouvelle sera que l’appât utilisé est un simple grain de maïs.

« Nous simplifions la vie des gens qui veulent tout simplement expérimenter le plaisir de la pêche, explique Alain Clermont. De plus, ils n’ont pas, ici, à se procurer de permis de pêche : tout notre poisson est par définition destiné à la consommation ! » Le week-end, les habitués de même que de sympathiques duos père-fils se succèdent.

Le prêt d’équipement, les appâts et l’accès aux lieux sont gratuits : on ne paie que sa prise, dont le prix varie selon la longueur. L’amateur peut la faire cuire sur barbecue et compléter son repas par divers mets d’accompagnement proposés sur place. Ceux qui préfèrent déguster leur capture chez eux peuvent quand même goûter à l’une des spécialités de la maison.

L’hiver, une grande cabane surplombant la rive du bassin de truite mouchetée abrite les pêcheurs sur glace, si bien que l’accueil se fait 12 mois par année.

Encadré
On transforme sur place
Complémentarité oblige, la conjointe d’Alain Clermont, Miriam Hart, a organisé sur place une cuisine de transformation de la truite, qui œuvre sous la raison sociale Les Amis d’O Cuisine. Ancienne chef de rayon des cosmétiques dans un Pharmaprix, cette femme n’aimait même pas le poisson avant de faire le grand saut.

Quelques cours de cuisine lui ont permis de jeter les bases de ses critères. Pour elle, pas de colorant artificiel, pas de pâte à pizza au goût de carton : elle sert une clientèle qui recherche un produit exclusif. Une pizza à la truite fumée qui a de quoi changer le menu de bien des 5 à 7, une mousse à la truite qui se déguste à petites bouchées, un pain de truite qui mérite un nom beaucoup plus évocateur… voilà quelques-unes des recettes élaborées, testées et approuvées par le clan des Amis d’O avant leur mise en marché.

Miriam Hart offre actuellement ses produits sur place, en gros et au détail, ainsi qu’au Marché champêtre de Repentigny. La liste des produits offerts n’en est qu’à ses débuts, la jeune cuisinière affirmant même chercher à retrouver une recette vénézuélienne de… glace à la truite !

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. André Clermont et son fils Alain sont propriétaires de ce domaine où ils élèvent la truite arc-en-ciel, la truite mouchetée et, depuis peu, la ouananiche.
2. En plus de diversifier les sources de revenus d’une exploitation agricole, l’agrotourisme a certainement l’avantage d’initier la jeune génération aux plaisirs de la vie rurale.

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