Pour un soya sec et parfait

Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de septembre 2010

Les clients japonais ont des attentes élevées envers la qualité des grains qu’ils achètent. Une grande part de cette qualité dépend du séchage et de la manutention du soya une fois récolté.
par Nancy Malenfant

Beaucoup du soya cultivé au Québec est destiné à des marchés de niche, soit l’alimentation humaine ou la semence. Pour accéder à ces créneaux de vente, le produit doit répondre à des standards élevés. Le grain de soya étant très fragile, on doit le manipuler et le sécher avec soin afin de préserver son potentiel de transformation et/ou de germination.

Sécher à basse température
Pour obtenir un soya à une teneur (TEE) en eau idéale pour la conservation, soit de 12-14 %, il sera parfois nécessaire de le sécher à la chaleur. Selon Yvan Faucher, directeur de territoire chez Semences Prograin, on devrait cependant privilégier la ventilation. « Si le soya a vraiment une humidité très élevée, on peut le sécher, mais à très basse température », recommande-t-il.

Lorsque le climat pluvieux force la récolte d’un soya à teneur en eau élevée (plus de 15 % TEE), le spécialiste en séchage des grains Serge Fortin suggère l’ajout d’un élément électrique (chaufferette ou autre) entre le ventilateur et le silo. Ceci permet une légère addition de chaleur. « L’idée est d’accélérer le séchage et/ou de permettre de continuer à sécher lors des journées plus humides », explique M. Fortin. Il est cependant important de ne pas dépasser de plus de 3 à 5 °C la température ambiante afin d’éviter de sursécher le grain et d’avoir des pertes de qualité.

La température de l’air du séchoir ne doit pas excéder 50 à 60 °C (40 °C pour le soya de semence) afin que celle du grain ne dépasse pas 40 °C. Un séchage à une chaleur trop élevée entraîne un fendillement du tégument et le bri des grains lors de manipulations subséquentes. Si le grain ne circule pas dans le séchoir, on doit ajuster la température de l’air du séchoir à égalité avec la température du grain. Sinon, ce sont toujours les mêmes grains qui reçoivent l’air chaud directement et risquent de surchauffer. Pour évaluer l’efficacité du séchoir, il est conseillé de vérifier le nombre de graines fendillées avant et après l’opération.

Il est risqué de laisser le soya plus longtemps au champ afin de perdre quelques points d’humidité supplémentaires. Plus le soya sera sec, plus grands seront les dommages mécaniques aux grains et les pertes à la récolte. La perte de seulement quatre graines/pi2 ampute le rendement de 67 kg/ha. C’est pourquoi il est préférable de récolter le soya entre 13,5 à 15 % de TEE et de sécher à l’air ambiant lorsque les conditions météo le permettent.

Séchage à l’air ambiant
Lors du séchage à l’air ambiant, le ventilateur ne doit pas fonctionner en permanence, car les grains regagneront de l’humidité pendant la nuit. Il faut démarrer le ventilateur seulement si les conditions extérieures sont propices au séchage. La température de l’air doit être inférieure à 30 °C et l’humidité de l’air entre 50 et 70 %.

Le séchage à l’air ambiant devient possible seulement si l’humidité relative de l’air extérieur est plus basse que la teneur en eau à l’équilibre des grains (voir tableau p. 40). Cette valeur représente la teneur en eau que le soya atteindra lorsque soumis aux mêmes conditions extérieures (humidité relative et température de l’air) pendant un certain temps.

Pour s’assurer que la ventilation de séchage remplit son rôle, le débit d’air doit être plus élevé que le débit de la ventilation de conservation. Il faut un débit minimal de 6,5 l/s/m3, mais on vise idéalement un débit entre 10 et 20 l/s/m3. Celui-ci doit tenir compte de l’épaisseur de grain dans la cellule et de la taille de cette dernière. Le logiciel Vent-Expert, disponible sur le site Internet du CÉROM (www.cerom.qc.ca), calcule le débit d’air probable d’après les caractéristiques du séchoir.

L’atteinte de la TEE désirée par le séchage à l’air ambiant peut prendre entre 20 et 30 jours. La durée du séchage dépend de l’humidité initiale du grain, de la force du ventilateur, des conditions climatiques et de la hauteur de la couche de grains. On doit d’ailleurs limiter l’épaisseur de grain dans la cellule de séchage (au besoin répartir le grain dans plusieurs cellules) pour bien réussir à sécher un lot.

Chez Ceresco, compagnie d’exportation de soya, on conseille de ne pas excéder plus de huit à dix pieds d’épaisseur pour un rendement maximal.

Manutention
Le Guide soya du CRAAQ recommande l’utilisation de convoyeurs à raclettes ou à courroies et de convoyeurs à vis dont l’arbre de la vis est supporté par des paliers. Quant aux convoyeurs à vis sans palier de support, ils doivent fonctionner à vitesse réduite, à pleine charge tout en minimisant l’angle de montée.

Pierrick Gripon, responsable de la division agricole chez Ceresco, insiste sur l’importance de la capacité de la vis. « Celle-ci doit rouler tout en étant la plus pleine possible, dit-il. Sinon, les grains qui circulent dans une vis à moitié pleine sont soumis à davantage de vibrations et de chocs pouvant entraîner des dommages.

Si on ne peut pas faire fonctionner à pleine capacité, il vaut mieux diminuer la vitesse de la vis pour que la circulation des grains se fasse plus en douceur. » Les cellules de séchage comportant des dispositifs de brassage exigent une vigilance particulière. Plus la TEE du soya diminue, plus les risques de dommages causés par la manipulation et la recirculation des grains augmentent. En outre, on veillera à limiter les impacts des grains entre eux et avec des surfaces dures en diminuant la hauteur de chute.

Nettoyage
Le prénettoyage des grains favorise un séchage plus uniforme. Dans un lot provenant d’un champ avec un problème de mauvaises herbes, on retrouve beaucoup de déchets et de particules fines augmentant l’humidité et nuisant à la circulation de l’air dans le silo.

Les zones sales ne sèchent pas, pouvant créer des points chauds. Puisque celles-ci se retrouvent principalement sous le point de chute du convoyeur, on conseille de retirer une partie des grains après le remplissage de la cellule pour réduire l’épaisseur de grains au centre et briser cette zone dense pour en faciliter le séchage.

Vérifier, calibrer, échantillonner
On ne le répétera jamais assez, il faut vérifier régulièrement la TEE du grain pendant l’opération de séchage. Des vérifications répétées à l’aide d’un testeur calibré et l’échantillonnage à plusieurs profondeurs dans la masse de grains permettent de suivre la progression du front de séchage afin de s’assurer que tout le lot sèche de façon uniforme.

Encadré : Règles de base pour un soya sans bris ni fissures
1. Récolter à moins de 18 % de TEE
2. Manipuler les grains avec douceur
3. Sécher lentement à basse température (< 50-60 °C)
4. Mesurer adéquatement la TEE
5. Ventiler les grains secs pour la conservation

Tableau : Teneur en eau à l’équilibre (%) du soya exposé à l’air

Température de l’air Humidité relative de l’air
50 % 60 % 70 % 80 % 90 %
0 °C 10,0 11,8 13,7 16,2 19,8
5 °C 9,8 11,5 13,5 15,9 19,6
10 °C 9,5 11,2 13,2 15,7 19,4
15 °C 9,2 11,0 13,0 15,5 19,2
20 °C 9,0 10,7 12,8 15,2 19,0
25 °C 8,7 10,5 12,5 15,0 18,8

Encadré : Exigences minimales pour le séchage à l’air ambiant
? Silo ayant un faux fond complètement perforé
? Surface nivelée à la grandeur de la cellule de stockage
? Débit d’air minimal de 6,5 l/sec/m3
? Grains nets sans déchets, mauvaises herbes ou particules fines
? Mesure exacte de la teneur en eau des grains
? Mesure exacte de la température de l’air et de l’humidité relative à l’extérieur
? Compréhension de la teneur en eau d’équilibre du soya
? Ventilateur comprenant un interrupteur marche-arrêt
Source : OMAFRA

À suivre dans le prochain numéro : on passe en revue les différentes stratégies pour sécher du maïs de façon efficace et économique.

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Le test de trempage permet de vérifier le % de dommages aux grains causés par la récolte, la manutention et le séchage. On met 100 grains pendant 10 minutes dans l’eau. Le nombre de grains gonflés correspond au pourcentage de bris mécanique.


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