Bruxelles propose une réforme radicale de la pêche européenne

Bruxelles (Belgique), 28 mai 2002 – Malgré l’opposition de plusieurs pays, dont l’Espagne et la France, la Commission européenne a annoncé un projet de réforme radical de la politique de pêche des Quinze qui réduirait jusqu’à 60% les flottes de l’Union européenne afin de préserver les ressources maritimes.

Le projet, qui pourrait entraîner la disparition de près de 30 000 emplois d’ici 2006, se heurte à l’hostilité de l’Espagne, où le secteur emploie plus de 65 000 personnes, du Portugal, de l’Italie et de la France. Il concerne l’ensemble de la flotte de l’UE, soit 100 000 bateaux.

« Nous sommes dans un moment décisif, » a souligné le commissaire à l’Agriculture, Franz Fischler, en dévoilant ses propositions. « Soit nous menons des réformes audacieuses maintenant, soit nous assistons au déclin de notre pêche. La course désespérée aux poissons doit s’arrêter. »

Le projet préconise le déblocage d’une enveloppe de 272 millions d’euros pour financer l’élimination de centaines de bateaux de pêche afin de réduire la flotte de l’UE jusqu’à 60% dans certains pays, et encourager les pêcheurs à chercher un autre emploi. Il prône également l’arrêt des subventions visant à augmenter les capacités de pêche, un respect plus strict des quotas de pêche et une consultation plus étroite avec les acteurs du secteur.

Une nouvelle réglementation sera aussi proposée sur la forme et la taille des filets pour empêcher la capture de petits poissons. M. Fischler a estimé que le projet aboutirait au retrait de quelque 8600 bateaux des principales zones de pêche européennes, la Méditerranée et les mers du Nord et Baltique.

Franz Fischler a annoncé son intention de mettre fin aux négociations annuelles sur les quotas, qui continuent à ignorer les avertissements des scientifiques sur le niveau dangereusement bas des stocks des poissons les plus populaires dans l’UE comme le cabillaud, l’aiglefin et le merlu.

Plusieurs pays sont opposés au projet, au premier rang desquels l’Espagne, qui possède la plus grande flotte en Europe et reçoit la plus grosse part des 600 millions d’euros de subventions à la pêche versés chaque année par l’UE.

Les efforts de Madrid pour bloquer le projet ont suscité une controverse. A la demande du chef du gouvernement espagnol José Maria Aznar, la commissaire européenne aux Transports, Loyola de Palacio, ex-ministre de l’Agriculture espagnole, a écrit le 16 avril à M. Fischler pour lui demander d’édulcorer ses propositions.

L’initiative de Mme Palacio a été jugée déplacée et intervient alors qu’une enquête a été menée l’an dernier en Espagne suite à des allégations selon lesquelles elle aurait détourné des subventions européennes destinées aux planteurs de lin lorsqu’elle était ministre.

A Paris, le ministère français de l’Agriculture a réagi mardi en estimant que le projet de la Commission ne prenait pas « suffisamment en compte la dimension économique, sociale et territoriale de la pêche » et en dénonçant plusieurs points du plan.

En revanche, le ministre britannique à la Pêche, Elliot Morley, a apporté son soutien aux propositions de la Commission, soulignant que les stocks de poissons « risquaient de s’effondrer ». Le Fonds mondial pour la nature (WWF) a toutefois reproché au projet de ne pas aller assez loin pour préserver les ressources maritimes.

M. Fischler espère que le projet sera approuvé par les Quinze et le Parlement européen d’ici la fin de l’année.

Source : AP

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