Déchet de table, engrais de terre

Le Québec est en train de se donner d’ambitieux objectifs de réduction d’enfouissement des déchets et pour y arriver, les agriculteurs seront mis à contribution.

Si la politique québécoise de gestion des matières résiduelles présentement en élaboration devait se concrétiser, l’enfouissement de la matière organique serait banni à partir de 2020.

Pour y arriver, d’ici 2015, l’objectif serait de « traiter 60 % de la matière organique putrescible résiduelle au moyen de procédés biologiques, à savoir l’épandage, le compostage ou la biométhanisation. »

« C’est un gros projet de société et les quantités ne sont pas négligeables », a déclaré Marc Hébert, du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP), lors d’une conférence la semaine dernière à Drummondville.

Toute cette matière organique devra vraisemblablement être épandue, puisque même une fois compostée ou « digérée » par la biométhanisation, c’est par l’épandage qu’on dispose de cette matière, a expliqué Marc Hébert.

Combien faudra-t-il de terres pour tout épandre? « Nous aurons besoin d’environ 8 % des terres agricoles (du Québec), a indiqué Marc Hébert. Ça va rester marginal. »

À ce jour, seulement 3 % des sols agricoles reçoivent des matières résiduelles fertilisantes (MRF) au Québec, tandis que 60 % reçoivent des engrais minéraux.

Ces MRF comprennent bien plus que les déchets de table. D’après les chiffres du MDDEP, le Québec produirait 4,241 millions de tonnes de déchets organiques putrescibles. Ceux-ci comprennent :

-915 000 de tonnes de boues et biosolides municipaux (boues septiques)
-1,39 millions de tonnes de déchets ménagers putrescibles
-120 000 tonnes de boues d’abattoir
-357 000 tonnes en provenance des institutions et commerces
-1,349 million de tonnes de biosolides mixtes des papetières

L’épandage des MRF est une option beaucoup plus efficace pour contrer les changements climatiques que l’enfouissement. En se décomposant dans les sites d’enfouissement, ces déchets produisent notamment du méthane, un gaz réputé 21 fois plus nuisible que le dioxyde de carbone.

Selon Marc Hébert, le principal frein à l’épandage de ces matières sur des terres agricoles est l’acceptabilité sociale par les résidents en milieu rural, acceptabilité qui varie selon le potentiel d’odeurs, le type de résidu et sa provenance.

Les producteurs agricoles pourraient bénéficier d’apports intéressants en azote et en phosphore, mais plusieurs demandent à être rassurés sur les risques d’importer des pathogènes ou des matières toxiques en recevant des MRF sur leurs champs.

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