Des toxines dans le maïs

Un camion chargé de maïs quitte votre ferme, comme des dizaines d’autres l’ont fait avec une partie de votre dernière récolte. Une fois chez l’acheteur, le téléphone sonne : votre maïs est refusé. Son contenu en vomitoxines est trop élevé.

PHOTO : MAAARO

Si dans le blé, les infections par Fusarium graminearum, qui provoquent la fusariose de l’épi par le développement de la mycotoxine DON (désoxynivalénol), sont très fréquentes, dans le maïs, le problème est plus sournois. Puisque le maïs-grain n’est pas destiné à l’alimentation humaine, seule une fraction des chargements est testée. Bon an mal an, des quantités non négligeables de maïs à plus de 2 ppm de vomitoxines se retrouvent sur le marché, un seuil pourtant trop élevé pour l’alimentation des porcs.

En 2011, la situation a été problématique dans le sud-ouest de l’Ontario. Plusieurs ont vu leur maïs refusé aux usines d’Éthanol Greenfield. Certains ont été consternés d’apprendre que leur maïs contenait jusqu’à 10 ppm, voire 12 ppm de vomitoxines. Avant la récolte, le ministère de l’Agriculture de l’Ontario (MAAARO) avait prélevé des échantillons dans 99 champs à travers la province : 75 se classaient à 2 ppm ou moins, 12 entre 2 ppm et 4 ppm et 12 à plus de 4 ppm.

D’après les analyses menées par Shur-Gain au Québec, la vomitoxine s’est avérée plus présente dans le maïs en 2011, sans toutefois rejoindre des niveaux de 2009. Les données présentées par l’agronome Chantal Simoneau au Rendez-vous végétal en février dernier révèlent que sur les 400 échantillons prélevés en 2011, 58 % ne contenaient à peu près pas de vomitoxines, pour une moyenne de 1,3 ppm.

Selon plusieurs sources, chaque année, le problème au Québec est concentré dans certaines régions. Par contre, la variabilité est très grande. « Des tests sur des voyages de maïs vont s’avérer positifs dans une région, puis le lendemain, un voyage du même endroit, parfois du même producteur, s’avère de bonne qualité », illustre Carl Boivin, directeur commercial pour l’est du Canada chez Bunge et président de l’Association des négociants en céréales du Québec.

Beaucoup de transactions de grain se matérialisent par un transport d’une ferme à une autre, sans qu’il n’y ait de test de qualité, fait remarquer Carl Boivin. S’il fallait tout tester, cela ferait bondir les coûts. « Si jamais la contamination aux vomitoxines devenait un grave problème en Ontario, au Québec et dans le nord-est des États-Unis, il faudrait changer complètement notre façon de manipuler le maïs qui est commercialisé. »

Le problème des vomitoxines dans le maïs au Québec n’est pas alarmant, affirme l’agronome Gilles Tremblay, du CÉROM. Il mérite cependant d’être suivi de près, croit-il, ne serait-ce que pour rassurer les acheteurs d’ici et d’ailleurs sur la qualité de notre maïs.

La suite : des éléments de régie pour diminuer les risques

 

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