Deux solitudes, mêmes réalités

Les préoccupations des agriculteurs sont semblables d’une province à l’autre, mais au Québec, on en parle pas de la même façon!

Au terme d’un périple de 11 jours en tracteur au Québec, l’auteur et professeur universitaire John Varty retient d’intéressantes observations sur les particularités de l’agriculture dans la Belle Province.

Les producteurs du Québec s’expriment avec beaucoup plus de vigueur que leurs collègues du Canada anglais sur l’importance de convaincre la population de manger des aliments locaux, a indiqué John Varty en entrevue au Bulletin.com. « La préoccupation qui est ressortie le plus souvent est celle des produits importés qui n’ont pas à répondre à des normes aussi strictes que celles imposées aux agriculteurs d’ici », a-t-il ajouté.

John Varty et sa conjointe Molly Daley ont entrepris en juin un voyage de plus de 2500 km à bord d’un tracteur compact MF 1660, qui les mènera de Charlottetown sur l’Île-du-Prince-Edouard à Leamington, dans le sud-ouest de l’Ontario.

Accompagné d’un caméraman, le couple recueille un maximum de témoignages, dans le but de produire un documentaire qui révélera le véritable visage de l’agriculture dans l’est du pays.

Leur séjour au Québec a débuté à Saint-Cyprien, dans le Bas-du-fleuve, pour se poursuivre par La Pocatière et Saint-Hyacinthe, avec plusieurs arrêts sur des fermes en chemin.

Mardi après-midi, John Varty s’apprêtait à quitter Montréal pour regagner l’Ontario, sa province natale. Puisqu’il arrive à communiquer en français, il s’est dit ravi de pouvoir ramener des histoires du Québec.

À cause de la barrière de la langue, nombre d’idées ne s’échangent pas entre producteurs francophones et anglophones. John Varty souhaite faire tomber cette barrière et révéler, exemples à l’appui, que l’agriculture à l’échelle familiale est encore loin de s’être éteinte.

« Cela fait 80 ans qu’on dit que la ferme familiale est en train de disparaître, explique-t-il. Les gens en ville croient que notre agriculture est devenue industrielle, alors que la majorité de nos aliments viennent de fermes relativement petites. »

Recevoir à la ferme

John Varty s’est étonné de voir à quel point au Québec, les agriculteurs de la relève souhaitent que les urbains viennent constater de visu comment ça se passe à la ferme. Au Canada anglais, dit-il, les producteurs auraient tendance à trouver cela condescendant que d’avoir à recevoir des gens de la ville pour susciter leur empathie.

Les producteurs qu’il a rencontré au préalable dans les Maritimes lui ont fait valoir, comme ceux du Québec, que les prix des aliments demeurent très bas et que les gens devront un jour payer plus cher pour leurs aliments s’ils souhaitent maintenir une agriculture locale.

C’est à la question « Êtes-vous plus agriculteur, ou homme d’affaires ? » que la réponse varie le plus. Les producteurs du Québec se déclarent d’abord agriculteurs, puis hommes d’affaires puisqu’il faut bien faire équilibrer les chiffres. Au Canada anglais, les producteurs ont tendance à se dire d’abord hommes d’affaires.

John Varty et son équipe entendent revenir au Québec cet automne, compléter les entrevues qu’ils n’ont pu réaliser, faute de temps. Serez-vous de son documentaire?

Vous pouvez suivre John Varty sur le site www.tractorcanada.com, où il recueille aussi des dons pour poursuivre son projet de présenter aux autorités et au grand public un portrait juste de la réalité en agriculture.

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