Ferme S.M.A met fin à ses opérations

Québec (Québec), 26 mars 2007 – La direction de la Ferme S.M.A. a annoncé qu’elle met fin à ses opérations de culture, de production laitière, de fabrication de fromage ainsi que de mise en marché de plans horticoles et ornementaux. Résultat d’une réflexion entreprise à l’automne2005, cette décision conduit à la suppression de 44 postes de travailprincipalement concentrés au sein de la fromagerie de cette entrepriseagroalimentaire de l’arrondissement Beauport de la ville de Québec.

Les activités de la fromagerie prennent fin immédiatement. On prévoit quecelles de la ferme-étable se termineront en début de mai, après la vente dutroupeau. Quant aux serres, elles fermeront leurs portes le 31 mai.

La ferme fut acquise en1893 par la Congrégation des Soeurs de la Charitéde Québec dans le but d’approvisionner l’hôpital Saint-Michel-Archange endenrées et de donner de l’occupation à certains patients de l’institution.L’accès à une médication performante, la prise en charge par l’Etat del’hôpital et de ses pavillons et le développement de nouvelles thérapiestournées vers l’insertion sociale ont modifié la mission de Ferme S.M.A etnécessité un réajustement de ses activités.

Gérée par une corporation sans but lucratif depuis 2003, l’établissementa tenté sans succès d’atteindre la rentabilité. La question de la viabilité dela ferme faisait depuis 20 ans l’objet de discussions portant tant sur samission que sur sa situation financière.

De nombreuses études ont été commandées à des experts conseils sansqu’aucune des mesures appliquées n’apporte les résultats escomptés. Malgré sesdéficits annuels d’exploitation, la ferme a pu survivre grâce à l’appuifinancier de la Congrégation.

Dans ce contexte, le conseil d’administration de la Ferme S.M.A. a décidéde disposer du quota de lait et du troupeau, de mettre fin aux activités de lafromagerie et des serres et de ne pas renouveler la location des terresagricoles appartenant aux Soeurs de la Charité de Québec et au Séminaire deQuébec.

Dans le but d’apporter un soutien au personnel touché, dont la grandemajorité compte moins de trois années d’ancienneté, l’employeur a conclu uneentente de service avec la Clinique de counseling et d’orientation del’Université Laval. Dans les circonstances, la direction a tenu à ce que tousles employés désirant demeurer sur le marché du travail ou nourrissantd’autres projets puissent bénéficier, aux frais de la Ferme S.M.A., desconseils de ces spécialistes.

Des mesures ont également été prises afin que les quelques personnesauxquelles la ferme procurait de l’occupation tenant compte de leurproblématique aient accès à d’autres centres de jour.

Située en plein coeur de Québec, la Ferme S.M.A. aura, jusqu’à lacessation de ses activités, ensemencé de grandes étendues, produit plus d’unmillion de litres de lait par année, mis en marché des produits maraichers etopéré une fromagerie dont l’unique type de fromage cheddar était très prisédes consommateurs.

La Ferme S.M.A. se distinguait par ses productions laitières ethorticoles. Avec son troupeau de 120 vaches Holstein en plus d’une centaine degénisses et de veaux, ses 670 acres de grandes cultures (foin et céréales) etses serres horticoles, la ferme située dans l’arrondissement Beauport de laville de Québec représentait un concept original de ferme en ville. Grâce à saproduction annuelle moyenne de 9700 kg de gras par vache, elle figurait parmiles fermes les plus productives au Québec.

La fin des activités de la Ferme S.M.A. annonce non seulement ladisparition d’une institution centenaire mais aussi la fermeture de la fermela plus près du centre-ville de Québec, qui en compte 295 réparties dans sesdivers arrondissements.

Depuis 2003, une corporation à but non lucratif a succédé à laCongrégation des Soeurs de la Charité de Québec comme gestionnaire de laferme. Poursuivant une longue tradition, Ferme S.M.A. a continué à offrir à lapopulation de Québec ses produits tout en fournissant de l’occupation, danscertaines de ses installations, à des personnes aux prises avec des problèmesde santé mentale ou de déficience intellectuelle.

Une ferme centenaire
Lorsqu’en 1893, les Soeurs de la Charité de Québec se voient confierl’Asile des aliénés de Québec qu’elles baptiseront plus tard du nom deSaint-Michel-Archange, elles héritent en même temps d’une ferme appeléeBourg-Royal qui a pour mission d’approvisionner l’institution en légumes, laitet viande. En raison de l’accroissement des hospitalisés – on en compterajusqu’à 5 127, en 1962 – , la ferme deviendra l’élément moteur d’une véritabledynamique agroalimentaire comprenant, entre autres, des potagers, uneboucherie, une laiterie et une boulangerie. Elle servira à procurer du travailaux patients qui en sont capables et dont plusieurs viennent du milieu rural.

L’introduction des neuroleptiques puis des antidépresseurs, dans lesannées 1950, précède de peu l’avènement de nouveaux moyens thérapeutiquespermettant d’envisager la réadaptation et la réinsertion sociale de certainsmalades. Au début des années 1990, la désinstitutionnalisation fait sonapparition et l’orientation donnée dans le domaine de la santé mentale est defaire en sorte que les malades psychiatriques soient relocalisés dans desmilieux de vie appropriés à l’extérieur des établissements, soit en petitesrésidences ou en unités de vie spécialisées. En conséquence, les ressourcescuratives du type de la Ferme S.M.A. cesseront d’être utilisées aux mêmes finsque par le passé.

La ferme perdra également de son importance sur le plan del’approvisionnement en denrées de l’Hôpital Saint-Michel-Archange dont lespolitiques d’achat changent à la suite des modifications apportées auxstructures juridiques et administatives de l’institution dans les années ’60.Bien qu’elles aient fait cession de l’hôpital en 1967, les Soeurs de laCharité de Québec conservent la ferme qu’elles sont résolues à maintenir enopération dans le but de procurer de l’occupation aux personnes vivant desproblématiques de santé mentale.

Une évolution constante
La spécificité des activités de la ferme-étable située en milieu urbain aforcé le développement de procédures particulières et nécessité desinvestissements considérables dans le but de réduire l’impact des odeurs etainsi respecter l’environnement des résidents des quartiers avoisinants. Cetype de problématique a drainé constamment les énergies et le temps desmembres de l’administration générale de la Congrégation.

Déficitaire depuis la fin des années soixante en raison de lapasteurisation devenue obligatoire et du lait ne pouvant plus être vendu àl’Hôpital Saint-Michel-Archange au prix du détail, il est décidé au milieu desannées quatre-vingt de fonder une fromagerie. On croyait ainsi possible derentabiliser les opérations de la ferme. Après deux années de tractationsimpliquant la Régie des marchés agricoles du Québec, l’Université Laval et laVille de Beauport, la fromagerie voit le jour en 1988.

Au moment de la fermeture, la fromagerie transformait annuellement plusd’un million de litres de lait et produisait principalement du cheddar enmeule et en grains, ainsi que des tortillons.

Troisième et dernier secteur d’activités de la Ferme S.M.A., les serresont été construites en 1989 dans le but premier d’offrir un milieud’occupation pour les handicapés mentaux. C’est d’ailleurs ce secteur, avec laferme-étable, qui accueille la plus grande partie des bénéficiaires enréinsertion sociale puisque l’accès à la fromagerie ne leur est pas permise enraison de sa mission de transformation alimentaire. Plusieurs variétéshorticoles et ornementales y étaient cultivées en plus de nombreuses plantesannuelles.

Malgré ces transformations et les nombreuses études qui les ont précédéeset encadrées, la ferme n’a jamais réussi à atteindre un équilibre financier.

Un cadre complexe
Tout au long de son existence, la Ferme S.M.A. a dû opérer dans un cadreet un environnement complexe. Loin de s’améliorer, la situation s’est agravéeen raison des conventions, sentences et ordonnances relatives à l’offre dulait et à sa mise en marché. A ces règlements, s’ajoutent les normesgouvernementales sévères encadrant la transformation des aliments et la miseen marché des produits alimentaires.

Depuis 1986, plusieurs interventions ont été menées tant parl’administration générale de la Congrégation que par des consultants en regardde diverses problématiques concernant la Ferme SMA. A de nombreuses reprises,la viabilité de la ferme tant au niveau de sa mission qu’au niveau de sasituation financière fut remise en question.

Force est de constater que la mission de la Ferme S.M.A a évolué dans letemps. Elle ne s’inscrit plus dans la mission apostolique de la Congrégationdes Soeurs de la Charité de Québec qui continue néanmoins d’en assumerl’entière responsabilité sans toutefois y exercer des activités directes.

Tout comme ce fut le cas pour la gestion du Centre Robert-Giffard, laréinsertion sociale des déficients mentaux ne relève plus de la bonne volontédes membres de la Congrégation mais bien d’organismes du milieu, spécialisésen cette matière. Ces instances disposent d’effectifs qualifiés, d’uneexpertise technique adaptée à la diversité et à la complexité des problèmesrencontrés et sont appuyés par l’Etat.

D’ailleurs, il a été démontré que la fromagerie et la ferme-établen’existaient qu’à des fins commerciales et ne remplissaient plus l’objectifdes fondatrices, soit le soulagement des démunis et de la pauvreté.

Une échéance incontournable
Sur le plan financier, les diverses études et analyses financières ontpermis de dégager un consensus à l’effet que la Ferme S.M.A., malgré sonchiffre d’affaires dépassant les deux millions de dollars, n’offrait pas unerentabilité conforme aux principes généralement reconnus et n’était pas enmesure de contribuer, à même ses fonds autogérés, à des investissementsadditionnels dans ses infrastructures

De plus, la fromagerie était aux prises avec des problèmes reliés à ladisposition du lactosérum, résidu liquide de la fabrication du fromageextrèmement polluant. D’importants investissements s’imposaient.

Divers scénarios ont été envisagés dans le but de maintenir la ferme enopération.

La possibilité que la Corporation de la Ferme S.M.A devienne autonome àtous égards fut évoquée. Mais les études comptables ont démontré que, même siune certaine autonomie pouvait être atteinte, la Congrégation devraitcontinuer à déployer des énergies et à jouer un rôle financier important àcourt et à moyen terme.

Malgré cela, les scénarios financiers les plus optimistes arrivaient àune même constatation : aucune des unités d’affaires de la ferme ne pourraitgénérer une rentabilité positive sans un redressement financier extrêmementimportant et, même là, les marges de manoeuvre favorables pouvant s’en dégagerseraient peu élevées.

Quant à la vente partielle ou totale de l’ensemble des activités de laFerme S.M.A., une étude menée par une firme comptable démontre qu’il seraitextrêmement difficile d’envisager la vente de ses composantes à des tiers enraison de la nature de l’entreprise et de sa localisation.

Et, à la complexité de la gestion de fermes laitières et d’usines detransformation du lait, s’ajoutent les règlementations gouvernementales et lesconventions gérées par la Fédération des producteurs de lait du Québecrelativement à la disposition des quotas de lait et à la vente des fermeslaitières.

Dans ce contexte, un comité d’étude sur l’avenir de l’ensemble dupatrimoine de la Congrégation en est arrivé à la constatation, en août 2006,que l’unique solution efficace passait par la fin des activités de la FermeS.M.A.

Après mûre réflexion et d’intenses consultations, les hautes instances dela Congrégation et le conseil d’administration de la Corporation de la FermeS.M.A. se sont ralliés à cette recommandation. Ainsi, malgré les effortsdéployés et les investissements répétés, l’institution n’aura pu résister àl’impact des changements structurels et sociaux sur sa mission et, au chapitrede ses opérations, à la conjonture que connaît le secteur laitier.

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