Fin de la caudectomie dit l’Ordre des médecins vétérinaires

Le 19 janvier dernier, le conseil d’administration de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec (OMVQ) a adopté une position interdisant la pratique de chirurgies esthétiques sur les animaux, comprenant la caudectomie chez les bovins et les chevaux. La caudectomie consiste à écourter ou à faire l’ablation de la queue de l’animal.

À partir du 1er janvier 2017, il sera interdit aux médecins vétérinaires du Québec de pratiquer ces actes chirurgicaux à des fins esthétiques ou pour des pratiques d’élevage et considère ces pratiques dérogatoires. L’avis ajoute que ” toute personne — autre que des médecins vétérinaires — qui effectue ces chirurgies sur le territoire québécois sera poursuivie pour exercice illégal de la médecine vétérinaire et exposée aux conséquences prévues par la loi “.

Interrogé sur la position prise par l’Ordre, le président Joël Bergeron indique que la profession a rendu publique son opinion sur ces chirurgies depuis 2010 et qu’elle a mené des campagnes de sensibilisation auprès de ses membres et des éleveurs. Le président ajoute que l’OMVQ a suivi de près les décisions prises par le MAPAQ sur le bien-être animal et son statut juridique. Il nie toutefois avoir cédé aux revendications venant de groupes de pression sur les droits des animaux. “Depuis 2010, le bien-être animal a pris une place plus importante dans les préoccupations sociales, comme le démontre les décisions prise par le MAPAQ. (…) De plus en plus d’études démontrent également qu’il n’y a pas d’avantage à pratiquer la caudectomie. Il existe maintenant des alternatives à la taille de queues chez les bovins laitiers, ainsi que des moyens de prévention. Les raisons historiques n’existent plus”.

L’Ordre dit avoir appuyé sa décision sur le mandant même des médecins vétérinaires qui est de veiller au bien-être des animaux. Le président ajoute que la taille des queues chez les bovins est une pratique très rare aujourd’hui et qu’il était important de reconsidérer cet acte dans le cadre du code de pratique des médecins vétérinaires. D’ici l’entrée en vigueur de l’avis, l’Ordre entend poursuivre ses campagnes de sensibilisation, tant auprès des membres que des éleveurs.

La caudectomie chez les porcs
Interrogé sur la taille des queues chez les porcs, Joël Bergeron indique que la question a été discuté de manière sérieuse par le comité en charge du bien-être animal. Il ajoute que l’Ordre a décidé d’exclure le secteur porcin, pour le moment. « Les éleveurs ont effectués des changements importants visant à changer certaines pratiques dans les dernières années. Il y a encore du travail à faire mais en tenant compte à la fois du bien-être animal et de sa santé, il n’y a pas lieu de modifier le code de pratique, pas d’ici quelques années du moins. »

Le président de l’Ordre admet que la taille chez les porcs n’est pas l’idéal mais elle comporte certains avantages. Elle demeure la meilleure pratique d’ici à ce que des alternatives, à la fois pratiques et faciles à pratiquer, soient trouvées. Il faut aussi tenir compte des aspects économiques et des efforts faits dans le milieu. « L’avis vient pousser la réflexion (sur la question). »

Joël Bergeron dit d’ailleurs observer un changement notable de mentalité chez les éleveurs où le bien-être animal n’est plus vu seulement comme une contrainte. « On est de moins en moins en réaction et plus proactif », dit le président. « Le bien-être animal est vu maintenant comme un avantage double: il a atteint à la fois des objectifs éthiques et économiques ».

Questionné sur le rôle des médecins vétérinaires sur la question du bien-être animal, Joël Bergeron déclare que son l’OMVQ doit prendre sa place. « L’Ordre agit comme un soutien à assurer la santé et le bien-être des animaux. C’est un rôle majeur. On doit le refléter à la fois dans notre mandat et notre pratique. Nous sommes là pour accompagner les éleveurs qui ont aussi à cœur la santé de leurs animaux. »

Source: Ordre des médecins vétérinaires du Québec

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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