Forte augmentation des nouveaux agents pathogènes d’origine animale

St Louis (États-Unis), 20 février 2006 – Le nombre de nouveaux agents pathogènes provoquant des infections humaines, dont la plupart sont d’origine animale, a fortement augmenté depuis 25 ans, ont indiqué dimanche des épidémiologistes, une tendance inquiétante avec l’épizootie actuelle de grippe aviaire.

Les experts craignent que le virus H5N1 hautement pathogène responsable de cette infection originaire d’Asie, qui s’étend désormais à des volailles et autres volatiles sur trois continents, ne mute pour se transmettre aisément de l’homme à l’homme.

Jusqu’à présent on dénombre 169 cas d’infections humaines, dont 91 mortelles, toutes provoquées par des contacts avec l’animal.

Au total, 38 nouvelles espèces d’agents pathogènes responsables d’infections humaines, comme par exemple le virus du Sida (HIV) ou celui du Syndrome Respiratoire Aigu Sévère (SRAS), ont été isolés et documentés depuis un quart de siècle, a indiqué Mark Woolhouse, un chercheur à l’Université d’Edinbourgh au Royaume Uni. Il a aussi cité la version humaine de la maladie de la vache folle provoquée par un prion, une protéine.

Près des deux tiers de ces 38 nouvelles variétés sont des virus ARN dotés d’un petit génome et ayant un taux de mutation rapide, a expliqué cet épidémiologiste dans une présentation avec plusieurs autres experts à la conférence annuelle de l’Association américaine pour la promotion de la science (AAAS), qui se tient ce week end à St Louis (Missouri, centre-nord).

Ces virus sont différents des 1.407 autres virus, bactéries, protozoaires et moisissures connus pouvant provoquer différentes infections chez l’homme et dont 58% viennent des animaux.

Les scientifiques estiment que 177 de ces agents infectieux répertoriés aujourd’hui sont de « nouvelles souches » ou d’anciennes qui réappraissent et dont la plupart ne provoqueront jamais de pandémie, ont-ils souligné.

La très grande majorité de tous les agents pathogènes acquis par l’homme par des contacts avec des animaux, y compris les 38 récents cités précédemment, « se transmettent très difficilement ou pas du tout entre humains ».

Toutefois, un agent pathogène dans sa course pour éviter son extinction s’efforce de muter génétiquement dans la population qu’il infecte pour pouvoir se transmettre. « Dans cette course, les virus ARN, qui évoluent rapidement, ont les meilleures chances de réussir », a expliqué Mark Woolhouse.

Le virus H5N1 n’est pas un virus ARN, mais il partage avec ces derniers la capacité de muter très rapidement même dans le cours d’une seule infection ce qui fait craindre le pire aux autorités médicales mondiales.

« Le plus frappant, a aussi relevé le chercheur, est la grande diversité du réservoir infectieux animal qui va des singes, aux chauve-souris, aux oiseaux, en passant par les rats et les autres mammifères ».

« Il est possible qu’un tel éventail de sources animales d’infection constitue en lui-même un facteur de risque dans l’émergence de ces nouveaux agents pathogènes », a-t-il dit.

Selon lui, « l’explication la plus logique pour l’accroissement du nombre de ces nouveaux agents infectieux depuis 25 ans est l’ampleur du changement dans la manière dont l’homme évolue et agit sur son environnement, qui le rend plus susceptible de les contracter et de les transmettre ».

Relativisant l’accroissement de ces nouveaux agents infectieux, Alan Barrett, un épidémiologiste de l’Université du Texas, a noté que les technologies actuelles permettaient d’en détecter un nombre plus grand qu’il y a 25 ans.

Mais, a ajouté Mark Woolhouse, bien que « nous ayons une meilleure compréhension des mécanismes de transmission d’agents pathogènes entre espèces, nous ne sommes pas encore en mesure de prédire les futurs menaces de maladies infectieuses ». « D’où l’importance, a-t-il dit, d’une surveillance épidémiologique étroite au niveau mondial ».

Source : AFP

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