La biodiversité, pas de la petite bière pour un agriculteur de l’Île-du-Prince-Édouard

Ottawa (Ontario), 7 février 2003 – George Webster ressemble à un agriculteur canadien traditionnel. Avec son fils Troy, son frère Bertram et son neveu Jason, il cultive des pommes de terre, du grain et du foin dans le bassin de la baie de Bedeque, à l’Île-du-Prince-Édouard. Fier de détenir et de transmettre une partie de l’héritage agricole de l’Île, M. Webster en est venu à constater que les traditions agricoles doivent évoluer si l’agriculture canadienne doit avoir un avenir. Heureusement, il a découvert que ce qui permettait de maintenir les habitats fauniques et la qualité de l’eau était également favorable à l’agriculture.

« Nous essayons évidemment d’obtenir les rendements maximum et nous y parvenons, de dire M. Webster. Mais nous montrons également aux agriculteurs et à la société comment cultiver des pommes de terre près d’une mare à canards tout y en assurant une vie aquatique en bonne santé. »

Il y a quelques années, M. Webster a entrepris de montrer que l’agriculture pouvait devenir environnementalement durable tout en restant économiquement viable. Cette année, il a reçu un prix Paysage agricole canadien pour son travail dans le projet Maple Plains.

En février 2000, le Fonds canadien d’adaptation et de développement rural (FCADR) d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) a consacré 600 000 dollars sur quatre ans au programme de reconnaissance Paysage agricole canadien, assorti d’un prix du même nom. Par ce programme, Habitat faunique Canada, en collaboration avec la Fédération canadienne de l’agriculture, honore les agriculteurs et les éleveurs de tout le Canada pour leurs efforts exemplaires dans l’intendance de l’environnement. On récompense ainsi les propriétaires fonciers qui conservent l’habitat faunique, plantent des arbres ou des végétaux qui procurent nourriture et abri à la faune, installent des nichoirs sur leurs propriétés ou, par d’autres moyens, trouvent le juste milieu entre l’agriculture profitable et l’aménagement durable des ressources.

La viabilité de l’environnement, notion clé du programme de reconnaissance Paysage agricole canadien et élément clé du FCADR (dont l’enveloppe est de 60 millions de dollars par année) est également à la base d’une nouvelle orientation : le Cadre stratégique pour l’agriculture. Élaboré conjointement par les ministres fédéral, provinciaux et territoriaux de l’Agriculture, ce dernier vise à tirer parti des initiatives telles que le programme Paysage agricole canadien pour améliorer de façon appréciable la qualité de l’air, de l’eau et des sols ainsi que rendre plus compatibles la biodiversité et l’agriculture.

« Les tendances de l’agriculture ne me plaisaient pas vraiment, déplore M. Webster. Je voyais l’érosion, y compris éolienne, l’envasement des cours d’eau, ce type de fléaux. J’ai aussi estimé que ma famille devait s’impliquer et faire quelque chose pour transformer cette image de l’agriculture. »

Ce n’était pas un mince engagement. Il a bénévolement consacré Maple Plains 174 acres (70 ha) de terres agricoles de choix pour servir dans une expérience d’agriculture durable. Il a loué le terrain à un groupe écologiste à but non-lucratif, la Bedeque Bay Environment Management Association (BBEMA), qui favorise les méthodes agricoles préservant la qualité de l’eau, les habitats naturels et la biodiversité, tout en faisant de la recherche sur ces pratiques. Cette organisation de conservation travaille en partenariat avec les gouvernements et les organisations non gouvernementales pour trouver des solutions scientifiques aux problèmes d’environnement.

La directrice exécutive de la BBEMA, Mme Brenda Penak, a été au comble du bonheur quand M. Webster a pris l’initiative du projet. Son organisation est fière de partager une partie du mérite pour le prix Paysage agricole canadien.

« Nous avons toujours travaillé à l’atteinte de quatre grands objectifs : réduire l’érosion des sols, maintenir la qualité et le débit des eaux de surface et des eaux souterraines, maintenir l’habitat faunique dans un paysage agricole et nous concentrer sur la sensibilisation du public, explique-t-elle. Lorsque George est venu nous voir, c’était évidemment la personne que nous cherchions : il est agriculteur, et nous collaborons avec lui. Certains de ceux qui travaillent à Maple Plains possèdent des compétences en agriculture, d’autres en éducation, d’autres encore sont biologistes. Nous essayons de travailler de concert avec la nature, en harmonie avec l’agriculture. »

Maple Plains est devenu le banc d’essai de nombreuses pratiques agricoles nouvelles. Les cours d’eau gazonnés et les terres humides aux propriétés filtrantes captent toute l’eau de ruissellement des terres agricoles parvenant à la zone des rives. Un poste météorologique sur place ainsi que l’analyse du sol et de l’eau aident à mesurer l’efficacité des méthodes environnementales. La culture intercalaire étagée et l’aménagement de terrasses aident non seulement à résorber l’érosion, mais ces procédés augmentent aussi le rendement des cultures.

On offre des visites de l’exploitation, avec volet pratique, aux nombreux agriculteurs intéressés aux pratiques agricoles durables ainsi qu’aux groupes de jeunes, aux écoles et au grand public.

M. Webster fait partie des 16 personnes et organismes qui, dans tout le Canada, ont été reconnus cette année par le programme Paysage agricole canadien. Ils ont reçu une estampe encadrée, à tirage limité, de « The Awakening », peinture de l’artiste du monde agricole Antony John montrant le besoin de compréhension, de soins, y compris d’intendance, pour être en harmonie avec la nature.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Agriculture Canada
http://Aceis.AGR.CA/

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