La Coalition pour la protection du territoire agricole lance un cri d’alarme

Montréal (Québec), 28 mai 2007 – L’appétit des développeurs et des municipalités pour la zone agricole semble sans limite, car la pression ne cesse d’augmenter sur les terres cultivables des grandes agglomérations urbaines. Si la tendance continue, c’est l’avenir de l’agriculture sur des milliers d’hectares des meilleurs sols arables du Québec qui sera compromis.

C’est le cri d’alarme qu’a lancé, aujourd’hui, en conférence de presse à Montréal, la Coalition pour la protection du territoire agricole (CPPTA), qui profitait de la récente publication d’une étude universitaire présentée à la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois (CAAAQ) pour dénoncer cette dilapidation du patrimoine agricole le plus essentiel.

« L’étude du professeur Claude Marois, géographe à l’Université de Montréal, confirme l’ampleur du phénomène et nous rappelle qu’il est nécessaire de laisser à l’agriculture ce qui lui appartient et que l’étalement urbain n’est absolument pas justifiable dans un contexte de faible croissance démographique et d’abondance d’espaces disponibles ailleus qu’en zone agricole », ont clamé MM. Marc Turgeon, président du Regroupement national des conseils régionaux en environnement du Québec (RNCREQ), Martin Chantigny, président de l’Association québécoise des spécialistes en sciences du sol (AQSSS) et Laurent Pellerin, président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), au nom de la Coalition.

La situation les inquiète particulièrement sur le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). L’an dernier seulement, 660 ha supplémentaires ont fait l’objet de demandes de dézonage. Signalons, entre autres, Repentigny, qui revendique 144 ha, L’Assomption 80, Sainte-Julie 78, Richelieu 44, Saint-Amable 18, Saint-Philippe 17, Mirabel 13, Saint-Sulpice 12. Cela s’étend même aux pourtours de la CMM avec Coteau-du-Lac (125 ha), L’Ange Gardien (26 ha) , Saint-Césaire (19 ha) et L’Épiphanie (8 ha).

Cet accroissement des demandes s’ajoute aux 615 ha déjà exigés par le prolongement de l’autoroute 30, sur la rive-sud, aux 700 réclamés pour celui de l’autoroute 25, à Laval, ainsi qu’aux demandes de la Ville de Mirabel qui, dans la rétrocession des terrains de l’aéroport, veut mettre la main sur 720 ha afin d’agrandir son parc industriel.

En fait, depuis 2003, près de 3 000 ha ont fait l’objet de demandes d’exclusion dans la seule CMM, soit autant qu’au cours des 10 années précédentes. Cela est d’autant plus inquiétant que la CMM essuie des pressions d’élus municipaux qui voudraient revenir aux vieilles méthodes, en faisant du cas par cas, municipalité par municipalité, au lieu de recourir à une vision d’ensemble de la gestion du territoire.

La Coalition s’explique mal cette frénésie du dézonage alors qu’il y a, sur le territoire de la CMM, suffisamment d’espaces vacants en zone blanche pour assurer son développement à long terme, c’est-à-dire assez de place (30 000 ha) pour accueillir de 800 000 à un million de personnes!

L’étude Marois est sans équivoque à cet égard : « Il y a présentement une grande disponibilité de terrain en zone blanche, souligne le chercheur. Toute demande requérant un dézonage est une pression supplémentaire sur les terres agricoles et peut être irrecevable considérant l’espace développable à des fins urbaines. »

La Coalition rappelle qu’outre les répercussions sur l’agriculture et les importantes activités économiques qu’elle génère, il y a des coûts énormes rattachés à cet étalement urbain sur les terres agricoles (entretien du réseau routier, construction de nouvelles écoles en périphérie, multiplication des infrastructures municipales, etc.), sans compter l’augmentation de la congestion routière et des gaz à effet de serre.

MM. Turgeon, Chantigny et Pellerin, à l’instar du professeur Marois, préconisent plutôt l’adoption de certaines pratiques de densification de la population et de redéveloppement (de quartiers anciens notamment) qui permettraient d’assurer le développement sur une période beaucoup plus longue sans avoir besoin de sacrifier aucune terre agricole.

À l’heure où se tiennent les consultations de la CAAAQ, la Coalition croit qu’il y a lieu de soumettre le sujet à une très sérieuse réflexion collective, surtout que 50 000 ha ont déjà été sacrifiés depuis 1994. La protection du territoire agricole est un véritable enjeu de société, rappelle-t-elle. Les citoyens, les élus, les décideurs doivent comprendre que chaque parcelle cédée à la construction d’une autoroute, d’un terrain de golf, d’un projet domiciliaire ou industriel ne sera plus jamais cultivée.

On doit rappeler que les sols les plus fertiles du Québec se retrouvent essentiellement dans la grande plaine du Saint-Laurent et qu’il n’y a pas de terres ayant un potentiel agricole équivalent ailleurs sur notre territoire. À ce titre, les sols de la plaine du Saint-Laurent sont une ressource non renouvelable; chaque hectare sacrifié ampute d’autant la capacité de produire du Québec.

Mentionnons, en terminant, que la Coalition regroupe notamment Agropur, l’Association québécoise des spécialistes en sciences du sol (AQSSS), l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ), la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), la Confédération des syndicats nationaux (CSN), le Conseil de la transformation agroalimentaire et des produits de consommation (CTAC), la Coop fédérée, Équiterre, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), la Fondation québécoise en environnement (FQE), Greenpeace, Option consommateurs, l’Ordre des agronomes du Québec (OAQ), le Regroupement national des conseils régionaux en environnement (RNCREQ), les Travailleurs autonomes Québec inc et l’Union des producteurs agricoles (UPA).

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