La France rouvre ses frontières au boeuf britannique

Paris (France), 2 octobre 2002 – La France a accepté de lever l’embargo imposé depuis six ans sur le boeuf britannique, une décision qui apparaît dans un premier temps plus politique qu’économique.

Annoncée par un communiqué de Matignon, cette décision, qui fait suite à un avis favorable de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), entrera en vigueur « dès la publication d’un arrêté interministériel au Journal officiel ». Elle est assortie de « mesures d’accompagnement ».

Au niveau hexagonal, le gouvernement veut ainsi publier « dans les meilleurs délais » un décret concernant l’étiquetage de la viande bovine consommée hors domicile (cantines, restaurants, etc.).

Sur le plan communautaire, le ministre de l’Agriculture, Hervé Gaymard, va proposer « dès cette semaine » à la Commission européenne d’harmoniser les tests de dépistage de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) sur tous les animaux âgés de plus de 24 mois, destinés à la consommation.

Seuls quatre pays de l’Union européenne, la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne pratiquent actuellement les tests à partir de 24 mois, contre 30 mois pour les autres. La Grande-Bretagne, elle, ne fait aucun test, tous les animaux entrant dans sa chaîne alimentaire ayant moins de 30 mois.

Dès l’annonce de la levée de l’embargo, la ministre britannique des Affaires rurales et de l’alimentation Margaret Beckett s’est dite « très satisfaite pour l’agriculture britannique que cette question soit résolue » et a demandé son application rapide.

Cette décision marque l’épilogue d’une polémique entre Londres et Paris datant de 1999, lorsque tous les pays de l’UE, sauf la France, ont levé l’embargo.

A Bruxelles, le commissaire européen à la Santé et la Protection des consommateurs a seulement fait savoir dans un communiqué laconique qu’il se félicitait de la levée de l’embargo.

Une levée permettant à la France d’échapper à l’amende de 158 250 euros par jour, réclamée par Bruxelles qui avait saisi la Cour européenne de justice en juillet.

Mais l’impact immédiat de la décision française semble plus politique qu’économique. « C’est le consommateur français, et non le ministre, qui déterminera s’il y a un marché » en France pour le boeuf britannique, a d’ailleurs commenté Hervé Gaymard, aussitôt après l’annonce.

En 1996, avant l’embargo, l’Angleterre exportait 200 000 tonnes de viande bovine, son deuxième marché à l’export étant la France. Aujourd’hui, elle n’exporte plus que 5100 tonnes vers les autres Etats-membres.

Si les éleveurs britanniques s’affirment « ravis et soulagés » de la levée de l’embargo, ils reconnaissent ne pas avoir assez de viande dans leur pays pour l’exportation.

« Après six ans, les éleveurs britanniques trouvaient la pilule amère. C’est aussi un soulagement pour les relations franco-britanniques, où ce grain de sable empoisonnait chaque réunion », a expliqué à l’AFP Rémi Fourrier, directeur en France de l’Office de la viande de Grande-Bretagne.

Pour lui, il faudra « au moins deux ou trois ans » pour reconstituer le cheptel anglais. La consommation en Grande-Bretagne étant très forte et les prix très élevés, l’exportation de boeuf n’est donc pas très intéressante, a jugé le professionnel britannique.

Du côté des consommateurs et des agriculteurs français, on assure rester vigilants sur les questions de traçabilité et d’harmonisation des mesures de contrôle au plan communautaire.

Source : AFP

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