La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis nuit au prix du porc chez nous

La peste porcine africaine en Chine est loin d'être réglée

Alors que le prix du porc en juillet est habituellement le plus élevé de l’année, ce ne fut pas le cas cette année, malgré un manque de porcs au niveau international. Quels sont les facteurs qui influencent le prix du porc actuellement?

« Il y a certains facteurs clés dont le principal est la situation en Chine », explique le stratège de marché Gabriel Joubert-Séguin de RJO’Brien.

La peste porcine africaine en Chine est encore très importante, même si on n’en entend pas parler autant. Or, l’estimation de la réduction du cheptel en Chine varie selon qui fait cette estimation. Le ministère de l’Agriculture de la Chine estime que la baisse de production est de 30%, alors que l’agence de statistique de la Chine estime qu’elle est de 10% et que les grandes banques estiment plutôt une baisse de 40%. « On ne s’entend pas sur le manque de porc en Chine », résume Gabriel Joubert-Séguin.

Articles connexes

Un point sur lequel tout le monde s’entend toutefois, c’est que le prix du porc est élevé en Chine. « Nous sommes devant de nouveaux sommets du prix du porc en Chine, dit le stratège. Il n’y a pas de signe de ralentissement. » Entre janvier et le 12 août 2019, le prix a grimpé de 63%. Toutefois, en raison de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, c’est plutôt en Europe et au Brésil que la Chine s’approvisionne.

Entente en septembre?

« La grande question est : “Est-ce que la Chine va acheter du porc américain?” », dit Gabriel Joubert-Séguin. Face à l’abondance de porcs aux États-Unis, la Chine pourrait acheter de ce pays, mais avec les menaces de nouvelles taxes par Donald Trump envers la Chine, ça élimine l’espoir d’exporter là-bas.

Une entente possible sur les différents entre la Chine aura donc un impact sur les surplus américains et les prix. S’il y a accord en septembre, le prix augmentera. S’il n’y a pas entente, les prix seront plutôt à la baisse. « Soit que ça va alimenter l’espoir ou le desservir, dit Gabriel Joubert-Séguin. C’est juste ça qui va influencer les marchés. »

Au moins 18 mois

Le côté positif actuellement, c’est que la situation en Chine maintient les prix élevés internationalement. Avec des achats chinois de porcs en Europe et au Brésil, les autres acheteurs ont un incitatif à acheter les surplus américains. Mais l’effet n’est pas aussi important que si la Chine achetait directement des États-Unis.

La situation sur la demande et les prix du porc en Chine se fera sentir pour au moins 18 mois. La Chine, qui est encore le principal producteur mondial de porcs, a encore une majorité de petits élevages d’arrière-cour. Ce sont ces élevages qui sont principalement touchés par la maladie. « Un jour, ils vont venir à bout de la maladie, mais ça va prendre du temps », dit Gabriel Joubert-Séguin.

Effet saisonnier

Ici, le prix du porc est habituellement le plus élevé durant le mois de juillet. Ce ne fut pas le cas cette année, mais c’est un phénomène qui arrive à l’occasion. Ce printemps, le temps frais a permis aux porcs d’atteindre le poids d’abattage plus vite, ce qui a amené un surplus en juin. Depuis, les surplus ont été résorbé, ce qui explique la remonté des prix du porc dans les dernières semaines.

Perspectives

Dans les prochains mois, c’est vraiment la conclusion possible d’une entente entre la Chine et les États-Unis qui est à surveiller. Si oui, le prix du porc pourrait grimper au-delà des 200$ le 100 kilo. Sinon, le prix devrait se maintenir dans la moyenne des quatre dernières années.

« Moi, personnellement, je doute que la Chine va acheter beaucoup, parce qu’ils vont vouloir maintenir le prix haut pour rebâtir leur cheptel », estime Gabriel Joubert-Séguin. Deux options pour la Chine, si le prix est bas, cela aide les consommateurs en permettant l’achat de porcs à l’international. Si le prix est élevé, ça favorise la reconstruction du cheptel. Or, « la Chine est réputée pour avoir des politiques à long terme. »

Cette augmentation du prix du porc, et des protéines animales, en Chine a pour effet d’amener les consommateurs locaux à réduire leur consommation de protéine animale.

 

 

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

Commentaires